Archive pour mars, 2015

Critique ciné : Divergente 2 – l’insurrection

31 mars, 2015

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Comme bon nombre d’adaptations de la littérature pour adolescent(e)s post-Twilight, le premier Divergente était considérablement encombré par son intrigue romantique qui n’aidait en rien une histoire de peu d’originalité. L’inévitable second puisque succès il y eut, Divergente 2 : l’insurrection, relèvera-t-il alors le niveau ? Il a en tout cas le bon goût de laisser un peu de côté les considérations amoureuses, l’héroïne n’y est plus une adolescente fleur bleue mais presque une femme faite, perturbée par les traumas de rigueur et prête à en découdre. C’est déjà ça. Hélas, cela est loin de suffire puisque de l’autre côté le film cumule un beau palmarès des tares de ce genre d’oeuvres, à commencer par des clichés en lieu et place de personnages et son scénario qui reste bien sagement dans les sentiers battus (sérieux, ça ressemble quand même beaucoup à Hunger Games). On progresse donc sur une morne plaine narrative et même lorsque le métrage pourrait prendre des risques, satisfaire à sa volonté de spectacle mâture, il se rétracte immédiatement de peur de choper une interdiction aux moins de douze ans (il faut voir comment on se débrouille ici pour garder la violence en hors-champ). Nous sommes en fait clairement devant une grosse machine de producteurs et comme si ça ne suffisait pas d’avoir une histoire inintéressante, les moguls se sont en plus démerdés pour saloper la narration en voulant à tout prix rester sous la barre des deux heures de durée. Comme à chaque fois dans ce cas d’école, ils veulent ainsi faire tenir trop de choses (le fameux gage de qualité «respect du matériau d’origine») en trop peu de temps et on se retrouve fort logiquement face à un enchaînement de scènes sans la moindre tension dramatique en dépit de tous les efforts déployés par le réalisateur Robert Schwentke, qui n’en finit plus de servir la soupe depuis Red ou RIPD Brigade Fantôme. Son désir de bien faire est palpable et se traduit même parfois par de petites scènes gentiment impressionnantes (très beaux effets spéciaux de destruction de bâtiments) mais cela se joue toujours sur un plan purement visuel, pas émotionnel, en conséquence de quoi le temps paraît démesurément long. Démesurément très, très long. Les avis auront beau ainsi diverger, il n’en reste pas moins que Divergente 2 : l’insurrection fera copieusement chier une large partie du public pendant que l’autre attendra avec impatience le troisième volet. En espérant pour les producteurs que ces dernières ne mûrissent pas trop d’ici là, sans quoi il n’y aura pas grand monde dans les salles.

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Critique ciné : Big Eyes

25 mars, 2015

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Tim Burton, cela fait plusieurs années qu’on reçoit chacun de ses films en redoutant que le génie de Burbank finisse par tourner définitivement le dos à son cinéma, un écueil déjà frôlé plusieurs fois depuis La Planète des singes. Parce qu’on sait qu’il a déjà voulu s’essayer à autre chose, et parce qu’on sent que ça le titille de plus en plus. Alors quand il débarque avec Big Eyes, projet dont on a grand mal à voir ce qu’il fait aux commandes, il est clair que le moment est venu. Mais malgré tout, on y croit. Parce qu’on l’aime, Tim. Et pendant un temps on y croit même, entre le générique de début qui rappelle celui de Edward aux mains d’argent avec ses machines s’activant toutes seules ou bien les piques lancées contre l’American Way of Life et la culture des «suburbs» (incarnées qui plus est ici sous leur forme la plus représentative, celle des 60′s). Mais c’est pour mieux déchanter ensuite, l’insoutenable question du «pourquoi ?» se faisant de plus en plus lancinante. Pourquoi diable a-t-il voulu mettre en images cette histoire ? Parce qu’il l’a voulu, clairement, il a même fait des concessions pour cela comme s’accommoder d’un budget riquiqui comparé à ses derniers efforts (à peine 10 millions de dollars contre 200 pour Alice au pays des merveilles), tourner en numérique pour la première fois de sa carrière… Peut-être est-il alors vraiment fan des peintures de l’artiste, au-delà des rapprochements douteux faits avec son propre travail, mais ça n’explique pas pour autant la présence de Big Eyes dans la filmographie de Burton. Lui-même paraît ne pas trop savoir par quel bout prendre la chose puisqu’il n’a pas de point de vue très clair sur l’histoire qu’il nous raconte. Le personnage du mari est ainsi présenté presque tout le temps comme charismatique (aidé en cela par la formidable performance de Christoph Waltz) au point que la réalisation est obligée de sur-dramatiser par deux fois afin de le diaboliser grossièrement (à peu de choses près les deux seules scènes où l’on s’écarte du biopic bien poli mais d’un classicisme peu excitant). Tandis que celui de la peintre – «l’héroïne» normalement (pauvre Amy Adams qui n’en demandait pas tant) – peine à emporter notre sympathie tant elle est écrasée par sa condition de femme soumise, ses seuls vrais actes de rébellion consistant à fuir lors de deux scènes-miroirs, et trahit le héros burtonien en trouvant la rédemption chez… les témoins de Jéhovah ! Alors oui, très bien, on comprend qu’il faille respecter une certaine véracité lorsqu’on travaille sur un biopic. Mais aller à ce point à l’encontre de ce qui a fait son style, sa patte, et qui nous a fait aimer pour beaucoup son cinéma, cela reste tout bonnement incompréhensible. Peut-être s’agit-il seulement d’un break, une volonté d’autre chose comme à l’époque où il réalisa Ed Wood, son seul autre et bien plus cohérent biopic (genre « je peux réaliser des films oscarisables pour autre chose que les costumes« ) ? Suite à quoi il avait enchaîné avec Mars Attacks ! et Sleepy Hollow : souhaitons donc que Big Eyes n’était qu’un mauvais moment à passer avant un programme plus réjouissant. Tim, on te fait confiance.

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Critique ciné : The Voices

18 mars, 2015

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Les films plongeant dans l’esprit d’un serial killer, adoptant son point de vue quand la narration est d’ordinaire plus encline à se mettre du côté de la victime, on en a déjà vu plusieurs. Et dans l’immense majorité des cas, cela se traduit à l’écran par une ambiance glauque et mortifère, malsaine. The Voices, lui, en prend le contrepoint avec son tueur voyant la vie en rose, dont l’optimisme transforme littéralement son environnement (une de ces villes américaines qu’on qualifie parfois de «quart-monde») et même le film, qui peut dès lors se permettre de verser dans le délire en allant jusque dans la comédie musicale. De ce décalage résulte bien sûr de la comédie mais la force du film est de ne pas affaiblir pour autant l’horreur des actes – même sans s’appesantir sur la violence et encore moins le gore – ni notre malaise, qui va aller grandissant. Ce qu’on va perdre alors en humour au fil du récit, on le gagne en réflexion sur la dualité de chacun et, plus surprenant, en émotion, puisqu’on finirait presque par prendre en pitié le meurtrier. Ou tout du moins, on ne peut oublier l’humain derrière le «monstre». Pour cela, bravo tout d’abord à Ryan Reynolds, dans un de ces rôles où il gagne à prendre des risques. Inscrit à la black list (la sélection des meilleurs scénarios non-tournés), le script s’avère en effet moral tout en restant tendre avec son antihéros, un défi pour un acteur que ce film perpétuellement sur la brèche et ne pouvant réussir que grâce à un improbable jeu d’équilibriste dans l’humour noir. Il sait surprendre parfois également dans sa construction bien que nous n’échapperons pas à une conclusion entendue, contrebalancée là encore par… un numéro musical ! On a vu rôle plus facile. Et bravo donc également à Marjane Satrapi, réalisatrice franco-iranienne de Persépolis et Poulet aux prunes, qui réussit là le tour de force de jongler avec toutes les facettes du projet tout en se confrontant à son premier long-métrage international, tout ça sans plus avoir le soutien de son co-réalisateur Vincent Paronnaud. Chaud. La cinéaste est toutefois clairement prête à voler de ses propres ailes, qui plus est en s’attaquant à des projets sacrément excitants maintenant qu’elle ose travailler sur autre chose que ses créations originales. Son passé de dessinatrice de BD, elle s’en sert en fait désormais pour composer une mise en scène des plus soignées, puisant autant dans l’esthétique kitsch des glorieuses 50′s que dans l’iconographie des contes, tout ceci faisant toujours sens avec ce qu’elle veut exprimer. Assurément perturbant dans sa façon de revisiter le trip dans l’esprit d’un tueur en série, The Voices s’avère ainsi également puissant à sa façon, sans prétention, comme un exercice de style auquel Satrapi se plie avec une évidente facilité, faisant d’elle une réalisatrice à suivre pour de bon si elle persévère dans cette voie. Et puis, comment ne pas aimer un film réunissant un chat, un chien, un serial killer et Gemma Arterton ?

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Critique ciné : Chappie

8 mars, 2015

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Porté sur les ailes de la réussite dès son premier long-métrage, Neil Blomkamp avait pourtant avec son second, Elysium, quelque peu déçu les espoirs placés en lui. N’ayant plus le soutien d’un Peter Jackson comme producteur, il donnait en fait le sentiment de s’être laissé emporter par son ambition pour mieux s’y noyer, les qualités d’écriture de District 9 n’y étant plus qu’un souvenir brumeux. Son troisième effort, le présent Chappie, se veut ainsi comme une œuvre d’une certaine façon plus humaine, s’éloignant de la SF hard-boiled pour un spectacle davantage familial, nourri des films ayant marqué le réalisateur sud-africain dans sa jeunesse (on peut vraiment le résumer comme un mix de Short Circuit et Robocop). Une manière pour lui de revenir à un cinéma plus tourné vers le spectateur, moins vainement cérébral. Sans jeter pour autant aux orties ce qui a fait son style, pour le pire et le meilleur. Chappie reste en effet du pur Blomkamp, on retrouve sa patte visuelle (d’autant plus qu’il est de retour dans les quartiers pauvres d’Afrique du Sud) en même temps que son talent certain pour les SFX – magnifiques – et les scènes d’action – de bons petits kifs geeks – si ce n’est qu’il est ici moins convaincant dans l’utilisation des images transmédias (les interviews sonnent spécialement faux). Pas de gros problème donc de ce côté-là, il assure tout de même le show. Il en va néanmoins autrement avec le scénario co-signé par le cinéaste, encore une fois lardé d’incohérences gênantes car si elles peuvent vouloir signifier la bêtise humaine, elles n’en restent pas moins pénibles, rendent antipathiques les personnages de chair et sang. Le docteur incarné par Dev Patel est tout particulièrement à baffer et quant au gang de voleurs, ils sont l’exemple le plus flagrant de la difficulté qu’a le réalisateur à faire coïncider ses considérations réalistes et sociales avec sa volonté de livrer un film plus grand public (drame et comédie se côtoient bizarrement). Blomkamp a surtout une conception très curieuse – voire préoccupante – de la science, qu’il sacralise sans jamais la remettre en cause. Cela fait tout de même la deuxième fois qu’il la vante comme remède à la mortalité, idée plus que dangereuse si on l’envisage sérieusement. Depuis Elysium, ses histoires évitent en fait soigneusement d’aborder les questions embarrassantes soulevées par leurs thématiques, il les biffe même : bien que c’était présent dans la bande-annonce au travers d’un petit dialogue de Sigourney Weaver, aucune mention n’est par exemple faite ici du risque à voir l’homme créer un intelligence artificielle appelée par essence à nous supplanter… Sans même parler d’abonder dans ce sens, évoquer au moins le sujet aurait permis de ne pas passer pour un total apôtre de la science sans conscience. Des défauts qui auraient pu être rédhibitoires et plomber Chappie pour de bon s’il n’y avait le héros en titre, dont l’humanité – ironiquement – prodigue à l’intrigue tout son cœur (bravo à Sharlto Copley pour son interprétation). Touchant, drôle et en même temps impressionnant, il est en définitive le seul personnage à posséder une ligne morale claire, auquel on peut par conséquent s’identifier, et sauve ainsi le film là où un Matt Damon équipé d’un exosquelette avait échoué. Alors chapeau, Chappie (oui, j’ai osé faire ce jeu de mot pourri) !

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