Archive pour septembre, 2014

Critique ciné : Sin City – J’ai tué pour elle

20 septembre, 2014

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Tentative curieuse de transcrire directement un comic-book en long-métrage, le premier Sin City avait autant charmé qu’il avait dérangé, le laxisme du réalisateur Robert Rodriguez le poussant à se reposer sans vergogne sur son magnifique matériau d’origine sans chercher à l’adapter au support filmique. Ou si peu. Et puisqu’il ne se casse plus trop la nénette depuis qu’il tourne en quasi-autarcie, le fondateur de Troublemakers Studio ne change rien au programme à l’occasion de Sin City : J’ai tué pour elle. Cette suite co-réalisée avec Frank Miller possède ainsi les mêmes points forts que son prédécesseur, c’est à dire en premier lieu une ambiance noire déliquescente d’où émerge une galerie de personnages plus badass les uns que les autres (putain de casting où les gueules connues sont rejointes par d’excellents petits nouveaux tels Eva Green, Josh Brolin, Joseph Gordon-Levitt ou même Christopher Lloyd !), aussi balèzes pour se bastonner et massacrer son prochain que pour enchaîner les répliques mémorables. Violence, humour noir et une bonne rasade de sexy, le ton des comics est donc respecté à la lettre tout comme leur visuel si particulier, la péloche étant à nouveau constituée d’une succession de plans d’une beauté vénéneuse directement empruntés aux planches de Miller. Et c’est bien là le problème puisqu’une fois encore, Rodriguez se contente d’enchaîner les vignettes en se foutant d’user d’un quelconque langage cinématographique, ce qui nous vaut quelques grotesques absences de transition dans les mouvements quand ceux-ci ne sont pas dénaturalisés par le tournage sur fond vert (certaines courses des personnages font franchement pitié tellement il est évident qu’ils trépignent sur place). C’est beau mais souvent désincarné, surtout que l’intrigue tient encore moins la route que dans le premier opus. On y ressent en effet davantage la compilation artificielle d’histoires courtes dans un film qui n’a ni vrai début ni fin, les abruptes introduction et conclusion cimentant cette impression d’avoir en face de soi une production bancale faute d’adaptation en bonne et due forme. S’il saura alors certainement contenter ceux qui s’impatientaient de revenir à la ville des péchés (et pas trop regardants sur la valeur cinématographique de l’objet), il y a fort à parier que les détracteurs de l’original trouveront en Sin City : J’ai tué pour elle de quoi abreuver leur moulin de vociférations à l’égard du fainéant Robert Rodriguez. Et on ne pourra pas franchement leur en tenir rigueur.

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Critique ciné : 22 Jump Street

12 septembre, 2014

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Révélés avec Tempête de boulettes géantes, les duettistes Phil Lord et Christopher Miller confirmèrent ensuite grâce à La Grande aventure Lego l’excellence de leur timing comique en même temps que leur capacité à pervertir ce qui n’auraient pu être que des films de commande bassement mercantiles, de par leur propension à attaquer les dérives les plus capitalistes de leur art ou de l’american way of life. On pourrait alors dire qu’ils crachent dans la soupe et le leur reprocher mais en fait, ils font ça avec un tel humour et dynamisme qu’on ne peut qu’être entraîné dans leur délire. Aussi bien en animation qu’en live d’ailleurs puisqu’ils avaient rapidement sauté le pas en réalisant l’adaptation très libre (et en même temps ultra-référentielle) de 21 Jump Street, à laquelle ils offrent aujourd’hui une suite. 22 Jump Street. Un titre loin de n’être qu’une astuce de publicitaires car celui-ci reflète au contraire la volonté très nette du métrage de décortiquer le principe des suites, de le déboulonner (à cet égard le générique de fin est tout simplement mythique), à grand renfort de dialogues qui claquent et de situations détournées. Cet autre niveau de lecture enrichit donc une comédie déjà bien huilée, menée par un autre duo (Jonah Hill et Channing Tatum) d’autant plus efficace que le scénario leur ménage une relation pas forcément très originale – bien que leur alchimie n’était pas chose gagnée (le speech sur le Yin et le Yang en début de péloche n’est pas là pour rien) – mais où l’on sent comme une amitié sincère. Il fallait bien cela pour compenser les poncifs du film de campus ou une intrigue policière d’une pauvreté à pâlir, ne pouvant prétendre à autre chose que servir de prétexte. Pour sa bonne humeur communicative et son intelligence (Lord et Miller sont vraiment deux réalisateurs à ne pas perdre de vue), 22 Jump Street passe toutefois haut la main son examen de fin d’année et comme tout bon élève qui se respecte, nous sommes impatients de le retrouver à la rentrée prochaine.

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Critique ciné : The Salvation

3 septembre, 2014

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Un western danois réalisé par un des apôtres du Dogme95 de Lars von Trier, ça vous dit ? A priori, comme ça, non. On a beau aimer le western, on pourrait craindre de se faire chier un peu sur les bords avec un tel programme. Sauf que The Salvation, loin du pensum sans aucune stylisation, s’avère étonnamment être un représentant pur et dur du genre, et du western spaghetti tout particulièrement. Festival de vraies gueules de cinéma (Eric Cantonna, même dans un petit rôle, c’est la classe), désert poussiéreux et violence sèche, pour un peu on se croirait presque revenu à l’époque de Sergio Leone. Peut-être trop même puisque cet héritier ne cherche absolument pas à faire preuve d’originalité, il se concentre au contraire sur la seule efficacité de son histoire de vengeance et juste cela. On dénotera bien un portrait peu reluisant de l’Amérique conquérante des pionniers, un discours sur la difficulté d’être un immigré, mais le but ici est clairement de voir un homme (Mads Mikkelsen, toujours impeccable) faire payer dans le sang le meurtre sordide des siens. Rien de bien neuf donc, Clint Eastwood et consorts sont déjà souvent passés par là. Mais parce qu’il sait mettre à profit ce postulat simpliste pour livrer un exercice de style où son approche naturaliste ne se dépare pas d’une esthétique soignée (ses nuits américaines ont quelque chose de sépulcral), le réalisateur Kristian Levring parvient à faire de The Salvation un western prenant le genre au premier degré, sans post-modernisme et avec un respect infini, un peu comme lorsque Kevin Costner faisait son Open Range. Les fans apprécieront à n’en point douter. Et puis il y a Eva Green : je ne sais pas pour vous mais moi, ça me fait toujours plaisir !

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