Archive pour avril, 2015

Critique ciné : Pourquoi j’ai pas mangé mon père

14 avril, 2015

pourquoi j'ai pas mange mon pere_jamel debbouze_louis de funes_affiche_poster

Quelque peu disparu des radars depuis plusieurs années après avoir été partout, Jamel Debbouze amorçait en fait un virage dans sa vie qui s’exprime aujourd’hui artistiquement par la sortie de Pourquoi j’ai pas mangé mon père, sa première réalisation. Une comédie, bien sûr. Mais pas n’importe laquelle puisqu’il s’est lancé comme défi – avec l’aide de Frédéric Fougea – de mettre en images le premier long-métrage européen en performance capture, qui plus est adapté du presque éponyme roman-culte de Roy Lewis. «Presque» car si elle en reprend le ton et quelques éléments scénaristiques, l’adaptation se permet également de nombreuses libertés qui lui donnent davantage des airs d’un autre délire préhistorique français, RRRrrr !!! des Robins des bois. Comme lui, il s’agit d’un film moins facile à appréhender qu’il n’y paraît, réclamant d’entrer dans son délire et de pouvoir passer outre une narration parfois elliptique. Des défauts qu’on oubliera dès un deuxième visionnage salvateur sauf qu’en ce qui concerne le premier, on resterait sur une impression en demi-teinte envers le premier effort derrière la caméra de Jamel, d’autant que ses emprunts à Disney – qu’on considère un temps comme de la parodie – finissent par s’imposer dans le message final du récit, en un élan trop optimiste pour être honnête ou en tout cas convaincant (il faut voir comment la question des animosités au sein du groupe est évacuée). En rester là ne serait toutefois pas juste car ce ne sont que des erreurs de jeunesse rendues encore plus excusables par l’ambition du projet, sans oublier que celui-ci possède aussi quelques solides qualités. La liberté offerte par la performance capture permet de livrer un spectacle flirtant par moment avec la haute volée (quelques scènes filent de beaux frissons) voire même de l’inédit (la «résurrection» frappante de Louis de Funès) mais surtout, c’est la personnalité éminemment sympathique de Jamel qui transpire de tout le métrage et fait qu’on se reconnaît dans son histoire (dans la tradition du stand-up, l’intrigue lui permet avant tout de parler beaucoup de lui et partager son regard sur le monde), l’humour se chargeant par-dessus cela de nous en faire oublier les grosses ficelles. C’est donc avec plaisir qu’on retrouvera Jamel Debbouze aux commandes d’un autre film mais peut-être vaudrait-il mieux voir moins large la prochaine fois, s’attacher à un projet sur lequel on pourrait être certain qu’il avait réellement le contrôle (on se doute bien que le happy-end était du domaine de l’obligation commerciale). Et en attendant, vivement qu’on se refasse Pourquoi j’ai pas mangé mon père en blu-ray !

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