Critique ciné : Le Tout Nouveau Testament

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«Dieu existe, il habite Bruxelles». Avec une telle punchline et un Benoît Poelvoorde en total décalage sur l’affiche, on pourrait s’attendre à ce que le dernier Jaco Van Dormael, Le Tout Nouveau Testament, s’inscrive comme une pure comédie. Ce serait toutefois mal connaître le cinéaste belge car s’il est vrai que celui-ci laisse toujours une place à l’humour dans ses œuvres, elles n’en sont pas pour autant purement comiques et portent également en elles un drame réel, une vraie gravité (revoyez Le Huitième jour pour vous en convaincre). En dépit donc de son postulat particulièrement fantaisiste et des gags qui peuvent en découdre, Le Tout Nouveau Testament multiplie les ruptures de ton afin de trouver le sien propre, parfois dans une proportion qui ne manquera pas de déstabiliser le spectateur (la raclée que Dieu met à Ea). Ce que nous serions malgré tout prêts à accepter en tant que style propre au réalisateur sauf que, dans le cas présent, le mélange des genres s’écrase contre une structure narrative des plus particulières. En effet, à singer les textes religieux classiques dans leur segmentation, leur répétitivité ou leurs paraboles, le film assèche son récit au point d’en retirer toute l’émotion. Ou plus exactement, si les segments peuvent fonctionner plutôt bien indépendamment grâce à un casting très fin (même François Damiens est tout en retenue glaciale), ils peinent à former une globalité cohérente en cela que les personnages principaux ne sont pas assez développés, presque aussi caricaturaux que les raisonnements du scénario ou le discours sur la religion, et sont par conséquent autant incapables de lier les différents Evangiles que de nous rendre vivante l’intrigue. Quant à la mise en scène et l’aspect ludique que sait d’ordinaire lui conférer le cinéaste, elle s’avère ici plus terne que ce que nous espérions de lui surtout avec un tel sujet et après le très chamarré Mr Nobody (il souffrira particulièrement en certains moments de la comparaison avec des réalisateurs chez qui il prend deux, trois petites choses comme Jean-Pierre Jeunet ou Terry Gilliam). Si c’était donc à priori le plus sexy des projets de Jaco Van Dormael jusque-là, Le Tout Nouveau Testament est en définitive le moins accrocheur d’entre eux. Comprenne qui pourra.

020304

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