Archive pour octobre, 2015

Critique ciné : Le Labyrinthe – La Terre brûlée

19 octobre, 2015

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Dans la masse des adaptations de romans pour ados où dominent – pécuniairement parlant – les sagas Hunger Games et Divergente, Le Labyrinthe s’était inscrit comme un représentant véritablement rafraîchissant, alliant une énergie folle à une rigueur d’écriture trop rare (pour ne pas dire absente) dans la catégorie. Récompensé par un bouche-à-oreille très positif et un joli succès surprise en salles, le deuxième volet de la trilogie imaginée par l’écrivain James Dashner arrive donc aujourd’hui en salles et, ô glorieuse joie, il est largement à la hauteur de son prédécesseur ! Le Labyrinthe : La Terre brûlée en reprend en effet toutes les qualités et n’oublie pas au passage de respecter la sacro-sainte règle de toute séquelle qui se respecte, à savoir doubler la dose de spectacle. De retour derrière la caméra après avoir fait ses premières armes en format long sur le précédent, le réalisateur Wes Ball continue ainsi de nous en mettre plein la vue, usant du moindre dollar (on parle d’un budget d’à peine plus de 60 millions de dollars, ce qui est riquiqui comparé au blockbuster moyen actuel) pour donner à son film un cachet indéniable. Tout ça a franchement de la gueule et plus encore lorsqu’il s’essaie à diversifier les genres, comme durant ces séquences de poursuite énervées où l’on bascule dans l’horreur pure, avec des infectés («fondus» les appelle-t-on ici) qui n’ont presque pas à rougir en férocité face aux zombies de L’Armée des morts (on boulotte quand même beaucoup moins en gros plan ici). Et encore une fois, le jeune cinéaste fait preuve d’un sens du rythme tout simplement ébouriffant : on avait déjà décelé ce savoir-faire dans le premier chapitre ou son court-métrage animé (disponible en bonus sur Le Labyrinthe) et il prend ici une dimension encore supérieure, le métrage réussissant l’exploit de ne jamais relâcher la cadence sur ses deux heures et des bananes de durée tout en racontant néanmoins son histoire proprement. Une gageure d’autant plus ardue qu’il s’agit d’un épisode de transition dans la saga ; sauf que là encore, Ball peut s’appuyer sur les qualités scénaristiques exemplaires de T.S. Nowlin, petit nouveau à Hollywood qui a su s’approprier les romans de Dashner et n’a pas hésité à les remanier, souvent en profondeur mais toujours dans un soucis (atteint) d’efficacité. Plus que de retirer les éléments les plus incongrus du matériau d’origine (par exemple la télépathie ou ces boules d’argent liquide qui dévorent les têtes…?) ou d’atténuer les plus lourdingues (le «putain de sa mère de» triangle amoureux), ils ont ainsi pris l’excellente initiative de piocher dans le troisième tome pour mieux lui préparer le terrain tout en affinant la cohérence thématique et narrative de la série. Reste juste à voir ce qu’ils vont faire de l’ambiguïté morale propre aux livres, La Terre brûlée en faisant effectivement peu cas. Bravo donc quand même les gars pour nous avoir prouvé – à deux reprises déjà – que les adaptations de teen-lit ne sont pas condamnées à répéter inlassablement les mêmes tares et puisque Le Labyrinthe : Le Remède mortel est déjà en chantier (rendez-vous pris pour février 2017) avec la même équipe, une chose est sûre, nous ne sommes pas prêts de sortir du labyrinthe !

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Critique ciné : Crimson Peak

19 octobre, 2015

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Certainement frustré d’avoir coup sur coup vu s’écrouler ses adaptations du Hobbit et des Montagnes hallucinées, l’excellentissime Guillermo del Toro a depuis choisi une autre voie pour satisfaire ses bas-instincts de fanboy (et les nôtres par extension). Plutôt que d’adapter de prestigieuses et adorées licences sur lesquelles on ne le laisse de toute façon pas faire sa sauce, il œuvre désormais sur des projets originaux – moins onéreux et forcément plus libres – afin de concrétiser les fantasmes geeko-cinéphiliques dont il a le secret. Après Pacific Rim qui adaptait officieusement le manga Evangelion et ses itérations, il se sert ainsi de Crimson Peak pour rendre hommage à tout un pan de la littérature gothique et au cinéma qui en a découlé, avec ses récits romantico-horrifiques où des jeunes femmes tombent amoureuses de la mauvaise personne et découvrent un monde d’interdits et de dangers… Un genre ultra-balisé donc et auquel le cinéaste mexicain n’apportera pas grand chose sur le plan narratif, son intrigue étant certes efficace mais pas des plus surprenantes, il faut bien le reconnaître, d’autant que nous aurions tendance à extrapoler bien plus loin que là où il veut en venir. Cela ne pourra toutefois être considéré seulement comme une tare, car c’est par ce biais qu’il reste fidèle à lui-même dans ses thématiques et tout spécialement dans son approche des «monstres», loin d’être les méchants qu’on nous a toujours vendus. Comme il l’indique en effet au détour d’un dialogue, il ne s’agit pas d’une «histoire de fantômes» mais bien d’une «histoire AVEC des fantômes», c’est à dire que le drame humain prime avant tout sur les frissons et sur ce point, on peut faire confiance à del Toro pour nous offrir des personnages nuancés et intéressants en dépit de leur caractère archétypal, qu’ils vont perdre au fur et à mesure qu’ils se débarrassent des détails constituant leur apparat de départ (le fétichisme du mexicain pour les détails s’exprime d’ailleurs directement par la bouche de l’héroïne, qui fonde sa première impression du baronnet sur l’analyse méticuleuse de son apparence). C’est pourquoi Jessica Chastain finit par devenir plus flippante que n’importe quel ectoplasme putrescent et que même à ce moment-là, elle se montre plus touchante et humaine que jamais. Qu’on se rassure donc, le créateur du Labyrinthe de Pan n’est pas prêt de tomber dans les travers d’un Cronenberg et continue de rendre honneur à son genre de prédilection, et de quelle manière ! Ne serait-ce ainsi qu’à travers sa direction artistique faramineuse, débordante, d’une beauté telle que la moindre image mériterait d’être étudiée attentivement, encore et encore, pour en appréhender toute la richesse de conte vénéneux (ce n’est pas pour rien que l’ouverture et la fermeture du métrage se font sur le «livre du film»). En véritable esthète, le barbu nous donne à admirer rien de moins que la plus belle maison hantée vue depuis Casper (rigolez pas et revoyez-le : c’était absolument magnifique) et un sommet visuel du gothique fantastique, convoquant aussi bien le cinéma transalpin (Dario Argento, Mario Bava) que la Hammer ou les œuvres «classiques» telles que le Rebecca de Hitchcock ou La Maison du Diable de Robert Wise. Tout cela ne fait pas alors de Crimson Peak le meilleur del Toro qu’on ait vu mais pour rater un exercice de style aussi magistral et un tel cri d’amour au genre, il faudrait être fou. Tout comme il faudrait être fou pour rater un nouveau Guillermo del Toro, tout simplement.

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News en vrac : Man of Steel 2, Playmobil, Spielberg…

6 octobre, 2015

- La suite de Man of Steel – dont Warner Bros ne sait pas trop encore quoi faire – se passera en fin de compte de George Miller, le réalisateur ayant mis un terme à la rumeur surgi en août dernier.  Peut-être l’a-t-il encore mauvaise après l’annulation de son Justice League il y a quelques années ? En tout cas, ce ne sera malheureusement pas pour se concentrer sur la suite de son Fury Road (film de l’année !!!) puisqu’il avoue désirer se lancer sur un «petit projet sans effets spéciaux et peu de cascades»… Sérieux, George, tu déconnes…

- Matthew Vaughn n’a pas fini de dynamiter le monde de l’espionnage au cinéma : tandis qu’il travaille sur la suite de son excellent Kingsman (dont le tournage pourrait débuter – sous sa houlette, croisons les doigts – en avril 2016), il vient d’être embauché par la MGM pour adapter I Am Pilgrim, qui n’est pas une suite à Scott Pilgrim (dommage) mais un roman de Terry Hayes où un agent à la retraite reprend du service pour sauver le monde. Gageons que Bruce Willis est sérieusement intéressé par le rôle.

- Plus habitué aux crossovers fantastico-incongrus (les romans Abraham Lincoln : Vampire Hunter et Orgueil, préjugés et zombies) ou au cinéma de Tim Burton, Seth Grahame-Smith va faire ses premiers pas derrière la caméra en adaptant le comics The Flash, pour le compte de DC en pleine contre-offensive anti-Marvel (rappelons qu’un Justice League en deux parties est au calendrier). Ce qui serait cool, ce serait un duel entre le super-héros plus rapide que l’éclair et des zombies super-lents.

- Clint Eastwood – maudit soit-il – va faire jouer Tom Hanks dans un nouveau biopic, Sully. On y relatera ainsi l’histoire vraie du capitaine Sullenberger qui, en janvier 2009, réussit à sauver ses 155 passagers en faisant atterrir un avion en panne sur une rivière de l’Hudson gelée. Ce qui ne l’empêchera pas, malgré son aura de héros dans les médias, de tomber sous le coup d’une enquête judiciaire… Attendez voir, c’est exactement le Flight de Zemeckis, ça !

- Parce qu’il n’y a pas de raison de laisser la concurrence s’épanouir sans la repomper ouvertement, Playmobil va marcher dans les traces de Lego et aura bientôt droit à son propre long-métrage animé, intitulé Playmobil : Robbers, Thieves & Rebels. Et contrairement à ce que laisse croire ce titre anglophone, il s’agira d’un film FRANçais, produit par On Entertainment (le récent Le Petit Prince), Wild Bunch et Pathé ! Les fans de Super 4 sont dans les starting-blocks. Et les autres aussi, y a pas de raison.

- Enfin, pas de News en vrac sans parler des Ghostbusters et cette fois c’est plutôt intriguant. En effet, Sony, qui sent bien qu’il va falloir faire passer la pilule aux fans de la première heure, travaillerait avec Ivan Reitman (on préférerait Dan Aykroyd, mais bon) sur un long-métrage animé des casseurs de fantômes. Yep, comme la série des 80′s ! Une bonne idée qu’on regrette cependant n’avoir pas vu surgir plus tôt, Harold Ramis n’étant plus là pour donner de la voix. Casseur d’ambiance (moi, pas Harold).

Critique ciné : Agents très spéciaux – Code U.N.C.L.E

6 octobre, 2015

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Avant de s’attaquer à une adaptation du mythe arthurien (Knights of the Roundtable : King Arthur) qu’il zieute depuis 2010 et après avoir revitalisé la figure de Sherlock Holmes, Guy Ritchie dépanne la Warner Bros en transposant la série des 60′s Des agents très spéciaux sur le grand écran, projet qui traînait sur les étagères depuis plus de vingt ans. En retard donc sur la mode des adaptations de shows TV (ce qui n’est peut-être pas un mal en fin de compte), le film évite pourtant de renarder la naphtaline – comme s’il fallait en douter – grâce à l’énergie bien connue du réalisateur britannique, qui rendrait captivante une sortie 3ème âge à Dunkerque. Une frénésie en ayant malgré tout saoulé plus d’un et qui continuera alors de le poursuivre avec Agents très spéciaux – code U.N.C.L.E, certaines de ses figures de style préférées virant franchement à la parodie à force d’excès (les split-screens, les flashbacks explicatifs), mais il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour ne pas lui reconnaître un talent souvent flamboyant, notamment lors de séquences à la rythmique implacable au point que la musique se fait toute-puissante ou encore que nous acceptons – et embrassons – même les idées les plus grotesques (Napoleon Solo casse-croûtant tandis que son compère se fait rudoyer, le maître es-torture racontant sa vie avec photos à l’appui). C’est là un des tours de passe-passe habituels du cinéma de Ritchie et ce qui sauve la péloche d’un scénario particulièrement passe-partout (même pour une origin story), de la même manière que ce punch de la mise en scène – couplé à une touche 60′s bien sentie – rattrape une photo parfois trop sombre. La vraie force du film se trouvera toutefois sans conteste dans son duo d’acteurs principaux, Henry Cavill et Armie Hammer. Pas tellement d’ailleurs dans leurs interactions, l’intrigue les séparant plus souvent que ce à quoi nous ont habitué les buddy movies, mais bien dans le charisme et la classe que dégagent leurs personnages chacun dans son style (avec pour seul regret que Kuryakin n’ait pas droit lui aussi à son portrait en bonne et due forme), accompagnés qui plus est par un premier rôle féminin qui n’en démord pas face à eux (Alicia Vikander, vue récemment dans Ex Machina). S’il ne nous mettra donc pas une grosse claque comme le récent Kingsman (Vaughn rules !), Agents très spéciaux – code U.N.C.L.E s’avère être tout de même un film d’espionnage chic et choc, drôle et enlevé, qui vous fera passer un moment relativement agréable pour peu que vous ne soyez pas allergiques au style de Guy Ritchie. Ni d’ailleurs des gros fans de la série originale, les libertés prises avec celle-ci pouvant déranger.

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