Archive pour novembre, 2014

Critique ciné : Le Labyrinthe

25 novembre, 2014

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Tandis que le phénomène Hunger Games se poursuit avec la sortie en salles de son troisième chapitre (enfin, sa première partie du troisième chapitre… ouais, c’est compliqué), ses avatars continuent à s’amasser sans plus éveiller le moindre soupçon d’intérêt. Grossière erreur car parmi la flopée de péloches romantico-SF barbantes se cachent parfois de petites pépites, telles ce Le Labyrinthe débarqué de nulle part et autrement plus intéressant que la concurrence. Ses meilleures idées sont ainsi de ne pas s’embarrasser d’une intrigue amoureuse (même si ça viendra certainement par la suite) et surtout – en tout cas dans cette adaptation – de viser sans cesse une réelle efficacité dans sa narration, sur le papier et à l’image, tout en cultivant une histoire nourrie par ses nombreux prenants mystères (la caractérisation schématique des personnages s’explique par l’intrigue et est précisément appelée à s’épaissir lors des opus suivants). Petite prod’ sans prétention dont le budget serré est la plupart du temps bien rentabilisé à l’écran, à l’exception peut-être de créatures qu’on s’évertue à ne jamais nous montrer clairement, elle permet à Wes Ball – réalisateur nouveau-venu remarqué pour ses courts-métrages – de faire montre d’un talent à suivre et de jouer avec un matériau pouvant se permettre d’être plus permissif que la moyenne. Rappelant en effet beaucoup dans sa première partie Sa Majesté des mouches, il en retrouve parfois un semblant de perversité (on regrettera juste que la sexualité – attention, pas l’amour – soit totalement éclipsée) pendant que la gestion impeccable de la tension menée par le cinéaste achève de faire tourner la machine, enjeux clairs des personnages et tenants obscurs des énigmes du scénario rendant possible une saine cohabitation, où l’efficacité prime encore et toujours. Malgré donc la frustration de la pléthore de questions restant en suspens à la fin (qu’on se rassure toutefois, la suite devrait arriver dès l’année prochaine !), Le Labyrinthe s’inscrit comme une excellente surprise, rythmée et prenante, nous prouvant qu’un faisandé phénomène de société peut traîner dans son nauséabond sillage des émanations largement plus plaisantes. Pour un peu, on pourrait croire être passé à côté de quelque chose lors de la mode Twilight.

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Critique ciné : Interstellar

8 novembre, 2014

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Il existe une «malédiction 2001, l’odyssée de l’espace» voulant que dès qu’un réalisateur un peu prestigieux ou auteurisant se frotte à la science-fiction, on se retrouve au final avec un pensum aux théories obscures ou fumeuses (parfois les deux). En effet, pour un Gravity miraculeux à prendre le total contre-pied de cette malédiction, combien nous sommes-nous tapés de Mission to Mars ? De Contact ? De Solaris ? Avec son mystérieux Interstellar, Christopher Nolan rentre ainsi droit dans cette catégorie puisqu’il semble croire que tout le monde est aussi malin que lui et son frère Jonathan (co-scénariste), aussi au fait de la métaphysique quantique. Non pas qu’on ne veuille pas faire l’effort d’y réfléchir ou même que nous n’en possédions pas quelques notions mais lorsque ça prend à ce point le pas sur le reste, toute l’émotion sur laquelle voudrait reposer le film s’en retrouve forcément amoindrie. En tout, on comptera à peine une dizaine de minutes (sur 2h50, aouch !) en état de grâce, qui procurent un sérieux début de dressage de poils pour beaucoup dû au jeu des acteurs (Matthew McConaughey continue décidément à enchaîner les performances quatre étoiles depuis sa résurrection artistique) et à un Hans Zimmer qui donne tout ce qu’il a. Ça discutaille donc ici sévère sans rien expliquer vraiment, et longtemps, jusqu’à en perdre le spectateur qui ne désirait rien d’autre qu’un peu de divertissement. Et le scénario s’avère d’autant plus compliqué – sans empêcher pour autant de voir venir les twists à des années-lumière (quelle idée stupide aussi de mettre les interviews des survivants, comme dans un documentaire, en guise d’introduction) – qu’il mélange les époques. Sauf que là où Inception fourmillait de scènes énormes aux multiples temporalités, dans le cas présent les segments ne se répondent pas, un fait particulièrement notable durant la seule vraie tentative de montage alterné entre la Terre et l’espace. Ce qui n’aide aucunement l’intrigue sur le plancher des vaches à gagner en intérêt, surtout qu’elle est encore alourdie par des personnages aussi inutiles que celui du fils (même son père ne pense jamais à lui, il n’en a que pour sa fille). Quant à l’aspect blockbuster, là encore Nolan déçoit car si son approche réaliste ne l’avait pas empêché jusque-là d’assurer le spectacle (voir sa trilogie Batman), il se contente ici d’une esthétique minimaliste impressionnant rarement. Sans remettre en cause sa réalisation à proprement parler, il faut bien reconnaître que la Terre ressemble en tout point ou presque à celle qu’on connaît, qu’on passe beaucoup de temps dans une navette qu’on croirait sortie des 60′s, que les planètes visitées ne sont que des déserts… et pour parachever le tout, que nous avons droit à l’un des pires robots de l’histoire de la SF, un monolithe doté d’un écran 8-couleurs et sauvé seulement par son intelligence artificielle Alors non, clairement, Christopher Nolan semble avoir chopé le melon (ou tout du moins avoir nié son public pour s’attacher à un sujet qui le passionne personnellement) et livre un Interstellar pompeux, traversé de fulgurances trop rares pour combler le vide de sa généreuse durée. La malédiction 2001 a fait une nouvelle victime.

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