Critique ciné : Chappie

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Porté sur les ailes de la réussite dès son premier long-métrage, Neil Blomkamp avait pourtant avec son second, Elysium, quelque peu déçu les espoirs placés en lui. N’ayant plus le soutien d’un Peter Jackson comme producteur, il donnait en fait le sentiment de s’être laissé emporter par son ambition pour mieux s’y noyer, les qualités d’écriture de District 9 n’y étant plus qu’un souvenir brumeux. Son troisième effort, le présent Chappie, se veut ainsi comme une œuvre d’une certaine façon plus humaine, s’éloignant de la SF hard-boiled pour un spectacle davantage familial, nourri des films ayant marqué le réalisateur sud-africain dans sa jeunesse (on peut vraiment le résumer comme un mix de Short Circuit et Robocop). Une manière pour lui de revenir à un cinéma plus tourné vers le spectateur, moins vainement cérébral. Sans jeter pour autant aux orties ce qui a fait son style, pour le pire et le meilleur. Chappie reste en effet du pur Blomkamp, on retrouve sa patte visuelle (d’autant plus qu’il est de retour dans les quartiers pauvres d’Afrique du Sud) en même temps que son talent certain pour les SFX – magnifiques – et les scènes d’action – de bons petits kifs geeks – si ce n’est qu’il est ici moins convaincant dans l’utilisation des images transmédias (les interviews sonnent spécialement faux). Pas de gros problème donc de ce côté-là, il assure tout de même le show. Il en va néanmoins autrement avec le scénario co-signé par le cinéaste, encore une fois lardé d’incohérences gênantes car si elles peuvent vouloir signifier la bêtise humaine, elles n’en restent pas moins pénibles, rendent antipathiques les personnages de chair et sang. Le docteur incarné par Dev Patel est tout particulièrement à baffer et quant au gang de voleurs, ils sont l’exemple le plus flagrant de la difficulté qu’a le réalisateur à faire coïncider ses considérations réalistes et sociales avec sa volonté de livrer un film plus grand public (drame et comédie se côtoient bizarrement). Blomkamp a surtout une conception très curieuse – voire préoccupante – de la science, qu’il sacralise sans jamais la remettre en cause. Cela fait tout de même la deuxième fois qu’il la vante comme remède à la mortalité, idée plus que dangereuse si on l’envisage sérieusement. Depuis Elysium, ses histoires évitent en fait soigneusement d’aborder les questions embarrassantes soulevées par leurs thématiques, il les biffe même : bien que c’était présent dans la bande-annonce au travers d’un petit dialogue de Sigourney Weaver, aucune mention n’est par exemple faite ici du risque à voir l’homme créer un intelligence artificielle appelée par essence à nous supplanter… Sans même parler d’abonder dans ce sens, évoquer au moins le sujet aurait permis de ne pas passer pour un total apôtre de la science sans conscience. Des défauts qui auraient pu être rédhibitoires et plomber Chappie pour de bon s’il n’y avait le héros en titre, dont l’humanité – ironiquement – prodigue à l’intrigue tout son cœur (bravo à Sharlto Copley pour son interprétation). Touchant, drôle et en même temps impressionnant, il est en définitive le seul personnage à posséder une ligne morale claire, auquel on peut par conséquent s’identifier, et sauve ainsi le film là où un Matt Damon équipé d’un exosquelette avait échoué. Alors chapeau, Chappie (oui, j’ai osé faire ce jeu de mot pourri) !

020304

Une Réponse à “Critique ciné : Chappie”

  1. mabataille dit :

    Vivement Blade Runner 2, ou pas.

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