Critique ciné : Les Boxtrolls

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En tout juste deux films, la société Laika s’est créée une marque de fabrique particulièrement reconnaissable : réaliser des films d’animation en stop-motion plus adultes qu’ils n’y paraissent, de la véritable horreur pour kids comme on n’en fait plus depuis les 80′s. Coraline et L’Etrange pouvoir de Norman ont ainsi joui d’un très grand succès critique mais plus tempéré en ce qui concerne le public, leurs productions restant trop impressionnantes pour les plus jeunes spectateurs (que récolte la concurrence pour se hisser, elle, au sommet du box-office). Leur troisième long-métrage, Les Boxtrolls, paraissait alors être la réponse à cette tendance, un moyen de l’inverser, sauf que le studio n’est pas prêt de troquer son style contre des recettes faciles comme pouvait le laisser entendre une campagne de promotion axée sur le merveilleux. Trompeur, tout comme son scénario extrêmement malin jouant beaucoup sur les apparences pour mieux montrer qu’elles ne sont que ça. La forme de pure conte (comme en témoigne l’improbable cité imaginaire de Cheesebrick) facilite par exemple en réalité l’immersion du public et surtout des plus jeunes, afin de mieux faire passer le message des auteurs puisqu’ils ont trouvé dans le roman original de Alan Snow matière à résonner avec les thèmes de leurs précédentes œuvres. Sous ses dehors plus enfantins, le film s’inscrit donc encore malgré tout en tant que charge contre l’obscurantisme, les effets de groupe, les diktats sociaux… tout ça par des moyens plus ou moins détournés qui fonctionnent comme des symboles comiques décalés mais néanmoins parlants (le fromage comme symbole de la richesse). Et s’ils ne peuvent pas forcément en goûter toute la saveur, les enfants sont néanmoins sensibilisés à ces questions importantes parce que le film ne les prend pas pour des imbéciles. Il n’hésite pas à les bousculer, comme lorsqu’il leur offre des frissons auxquels ils ne sont plus forcément habitués. Si les boxtrolls sont ainsi tout mignons, les humains sont au contraire franchement flippants, dotés de visages grimaçants et ultra-expressifs (l’animation faciale atteint ici de nouveaux sommets). L’excellence technique permet qui plus est de livrer scènes d’action très élaborées pour de l’image par image tout en distillant des ambiances tout aussi pointues, des visions à la complexité inédite (l’apparition du robot qui vaut presque celle du Balrog dans Le Seigneur des anneaux) qui fileront des sueurs froides aux petits et grands. Les Boxtrolls marque donc une nouvelle franche réussite pour le studio Laika puisque ses artistes – avec à leur tête les réalisateurs Anthony Stacchi et Graham Annable – ont réussi à donner vie à un nouvel opus capable de rallier un public plus large (bien que les chiffres aux States n’aient pas cassé la baraque) sans rien perdre de ce qui fait leur griffe. On appelle ça le talent, non ?

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