Archive pour juillet, 2015

Critique ciné : Vice-Versa

15 juillet, 2015

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Studio auréolé d’une succession quasi-ininterrompue de succès critiques et publiques (le problème 1001 pattes se pose toujours), Pixar a sérieusement périclité suite à son rachat par Disney en 2006, en dépit de tous les discours rassurants quant à la liberté préservée de ses artistes. Depuis donc le miracle Toy Story 3, leur dernier projet initié en tant qu’«indépendants», nous avons eu droit au honteux Cars 2, à l’ultra-disneyen Rebelle (putain, dire qu’ils ont osé lui filer l’Oscar du meilleur film d’animation !) et au gentiment sympathique Monstres Academy, soit que des déceptions et la preuve que la boîte à Lasseter s’était faîte dévorée par la maison-mère. Pour de bon ? Fort heureusement non puisque leur petit dernier, Vice-Versa, marque clairement le retour – pour un temps tout du moins – aux grandes heures du studio à la lampe, loin du formatage en cours. Avec à ses commandes Pete Docter (secondé par Ronaldo Del Carmen), un des membres historiques de Pixar, le film peut ainsi se permettre de rechercher à nouveau la fraîcheur, l’originalité, en partant d’un postulat qu’on aurait pu croiser dans un court animé du Disney des 40 / 60′s. Tout leur génie étant de savoir développer ces idées au-delà de tout ce que nous aurions pu imaginer, et cela se traduit ici par une aventure dans la psyché humaine tout bonnement hallucinante, aussi schématique que complexe lorsqu’il s’agit de mettre en images des concepts abstraits tels que les sentiments, l’esprit ou les modifications mentales s’opérant dans le passage de l’enfance à l’adolescence. Bien sûr, on peut toujours arguer que l’idée générale n’a rien de très originale, qu’on connaît ça depuis Il était une fois la vie. A ceci près qu’en dépit de tout le talent précurseur et didactique qu’on lui sait, Albert Barillé n’a lui jamais usé à ce point de sa mise en scène pour fluidifier son propos, narrer une histoire voire même réfléchir sur son propre média (le questionnement sur la nature évolutive du flashback / souvenir). La richesse visuelle sert alors celle du propos en une harmonie parfaite, l’ensemble nourrissant ensuite une émotion d’une pureté à tomber par terre. En effet, on pouvait craindre que la partie humaine du récit – celle concernant la gamine – finisse par tirer le métrage vers des considérations trop aisément larmoyantes, puis même par nous saouler comme savent si bien le faire d’ordinaire les mômes dans les films. Sauf que tout le sujet de Vice-Versa est précisément de nous dévoiler la complexité des mécanismes de la pensée, ceux qui peuvent se cacher derrière même les décisions les plus stupides, et ils y parviennent si bien qu’on en vient à comprendre le raisonnement d’une pré-adolescente fugueuse alors que franchement, ce n’était pas gagné. On rentre qui plus est si bien dans sa tête que ses émotions ne peuvent que nous submerger, sans besoin d’abandonner l’extrême finesse qui caractérise le projet (rappelons que Docter est responsable de quelques-unes des plus émouvantes séquences du studio avec Monstres et Cie ou Là-haut). Y a pas à dire c’est du grand art, et du très grand Pixar. Le miracle est donc toujours là semble-t-il, il se ferait juste plus rare.

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Critique ciné : Terminator Genisys

12 juillet, 2015

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Alors que le départ de James Cameron aurait normalement dû en sonner le glas, la franchise Terminator continue son petit robot de chemin au gré de ses changements de propriétaires, les droits passant de main en main comme une hardeuse dans un gang-bang chez Marc Dorcel. Et puisqu’il fallait pour cela trahir le message du créateur original («Il n’y a pas de destin»), à chacun dès lors de broder comme il pouvait pour perpétuer la saga, apporter sa pierre à l’édifice, à chaque fois avec une nouvelle direction scénaristique tuée dans l’oeuf par le manque de reconnaissance critique puis la passation des droits. Afin de ne pas réitérer ce qu’il considère comme les erreurs du passé, Terminator Genisys prend ainsi le parti de revisiter les épisodes séminaux en un mouvement très similaire à ce qu’on a vu récemment dans Jurassic World, pour un résultat pas plus glorieux. Ils sont même allés chercher Cameron pour faire la promo (voyez cette magnifique citation respirant la sincérité sur l’affiche), c’est dire s’ils désespèrent de renouer avec la source ! Comme dans le dernier opus dinosauresque, et même si ça se justifie ici narrativement (avec une recréation des plans originaux assez bluffante), la cascade de clins d’oeil confine donc en définitive au fan-service (repompage ?) supportant encore moins la comparaison que des suites plus classiques, la différence de talent sautant plus que jamais aux yeux lorsque les élèves tentent de recréer le geste exact des maîtres. Sérieusement, il n’y a pas dans ce film une seule scène d’action qui tienne la dragée haute au moindre affrontement de Terminator 2, même lorsqu’ils reprennent des idées telles quelles ; et on ne parlera même pas de la construction dramatique tout en montées de tension si chère à Cameron (rappelez-vous comment il avait bâti à chaque fois de monstrueux climax en plusieurs actes) que le réalisateur Alan Taylor (Game of Thrones, Thor : le monde des ténèbres) ne parvient jamais à émuler, son récit se déroulant avec d’autant plus de platitude que le principal twist a été honteusement éventé par la campagne de promotion. C’est d’ailleurs un exploit que d’être aussi linéaire lorsqu’on met en images un scénario à ce point alambiqué, le concept du voyage temporel accouchant désormais d’une flopée de paradoxes et incohérences dont il semble impossible de se dépatouiller. Terminator Genisys, lui, a en tout cas clairement lâché l’affaire, nombre de points restant obscurs lorsque déboule le générique de fin et que nous restons avec le sentiment d’avoir vu le pilote de luxe d’une série télé, le film se targuant d’être le premier chapitre d’une nouvelle trilogie. Sauf que cette série ne s’annonce pas terrible et que la médiocrité de son commencement la condamnerait de toute façon quasi-certainement à l’annulation (les premiers chiffres du box-office sont loin d’impressionner), avant un nouveau rachat des droits de la franchise et un nouveau départ puisque-t-elle semble être la tradition. Dommage, le personnage mythique de Arnold Schwarzenegger prenait une tournure assez intéressante. Mais il reviendra, c’est sûr.

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