Archive pour février, 2015

Critique ciné : Un village presque parfait

14 février, 2015

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On s’en serait douté sans peine, Un village presque parfait ne se démarque aucunement du tout venant de la comédie française. Comme nombre de ses tristes confrères, ce remake du film canadien La Grande séduction semble ainsi pensé dans le seul but de finir ses jours dans le prime-time du dimanche soir de TF1. Rien que son titre, déjà, pourrait avoir été piqué à une émission de M6, et tout le reste est à l’avenant. Venu du petit écran et du documentaire (Les Yeux dans les bleus, c’était lui), le réalisateur Stéphane Meunier ne sort pas de sa zone de confort pour son premier long-métrage au ciné et nous donne à contempler une mise en scène aussi plate que les paysages environnant le village sont escarpés (les Pyrénées, forcément), à l’exception peut-être de deux, trois scènes où des embryons d’idées de réalisation pointent leur nez. Ce qui fait peu, avouons-le, tout en restant dans la moyenne de la catégorie. Et en même temps on pourrait arguer qu’il n’y a de toute façon pas grand chose à filmer, l’intrigue n’ayant franchement rien d’original. Sans même parler du fait qu’il s’agit d’un remake, l’histoire se déroule en effet paresseusement selon une structure qu’on a vu mille fois ailleurs (sérieusement, on sait exactement comment tout va se dérouler avant même que ça ait commencé) et ne s’en écarte jamais, pas même pour surprendre le spectateur afin de lui arracher quelques rires supplémentaires. Feignante jusqu’au bout, la péloche en rajoute qui plus est une couche en puisant dans tout ce que la comédie française à de plus vil : l’humour régionaliste, le manichéisme grossier… Pour un peu, on se croirait échoué devant une suite spirituelle à Bienvenue chez les ch’tis. Mais la petite distinction qui fait une grosse différence et sauve in extremis Un village presque parfait, sur le fond en tout cas, c’est qu’il s’articule autour de thèmes qu’il est toujours bon d’aborder, tels la désertification des régions rurales ou l’aridité économique de ces mêmes régions. Des sujets lui prodiguant un peu de substance, et de quoi accoucher de quelques bons gags voire de moments assez émouvants (Didier Bourdon est à ce titre excellent dans toutes les facettes de son personnage, contrairement aux autres qui restent unilatéraux). Alors il est sûr que ça ne suffira pas à hisser le film au rang des comédies indispensables, nous en sommes très, très loin, mais ça fera toujours un dimanche soir un peu plus potable qu’à l’accoutumée.

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Critique ciné : Jupiter – le destin de l’univers

12 février, 2015

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Devenus réalisateurs triple A par la grâce de leur trilogie fondatrice Matrix, les Wachowski avaient ensuite tenu à s’en éloigner par le biais de projets pour le moins surprenants à de très nombreux niveaux. Speed Racer ou Cloud Atlas, ce n’est quand même pas le tout venant de la production cinématographique, et cela explique d’ailleurs certainement pour beaucoup leurs résultats décevants au box office. Jupiter : le destin de l’univers sonne ainsi comme leur première tentative de renouer avec le succès du combat de Neo contre les machines, déjà parce que la fratrie revient au système des grands studios après leur co-réalisation avec Tom Tykwer mais surtout parce que ce nouvel effort se pose comme un reflet de leur plus gros succès, que ce soit dans leurs intrigues aux grandes lignes identiques ou dans leur visée de bâtir une saga (le titre original, Jupiter Ascending, semble pensé pour varier en fonction des épisodes). Un fait loin d’être un écueil tant les œuvres à puiser dans ces archétypes sont nombreuses mais cela n’a pas empêché les cinéastes de vouloir le camoufler derrière un univers à priori original, à la croisée de la science-fiction et de l’heroic fantasy dans lequel ils injectent d’inattendues considérations économiques tout en gardant un pied dans notre réalité. Programme alléchant, et chargé. Trop peut-être. Le film se pose en effet comme un énorme mélange d’influences qui pourrait se justifier par la volonté de laisser entrevoir l’immensité spatiale et sa multitude de mondes dans toute leur variété sauf que, dans le cas d’un long-métrage unique (en tout cas pour l’instant), ça fait surtout gloubiboulga manquant de cohérence. On comprend bien que les Wachowski voulaient nous offrir un moment de fun, plus léger que ce à quoi ils nous ont habitué – en dépit des apparences, même Speed Racer ne peut être considéré comme une production «légère» – sans que ça explique pour autant leurs décisions à la fois discutables et disgracieuses. Il y a d’abord des ambiances si différentes qu’on tombe parfois dans la rupture de ton perturbante mais là où ça coince vraiment, c’est avec une direction artistique à qui il arrive de flirter avec le franchement laid (des lumières très baveuses sur certaines scènes), le franchement pompé (quelques décors qu’on croirait tout droit tirés de La Menace fantôme) ou le franchement con (l’homme-éléphant, sérieusement les gars).

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Niveau incohérences, on pourrait aussi se demander quel est l’intérêt de vouloir faire de la SF super fantaisiste si c’est pour tout rapporter ensuite à notre monde (les hybridations humains / animaux, les tentatives d’explication de la mythologie «réaliste» des aliens) mais bon, passons. Parce que s’ils se sont plantés sur le visuel, ils ne font guère mieux avec un scénario dans lequel on aura du mal à rentrer entre une histoire quelquefois brouillonne – bravo à celui qui arrive du premier coup à comprendre qui travaille pour qui chez les méchants – et une construction bâtarde où l’on ne fait que progresser d’une épreuve à l’autre (cela est particulièrement visible dans les rencontres successives avec la fratrie Abraxas) sans but bien défini. Ni sans vraiment s’intéresser aux personnages d’ailleurs, et tout spécialement à l’héroïne (interprétée par Mila Kunis, pas franchement convaincante) qui attend la toute fin pour faire montre d’un peu de caractère. En résulte une absence de charge émotionnelle qui aurait pourtant bien aidé à passer outre les errances du projet. Fort heureusement alors, et bien qu’ils ne proposent rien d’aussi novateur ou abouti niveau action que dans leurs Matrix, les deux cinéastes restent néanmoins virtuoses lorsqu’il s’agit d’assurer le spectacle : on notera en particulier des chaussures anti-gravité qui devraient faire flipper les fans de l’hoverboard de Retour vers le futur 2 et rêver ceux du manga Air Gear, qui trouve ici la première transposition non-officielle de ses délires aériens en rollers. Jupiter : le destin de l’univers s’inscrit donc comme un blockbuster certes divertissant (hé ouais, il y arrive malgré tout) mais également frustrant et déconcertant car pour la première fois, nous n’arrivons pas à comprendre les Wachowski dans leur délire. Sans même parler de les y suivre (leurs films ont toujours rencontré des détracteurs très tranchés), il faut bien reconnaître cette fois qu’ils nous perdent tant ils partent dans le n’importe quoi et livrent un métrage perfectible, plus générique qu’il n’y paraît, où premier et second degré s’accordent mal… Peut-être en attendions nous trop, en fait, mais ça ne change rien au sentiment mitigé qui nous habite lorsqu’on quitte la salle.

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Critique ciné : L’Interview qui tue !

6 février, 2015

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À l’heure où la question «peut-on rire de tout ?» revient plus fortement que jamais dans le débat publique et qu’on en sent certains prêts à flancher sur ce point, il est bon d’en voir d’autres se lâcher sévère, L’Interview qui tue ! et y allant (James) franco pour faire rire de ce qui est d’ordinaire plus enclin à effrayer. Alors ça n’a pas manqué et la sortie du film a été accompagnée de son lot de scandales mais, au-delà de ces coups d’éclat qui lui auront fait quand même un bon coup de pub, il faut donc lui reconnaître une démarche plus couillue qu’il n’y paraît. En effet, pourquoi prendre pour sujet des personnes réelles, qui plus est des dictateurs réels, afin de nous dérider ? Si ce n’est la valeur cathartique, il serait bien plus confortable et probablement tout aussi parlant de situer son action dans une dictature fictive. Sauf que cet ancrage dans le réel est justement le symptôme le plus évident de l’irrévérence caractérisant l’humour de ses auteurs, le duo Seth Rogen / Evan Goldberg, dans la mouvance de ce que peuvent faire Trey Parker et Matt Stone (et dont le cultissime Team America égratignait déjà sacrément la Corée du Nord). Sans copier pour autant car s’ils sont aussi drôles que les créateurs de South Park, au cas où l’on en doutait, c’est parce qu’ils possèdent une vraie inventivité lorsqu’il s’agit de créer gags et situations comiques. Certes, on tape souvent sous la ceinture et on frôle parfois l’hystérie (James Franco pète un câble à chaque fois qu’il participe à une comédie, comme une libération), sans compter que l’on retrouve quelques-unes de leurs figures classiques (par exemple la prise de drogue suivie d’une grosse teuf, toujours aussi efficace heureusement), mais tout cela n’est jamais gratuit. Eux non plus ne sont pas que de talentueux marioles et s’inscrivent en tant que vrais cinéastes, avec des choses à dire et sachant comment les exprimer. Il ne faut donc absolument pas croire l’affiche, qui relie ce film-ci à l’alimentaire Nos pires voisins, car si les auteurs Seth Rogen et Evan Goldberg ont bien un film à leur actif c’est le tristement méconnu This is the End, qui déjà faisait montre de toutes les qualités qu’on retrouve dans L’Interview qui tue !. Les compères critiquent ainsi sans jamais tomber dans le manichéisme et surtout sans oublier de se moquer d’eux-mêmes comme des Etats-Unis. La véritable force d’une caricature réussie et drôle que certains ne comprendront malheureusement jamais comme telle.

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