Archive pour décembre, 2014

Critique ciné : Dumb & Dumber De

20 décembre, 2014

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Maîtres de la comédie US dans les années 90, les frangins Farrelly ont depuis franchement périclité au box-office, au point que leurs films passent désormais presque inaperçus lors de leur passage en salles. Après avoir rendu hommage à leur amour comique de jeunesse avec le kamikaze The Three Stooges, ils jouent leur va-tout en donnant une suite à l’un de leurs plus gros succès et vingt ans plus tard nous retrouvons donc Larry et Floyd pour un nouveau road-movie aux confins de la stupidité,  Dumb & Dumber De. Une pratique risquée car si la nostalgie a en effet de quoi rameuter du monde dans les cinémas, elle poussera aussi invariablement à une comparaison rarement flatteuse. Surtout que bien souvent, les suites de comédies n’hésitent pas à calquer un peu trop l’originale, la reprise pure et simple de gags en étant le symptôme le plus évident. Ce dont sont parfaitement conscients les deux réalisateurs, tellement qu’ils poussent l’effronterie jusqu’à mettre en parallèle dans le générique de fin des photos des deux films, sans pour autant empêcher que les spectateurs déjà présents il y a deux décades puissent ressentir une certaine déception, voire de la lassitude, face à la redondance de nombre de scènes comiques. Les Farrelly ne sont toutefois pas des rigolos (enfin si, mais nan…) et leur métrage comporte suffisamment de matériel inédit pour ne pas perdre les fans de la première heure tant leurs deux antihéros s’avèrent plus crétins, paumés et cradingues que jamais. Il y a quelques gags véritablement venus de nulle part, comme si la bêtise des personnages influait en direct sur la narration et la réalisation. Parce qu’en dépit des années, les réalisateurs de Mary à tout prix paraissent n’avoir pas pris une ride (ce dont ne doutaient pas ceux ayant suivi leur carrière entre-temps) et c’est toujours un réel plaisir que de se replonger dans leur univers comique si caractéristique et accueillant, où les blagues les plus crasses côtoient une tendresse omniprésente. Tout comme on prend un pied monstrueux à retrouver – comme à chaque fois – Jim Carrey (et Jeff Daniels aussi, mais bon, Jim Carrey quoi) dans de la comédie pure, genre qui l’a révélé et dans lequel il continue d’exceller. Sérieux, ce mec est une grosse bête. Tout simplement. Pour peu qu’on soit alors prêt à fermer les yeux sur son statut de suite tardive et les défauts qui vont avec, Dumb & Dumber De remplit pleinement son office en délivrant un franc moment de connerie régressive. Et qu’il est bon d’être con parfois !

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Critique ciné : La Légende de Manolo

19 décembre, 2014

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Ayant déjà tâté de l’animation pour avoir participé du renouveau de ce département chez Dreamworks, le monstrueux Guillermo del Toro fait des infidélités à la boîte de Spielberg afin de monter un projet plus personnel aux côtés de son compatriote Jorge R. Gutierrez (co-créateur de la série El Tigre : Les Aventures de Manny Riviera et ici aux commandes de son premier long-métrage). La Légende de Manolo est ainsi une véritable déclaration d’amour à la culture mexicaine (seul bémol, d’entraînantes reprises de chansons faisant malgré tout hors-sujet) camouflée sous les atours d’une romance fantastique survoltée, qu’on aurait tort de ne cataloguer trop vite que comme du Tim Burton avec des sombreros. Ce que le film est assurément par ailleurs, les similitudes avec par exemple Les Noces funèbres étant très fortes, si ce n’est que nous sommes en fait plus proches du Burton des débuts où un conte tout simple peut cacher les sentiments les plus forts. Par-delà l’évocation intelligente et formatrice de la mort (le film peut tout à fait être vu par les plus jeunes spectateurs), on trouve en effet une histoire dotée de personnages sacrément attachants dont les relations sont tissées avec une sensibilité rare : ils ne sont pas nombreux les triangles amoureux à pouvoir nous poser un vrai dilemme tant on ne peut départager les protagonistes, les prétendants étant aussi sympathiques que l’objet de leur affection est sincèrement tiraillé. De quoi faire oublier leur design des plus originaux qui pourrait en rebuter certains, d’autant plus lors de certaines scènes où nous sommes franchement emportés par l’action (quelques beaux frissons comic-bookesques en perspective). S’il ne révolutionne rien (nous aurions aimé un peu plus d’ambition et de péripéties lors de l’exploration du monde des morts), La Légende de Manolo s’impose donc malgré tout comme une petite péloche animée sacrément bien foutue, sincère et festive. Mais qu’attend del Toro pour faire son propre film d’animation ?

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Critique ciné : Le Hobbit – La Bataille des Cinq Armées

13 décembre, 2014

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Hé bah voilà, ça y est, la trilogie Le Hobbit est terminée. Après toutes les frustrations et déceptions des deux premiers chapitres, l’aventure de Bilbon et des nains prend fin avec La Bataille des Cinq Armées et si celui-ci nous réconciliera quelque peu avec la saga, on restera malgré tout sur l’impression qu’une somme de mauvaises décisions s’est chargée de la plomber. On ne reviendra pas trop sur le retour de Peter Jackson derrière la caméra (artiste inestimable, à la réalisation toujours aussi brillante mais peinant à se renouveler après le monumental Seigneur des anneaux) pour se concentrer sur le choix le plus absurde ayant présidé à la conception de cette trilogie : en faire une trilogie, justement. Vous vous souvenez du cliffhanger honteux de La Désolation de Smaug ? Comment oublier ce manque de cohérence scénaristique ? Hé bien, si on vous dit que ça se règle ici en moins de dix minutes, vous comprenez à quel point il s’agissait d’une coupure de sagouin, d’une astuce grossière de téléaste indigne de ce qu’aurait dû être la saga ? Une mauvaise entrée en matière pour ce troisième volet qui fort heureusement se rattrape par la suite en offrant une intrigue plus dense que ses prédécesseurs, même si l’on goûtera moyennement l’ironie de s’entendre dire que «l’or corrompt» dans une œuvre à ce point sapée par ses visées mercantiles (rien d’autre ne justifie le passage de deux à trois longs-métrages que l’appât du gain). Reste que La Bataille des Cinq Armées sait au moins traiter ses thématiques et plus largement raconter une histoire dans son entièreté – aidé en cela, il est vrai, par son statut de chapitre final – tout en rehaussant la dramaturgie, l’émotion reprenant enfin sa place dans le triptyque. Pas forcément comme on l’attendait puisque le personnage de Bilbon s’avère étonnamment en retrait mais malgré tout de manière très efficace, en particulier lors d’une charge des nains à faire se dresser les poils comme à la belle époque du «Pour Frodon…» (sans compter le dantesque duel final entre Thorin et Azog). On en comprendra d’autant moins la volonté de Jackson d’en faire l’épisode le plus court alors que, clairement, c’est le seul qui avait le potentiel de tenir en haleine sur trois heures. Et le seul qu’on ait envie de découvrir en version longue. Faut-il y voir encore une manœuvre pour se remplir la bourse aux dépens du film et des spectateurs ? On aimerait dire que «non» mais cela est de plus en plus dur de ne pas constater qu’on se fout un brin de notre gueule. Et quand La Bataille des Cinq Armées s’achève sans avoir créé de véritable lien de cause à effet avec Le Seigneur des anneaux, alors que c’était leur explication première pour ce troisième volet, le doute n’est plus franchement permis…

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Critique ciné : Hunger Games – La Révolte : Partie 1

5 décembre, 2014

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Initiée à l’occasion du dernier chapitre de la saga Harry Potter, la technique du «j’fais deux films au lieu d’un seul pour gagner plus de pépètes» a depuis fait des émules : Twilight, Le Hobbit (si si, il rentre dans ce cas de figure) et dorénavant l’adaptation du best-seller de Suzanne Collins avec Hunger Games – La Révolte : Partie 1. Une mode dangereuse à plus d’un titre car si on échappe encore au pire (imaginez le triste jour où ils comprendront qu’ils peuvent scinder TOUS les volumes d’une série de livres en deux métrages !) (voire trois, soyons fous !), on peut déjà constater qu’elle conduit surtout à une dilatation de la narration en lieu et place du respect littéraire censé la justifier. Résultat des courses, les premières parties sont unanimement molles de la cuisse, ressassent des enjeux qui n’en demandaient pas tant, tandis qu’on croise les doigts pour que le final remonte le niveau, achève l’aventure en un véritable feu d’artifice. Et Katniss ne fait pas mieux que ses confrères échappés d’étalages de libraires, ce qui n’étonnera pas des masses d’ailleurs au regard du manque d’originalité jusque-là de son combat contre les très méchants riches du Capitole. Elle passe donc ici beaucoup de temps à broyer du noir, à pleurer, à se cacher dans des endroits exigus (vrai de vrai, ça commence même comme ça !)… Difficile dans ces conditions de voir se dessiner la leader de la rébellion qu’on attendait. Le thème sous-jacent à la série de la propagande reste alors présent et intéressant (c’est même tout ce qui sauve la saga), et l’on sent bien que c’est de ce côté-ci que l’héroïne interprétée par Jennifer Lawrence (en mode «j’en fais des tonnes pour justifier mon Oscar») prendra toute son ampleur, mais puisque le découpage en chapitre fait que ce film n’a pas de vrai fin, on s’arrête avant que Katniss se soit révélée. Avant qu’il se soit passé quelque chose, en somme. Episode transformé en transition longuette, Hunger Games – La Révolte : Partie 1 s’enlise d’autant plus que la réalisation de Francis Lawrence s’avère étonnamment terne, en manque il est vrai de matière spectaculaire à filmer, achevant ainsi de décrédibiliser le besoin de séparer ce troisième tome en un diptyque (si ce n’est celui de remplir davantage les poches de la production). Avec un vrai travail d’adaptation, sûr qu’il y avait moyen de condenser tout le bouquin en une péloche de 2h30 efficace, elle. Reste donc juste à espérer que le motif ici omniprésent de la fumée soit annonciateur d’une Partie 2 consumée – enfin – par les flammes de la révolution.

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