Critique ciné : Le Septième fils

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Tiré de la saga littéraire L’Epouvanteur de Joseph Delaney, Le Septième fils paraît arriver un peu à la bourre quand même Le Hobbit montre des signes d’essoufflement, l’heroic fantasy ayant été mangée à toutes les sauces sur la décennie précédente. Alors quand on veut revenir au genre, autant avoir quelque chose d’original à raconter. Ne serait-ce que pour justifier son outrecuidance à passer derrière les canons de la catégorie. Pas de pot, le petit nouveau fait l’impasse sur ce point comme si de rien n’était et n’a alors strictement rien à dire, son histoire étant d’un banal des plus affligeants (à tel point qu’on n’a même pas besoin d’introduction à l’univers, formaté) : menée par le seul et linéaire objectif «il faut tuer la méchante sorcière», elle s’attache qui plus est à dégraisser au maximum ses intrigues secondaires et thématiques qui seules auraient pu la sauver (on aurait particulièrement aimé voir explorée davantage la frontière floue entre agents du Bien et du Mal). Malmené par une préproduction dont les complications n’eurent d’égales que celles de la postproduction, le film est en fait passé de main en main (changement de distributeur, de scénariste, d’acteur, de monteur, de compositeur, de société de SFX… il a eu droit à tout) de telle sorte que sa personnalité s’est comme diluée au fur et à mesure des réécritures, rééquilibrages, compromis, sauvetages… S’il est resté attaché au projet en dépit des remous, le plutôt doué Sergey Bodrov (Mongol) n’a donc pas pour autant été capable de faire garder le cap à son premier long-métrage hollywoodien. On le sait, les réalisateurs expatriés ne servent bien souvent que de faire-valoir aux producteurs, et tout juste le russe parvient-il à sauver les meubles grâce à sa mise en scène naturaliste, épurée, qui confère à l’adaptation une patte visuelle spécifique. Quand elle ne tombe pas dans le piège du blockbuster ayant les yeux plus gros que son porte-monnaie, le spectacle à l’image n’étant pas franchement épique malgré ce qu’on veut bien nous vendre (genre «une armée d’assassins» qui se réduit à vingt pauvres mecs masqués). Et même si cela avait été le cas, pas sûr que cela aurait été suffisant tant le duo de héros est pénible à suivre, Jeff Bridges – en mode R.I.P.D. – cabotinant autant que Ben Barnes galère à épaissir un rôle d’un vide abyssal. Vous l’aurez alors compris, Le Septième fils ne marque en rien le renouveau de l’heroic fantasy, il n’en est même pas un représentant honorable. Il s’agit juste d’une œuvre anachronique et bancale qui permettra de réévaluer les livres dont il est issu et peut-être même de les lire. Ce qui est déjà pas mal en soi, non ?

020304

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