Archive pour janvier, 2015

Critique ciné : Charlie Mortdecai

25 janvier, 2015

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Ses rôles excentriques et costumés ayant dépassé le simple cadre de sa collaboration avec Tim Burton, Johnny Depp en agace désormais plus d’un et ses détracteurs se font plus nombreux à chaque film. Les prochains Alice au pays des merveilles 2 et Pirates des Caraïbes 5 ne devraient pas inverser la tendance et on serait tenter de croire que ce Charlie Mortdecai participe de la même mouvance car après tout, il y joue à nouveau un excentrique, costumé de surcroît (même si ça se limite surtout à une magnifique et cruciale moustache). Il serait toutefois dommage de s’arrêter à cela et de ne pas découvrir ce personnage créé par le romancier britannique Kyril Bonfiglioli au début des 70′s, son passage sur grand écran revêtant un intérêt réel de par son interprète. En dehors de sa moustache (magnifique, l’a t-on dit ?), il injecte dans cet aristocrate élégant et décadent un humour inspiré des grands acteurs anglais du genre, contemporains au premier roman, allant de Peter Sellers aux Monty Python (en particulier le sketch du championnat des riches benêts). Des références qui nous manquaient un peu depuis que Austin Powers a remisé au placard ses costumes flashy et qu’on le veuille ou non, Depp est très fort dans ce registre décalé, donc pas la peine de s’énerver parce qu’il cabotine. C’est le but. D’autant qu’il ne vampirise pas tout le film et laisse s’exprimer une galerie de seconds rôles de très grande qualité : Gwyneth Paltrow réussit par exemple à rendre son histoire d’amour avec Mortdecai intéressante malgré son personnage pas forcément sympathique de prime abord, tandis que Ewan McGregor est parfait en gentil idiot dont les tentatives de malice tombent à plat. La mention spéciale revient toutefois à Paul Bettany pour son rôle de serviteur voyou mais dévoué envers et contre tout, l’inséparable et indispensable binôme du héros, sorte de Alfred chaud-lapin et bagarreur. Le casting semble en tout cas s’éclater sincèrement dans ce qui n’est pas tellement une parodie des films d’espionnage à la James Bond comme on serait tenté de le croire mais bien une comédie, policière qui plus est en dépit d’un mystère pas franchement passionnant. Le savoir-faire du réalisateur David Koepp (habile artisan plus habitué au thriller et au fantastique – Hypnose ! – mais très capable dans la farce comme le démontrait La Ville fantôme) et le plaisir de suivre cet antihéros pallient néanmoins à ce manquement, les gags et le destin des protagonistes se substituant sans peine à une véritable intrigue. En définitive, Charlie Mortdecai ne révolutionne rien (c’est même volontairement un peu suranné, en hommage aux films comme La Panthère rose) mais reste suffisamment bien emballé pour nous offrir une bonne rasade d’humour british, même incarné par un ricain pur jus. Et puis, mes aïeux, quelle moustache !

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Critique ciné : Loin des hommes

20 janvier, 2015

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Ce n’est pas parce qu’on est tiré d’un texte vieux de plusieurs décennies qu’on ne peut pas être en phase avec l’actualité. Librement inspiré en effet d’une nouvelle de Albert Camus, L’Hôte (paru en 1957 dans le recueil L’Exil et le royaume), Loin des hommes résonne fortement avec les tristes événements qui ont secoué notre pays et le monde il y a peu, il nous invite à voir les choses autrement… chez l’autre, justement. Un message salvateur que le second long-métrage de David Oelhoffen (Nos retrouvailles) rend tout d’abord tangible en s’affirmant comme un western humaniste et naturaliste dans l’Algérie des années 50, alors que la guerre commence tout juste et agite les consciences : l’immensité et le vide du désert, la menace invisible sans cesse aux trousses, les fusillades maladroites mais fatales… on retrouve clairement les codes du genre sous un angle d’une sobriété totale, baignés dans une lumière naturelle qui renforce encore le sentiment prégnant de réalisme et d’âpreté. Mais c’est donc surtout le facteur humain qui fait vivre le film, par la grâce de deux acteurs particulièrement impliqués dans le projet. D’une part le trop rare Viggo Mortensen, passionné par le scénario au point d’en devenir coproducteur et de jouer son rôle en français et en arabe, et bien évidemment parfait dans la peau de cet homme bienveillant mais néanmoins secret et capable de violence. D’autre part Reda Kateb, qui ne cesse de monter sur la scène française et va encore gagner des points – après sa performance remarquée dans Hippocrate – par le biais de ce personnage auquel il confère une humanité évitant les clichés. A travers le voyage douloureux de ces deux êtres, Loin des hommes évoque donc sans fard mais toujours avec finesse le passé colonialiste de la France et insiste sur l’idée que pour vivre dans un contexte aussi hostile, il faut fuir l’héritage, le devoir que nous impose la société au profit d’un individualisme plus réfléchi. Ce qui souvent ne se fait pas sans mal, mais avons-nous vraiment le choix pour continuer d’avancer ?

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Critique ciné : Le Septième fils

2 janvier, 2015

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Tiré de la saga littéraire L’Epouvanteur de Joseph Delaney, Le Septième fils paraît arriver un peu à la bourre quand même Le Hobbit montre des signes d’essoufflement, l’heroic fantasy ayant été mangée à toutes les sauces sur la décennie précédente. Alors quand on veut revenir au genre, autant avoir quelque chose d’original à raconter. Ne serait-ce que pour justifier son outrecuidance à passer derrière les canons de la catégorie. Pas de pot, le petit nouveau fait l’impasse sur ce point comme si de rien n’était et n’a alors strictement rien à dire, son histoire étant d’un banal des plus affligeants (à tel point qu’on n’a même pas besoin d’introduction à l’univers, formaté) : menée par le seul et linéaire objectif «il faut tuer la méchante sorcière», elle s’attache qui plus est à dégraisser au maximum ses intrigues secondaires et thématiques qui seules auraient pu la sauver (on aurait particulièrement aimé voir explorée davantage la frontière floue entre agents du Bien et du Mal). Malmené par une préproduction dont les complications n’eurent d’égales que celles de la postproduction, le film est en fait passé de main en main (changement de distributeur, de scénariste, d’acteur, de monteur, de compositeur, de société de SFX… il a eu droit à tout) de telle sorte que sa personnalité s’est comme diluée au fur et à mesure des réécritures, rééquilibrages, compromis, sauvetages… S’il est resté attaché au projet en dépit des remous, le plutôt doué Sergey Bodrov (Mongol) n’a donc pas pour autant été capable de faire garder le cap à son premier long-métrage hollywoodien. On le sait, les réalisateurs expatriés ne servent bien souvent que de faire-valoir aux producteurs, et tout juste le russe parvient-il à sauver les meubles grâce à sa mise en scène naturaliste, épurée, qui confère à l’adaptation une patte visuelle spécifique. Quand elle ne tombe pas dans le piège du blockbuster ayant les yeux plus gros que son porte-monnaie, le spectacle à l’image n’étant pas franchement épique malgré ce qu’on veut bien nous vendre (genre «une armée d’assassins» qui se réduit à vingt pauvres mecs masqués). Et même si cela avait été le cas, pas sûr que cela aurait été suffisant tant le duo de héros est pénible à suivre, Jeff Bridges – en mode R.I.P.D. – cabotinant autant que Ben Barnes galère à épaissir un rôle d’un vide abyssal. Vous l’aurez alors compris, Le Septième fils ne marque en rien le renouveau de l’heroic fantasy, il n’en est même pas un représentant honorable. Il s’agit juste d’une œuvre anachronique et bancale qui permettra de réévaluer les livres dont il est issu et peut-être même de les lire. Ce qui est déjà pas mal en soi, non ?

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