Critique ciné : Loin des hommes

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Ce n’est pas parce qu’on est tiré d’un texte vieux de plusieurs décennies qu’on ne peut pas être en phase avec l’actualité. Librement inspiré en effet d’une nouvelle de Albert Camus, L’Hôte (paru en 1957 dans le recueil L’Exil et le royaume), Loin des hommes résonne fortement avec les tristes événements qui ont secoué notre pays et le monde il y a peu, il nous invite à voir les choses autrement… chez l’autre, justement. Un message salvateur que le second long-métrage de David Oelhoffen (Nos retrouvailles) rend tout d’abord tangible en s’affirmant comme un western humaniste et naturaliste dans l’Algérie des années 50, alors que la guerre commence tout juste et agite les consciences : l’immensité et le vide du désert, la menace invisible sans cesse aux trousses, les fusillades maladroites mais fatales… on retrouve clairement les codes du genre sous un angle d’une sobriété totale, baignés dans une lumière naturelle qui renforce encore le sentiment prégnant de réalisme et d’âpreté. Mais c’est donc surtout le facteur humain qui fait vivre le film, par la grâce de deux acteurs particulièrement impliqués dans le projet. D’une part le trop rare Viggo Mortensen, passionné par le scénario au point d’en devenir coproducteur et de jouer son rôle en français et en arabe, et bien évidemment parfait dans la peau de cet homme bienveillant mais néanmoins secret et capable de violence. D’autre part Reda Kateb, qui ne cesse de monter sur la scène française et va encore gagner des points – après sa performance remarquée dans Hippocrate – par le biais de ce personnage auquel il confère une humanité évitant les clichés. A travers le voyage douloureux de ces deux êtres, Loin des hommes évoque donc sans fard mais toujours avec finesse le passé colonialiste de la France et insiste sur l’idée que pour vivre dans un contexte aussi hostile, il faut fuir l’héritage, le devoir que nous impose la société au profit d’un individualisme plus réfléchi. Ce qui souvent ne se fait pas sans mal, mais avons-nous vraiment le choix pour continuer d’avancer ?

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