Critique ciné : Vice-Versa

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Studio auréolé d’une succession quasi-ininterrompue de succès critiques et publiques (le problème 1001 pattes se pose toujours), Pixar a sérieusement périclité suite à son rachat par Disney en 2006, en dépit de tous les discours rassurants quant à la liberté préservée de ses artistes. Depuis donc le miracle Toy Story 3, leur dernier projet initié en tant qu’«indépendants», nous avons eu droit au honteux Cars 2, à l’ultra-disneyen Rebelle (putain, dire qu’ils ont osé lui filer l’Oscar du meilleur film d’animation !) et au gentiment sympathique Monstres Academy, soit que des déceptions et la preuve que la boîte à Lasseter s’était faîte dévorée par la maison-mère. Pour de bon ? Fort heureusement non puisque leur petit dernier, Vice-Versa, marque clairement le retour – pour un temps tout du moins – aux grandes heures du studio à la lampe, loin du formatage en cours. Avec à ses commandes Pete Docter (secondé par Ronaldo Del Carmen), un des membres historiques de Pixar, le film peut ainsi se permettre de rechercher à nouveau la fraîcheur, l’originalité, en partant d’un postulat qu’on aurait pu croiser dans un court animé du Disney des 40 / 60′s. Tout leur génie étant de savoir développer ces idées au-delà de tout ce que nous aurions pu imaginer, et cela se traduit ici par une aventure dans la psyché humaine tout bonnement hallucinante, aussi schématique que complexe lorsqu’il s’agit de mettre en images des concepts abstraits tels que les sentiments, l’esprit ou les modifications mentales s’opérant dans le passage de l’enfance à l’adolescence. Bien sûr, on peut toujours arguer que l’idée générale n’a rien de très originale, qu’on connaît ça depuis Il était une fois la vie. A ceci près qu’en dépit de tout le talent précurseur et didactique qu’on lui sait, Albert Barillé n’a lui jamais usé à ce point de sa mise en scène pour fluidifier son propos, narrer une histoire voire même réfléchir sur son propre média (le questionnement sur la nature évolutive du flashback / souvenir). La richesse visuelle sert alors celle du propos en une harmonie parfaite, l’ensemble nourrissant ensuite une émotion d’une pureté à tomber par terre. En effet, on pouvait craindre que la partie humaine du récit – celle concernant la gamine – finisse par tirer le métrage vers des considérations trop aisément larmoyantes, puis même par nous saouler comme savent si bien le faire d’ordinaire les mômes dans les films. Sauf que tout le sujet de Vice-Versa est précisément de nous dévoiler la complexité des mécanismes de la pensée, ceux qui peuvent se cacher derrière même les décisions les plus stupides, et ils y parviennent si bien qu’on en vient à comprendre le raisonnement d’une pré-adolescente fugueuse alors que franchement, ce n’était pas gagné. On rentre qui plus est si bien dans sa tête que ses émotions ne peuvent que nous submerger, sans besoin d’abandonner l’extrême finesse qui caractérise le projet (rappelons que Docter est responsable de quelques-unes des plus émouvantes séquences du studio avec Monstres et Cie ou Là-haut). Y a pas à dire c’est du grand art, et du très grand Pixar. Le miracle est donc toujours là semble-t-il, il se ferait juste plus rare.

060708

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