Archive pour octobre, 2014

Critique ciné : Les Boxtrolls

29 octobre, 2014

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En tout juste deux films, la société Laika s’est créée une marque de fabrique particulièrement reconnaissable : réaliser des films d’animation en stop-motion plus adultes qu’ils n’y paraissent, de la véritable horreur pour kids comme on n’en fait plus depuis les 80′s. Coraline et L’Etrange pouvoir de Norman ont ainsi joui d’un très grand succès critique mais plus tempéré en ce qui concerne le public, leurs productions restant trop impressionnantes pour les plus jeunes spectateurs (que récolte la concurrence pour se hisser, elle, au sommet du box-office). Leur troisième long-métrage, Les Boxtrolls, paraissait alors être la réponse à cette tendance, un moyen de l’inverser, sauf que le studio n’est pas prêt de troquer son style contre des recettes faciles comme pouvait le laisser entendre une campagne de promotion axée sur le merveilleux. Trompeur, tout comme son scénario extrêmement malin jouant beaucoup sur les apparences pour mieux montrer qu’elles ne sont que ça. La forme de pure conte (comme en témoigne l’improbable cité imaginaire de Cheesebrick) facilite par exemple en réalité l’immersion du public et surtout des plus jeunes, afin de mieux faire passer le message des auteurs puisqu’ils ont trouvé dans le roman original de Alan Snow matière à résonner avec les thèmes de leurs précédentes œuvres. Sous ses dehors plus enfantins, le film s’inscrit donc encore malgré tout en tant que charge contre l’obscurantisme, les effets de groupe, les diktats sociaux… tout ça par des moyens plus ou moins détournés qui fonctionnent comme des symboles comiques décalés mais néanmoins parlants (le fromage comme symbole de la richesse). Et s’ils ne peuvent pas forcément en goûter toute la saveur, les enfants sont néanmoins sensibilisés à ces questions importantes parce que le film ne les prend pas pour des imbéciles. Il n’hésite pas à les bousculer, comme lorsqu’il leur offre des frissons auxquels ils ne sont plus forcément habitués. Si les boxtrolls sont ainsi tout mignons, les humains sont au contraire franchement flippants, dotés de visages grimaçants et ultra-expressifs (l’animation faciale atteint ici de nouveaux sommets). L’excellence technique permet qui plus est de livrer scènes d’action très élaborées pour de l’image par image tout en distillant des ambiances tout aussi pointues, des visions à la complexité inédite (l’apparition du robot qui vaut presque celle du Balrog dans Le Seigneur des anneaux) qui fileront des sueurs froides aux petits et grands. Les Boxtrolls marque donc une nouvelle franche réussite pour le studio Laika puisque ses artistes – avec à leur tête les réalisateurs Anthony Stacchi et Graham Annable – ont réussi à donner vie à un nouvel opus capable de rallier un public plus large (bien que les chiffres aux States n’aient pas cassé la baraque) sans rien perdre de ce qui fait leur griffe. On appelle ça le talent, non ?

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Critique ciné : Ninja Turtles

18 octobre, 2014

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Dédiée à l’origine au cinéma d’horreur et plus spécialement aux remakes de grands classiques du genre, avec toujours la volonté de bien faire même si les résultats n’étaient pas toujours là, la société Platinum Dunes de Michael Bay élargit désormais son champ d’action en revisitant Les Tortues Ninja, les héros de Kevin Eastman passés à la postérité grâce au petit écran. Une idée loin d’être brillante lorsqu’on voit comme ils ont galéré pour trouver leur script, passant des concepts les plus stupides aux plus scandaleux (faire des tortues des aliens, fallait oser pondre ça quand même) tout ça pour revenir en fin de compte à une intrigue super-classique pour les mangeurs de pizza à carapaces, histoire de ne pas se mettre à dos des générations de fans. Car il ne s’agit de rien d’autre avec ce Ninja Turtles (bravo pour le titre français) que de réaliser un blockbuster le plus efficace possible, en tout cas selon les croyances des producteurs hollywoodiens. Et comme il se doit lorsqu’on suit ce genre de logique, le résultat est tout bonnement catastrophique avec en premier lieu un scénario honteux donc de médiocrité, où les incohérences le disputent aux choix idiots tels celui de mettre en avant le personnage de April O’Neil – jusque dans les origines des personnages ! – d’autant plus lorsqu’il est interprété par la médiocre Megan Fox (magnifique, mais médiocre). L’ombre de Bay plane en fait sur tout le projet et pousse ce reboot à ressembler aux différents épisodes des Transformers. Même Shredder semble avoir bouffé du Megatron avant de venir. Autant dire alors que si l’esthétique criarde et la bouillie de pixels de la tétralogie (due à l’utilisation abusive des CGI et non à leur qualité à proprement parler) vous avaient saoulés, il en ira de même ici puisqu’on les retrouve à l’identique, la patte du réalisateur Jonathan Liebesman étant aussi décelable qu’un signe d’intelligence chez des partisans d’extrême-droite. Dommage, le bonhomme avait pourtant plutôt bien commencé avec ses péloches horrifiques (dont la préquelle de Massacre à la tronçonneuse déjà pour Platinum Dunes) avant de montrer que l’action ne lui convenait pas, entre le puant Battle Los Angeles puis le pourri La Colère des Titans. Exactement comme en ce qui concerne dorénavant Platinum Dunes. Seule la direction artistique sera ainsi à sauver sur quelques points (le rendu des tortues ou bien le look de leur base) tandis que l’indigence des scènes d’action, véritable gâchis de millions de dollars à chaque plan, achève de faire de Ninja Turtles un métrage à fuir absolument. Et dire qu’ils nous les vendaient comme des descendantes de celles de Fist of Legend ou The Raid, on comprend à quel point ce film se fout ouvertement de notre gueule ! On ne saurait donc trop vous conseiller à la place de vous refaire les adaptations ciné des 90′s ou même mieux, le film d’animation de Kevin Munroe car il semble qu’une bonne tortue soit une tortue sans Michael Bay pour la produire.

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