Critique ciné : Prémonitions

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Sous ce titre français ultra-bateau (Solace en VO – « réconforter » – était quand même plus notable) se cache un thriller qu’on croirait tout droit issu des 90′s, quand Se7en avait redéfini le genre et fait naître toute une flopée de suiveurs plus ou moins inspirés. Car sans être aussi graphique que le chef d’oeuvre de David Fincher (on pense beaucoup au plus récent Les Cavaliers de l’Apocalypse de Jonas Akerlund), Prémonitions en reprend malgré tout quantité d’éléments aussi bien visuels que narratifs, de l’imagerie religieuse torturée au jeu de piste avec un tueur omnipotent. Tout le truc étant alors de trouver de quoi se démarquer, la bonne idée qui fera la différence, et dans le cas présent c’est précisément de faire du tueur un être tout-puissant, capable de voir l’avenir. Ce qui expliquera pour une fois pourquoi le serial-killer a toujours trois putains de coups d’avance. Une bonne idée donc, pouvant néanmoins tomber dans le banal pour peu que le traitement ne soit pas à la hauteur. Ce que nous pourrions d’autant plus craindre que si le réalisateur brésilien Afonso Poyart sait être inventif dans sa mise en scène, il ne va pas franchement au bout dans l’utilisation de ses trouvailles, par exemple la visualisation simultanée des destins potentiels qui n’est jamais vraiment intégrée à la narration. Et de la même façon que son postulat s’étale en gros sur toute l’affiche, le film semble au départ se focaliser seulement là-dessus pour se bâtir, au détriment des personnages (il faut voir comment les enquêteurs sont introduits au travers de reflets comme si seul le concept importait et non pas leur personnalité derrière). Fort heureusement, le scénario ménage alors un retournement assez précoce donnant à l’intrigue une toute autre dimension, étoffant au-delà de l’espéré les protagonistes et en particulier ceux de Colin Farrell et Anthony Hopkins (d’un stoïcisme qu’on ne lui connaissait plus depuis longtemps) : leur duel se complexifie à mesure que l’on prend conscience de la réelle thématique du film, que nous tairons pour ne pas vous gâcher la surprise même s’il faut bien dire qu’il s’agit d’un sujet difficile, toujours polémique. Une précision plus qu’importante parce qu’elle explique comment Prémonitions finit par se prendre les pieds dans le tapis lors de son dernier acte, incapable d’assumer tout ce que vers quoi tend son scénario au point d’en devenir incohérent. Dommage, on pourra toujours rêver à une version alternative de ce qui aurait pu être un très grand thriller fantastique et réflexif.

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