Archive pour août, 2014

Critique ciné : Hercule

29 août, 2014

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Ah, Brett Ratner, tout un poème ! Conspué par les cinéphiles du monde entier, il n’est pas un réalisateur complètement nul mais en revanche franchement insipide, le prototype de yes-man hollywoodien dans toute sa médiocrité. Alors quand on a appris que le bonhomme allait réactualiser le mythe de Hercule, même avec Dwayne Johnson dans le rôle-titre («né pour incarner le personnage» selon lui, et on a bien envie de lui donner raison), nous savions qu’il ne fallait pas s’attendre à grand chose. Au mieux, à une péloche passable. Au pire, à une trahison de tout le potentiel du projet. Et s’il y a bien trahison ici, ce n’est pas forcément celle que nous imaginions : sans se départir de son langage cinématographique simpliste, il faut reconnaître en effet que Ratner compose quelques belles images – pour beaucoup dues à la lumière naturaliste de Dante Spinotti – et semble vouloir livrer un spectacle un peu plus barbare que sa soupe habituelle (volonté décelable dans l’évidente auto-censure pour ne pas tomber sous le coup d’une classification R avec laquelle on flirte drôlement). Alors, qu’est-ce qui cloche avec cet Hercule ? Tout simplement qu’il n’a rien à voir avec le héros qu’on connaît, dans un soucis d’offrir un nouveau regard historico-réaliste du mythe. Tiré d’un comic-book, le métrage flanque ainsi le fils de Zeus d’acolytes très heroic fantasy et nie justement sa nature de demi-dieu, afin de discourir sur la nature et la naissance des légendes. Une idée qui aurait pu être valable si elle ne se faisait au travers d’un scénario sans grande originalité et aux twists ultra-prévisibles, tirant le film vers du bête péplum où importent les grandes batailles et la stratégie militaire. Si encore ils avaient fait cela autour des fameux douze travaux, mais non. Les fans de mythologie grecque s’arracheront donc les cheveux face à une telle relecture (d’autant que le récent The Legend of Hercule de Renny Harlin était un autre beau massacre dans le genre), aux prises de liberté reposant trop sur du flan pour se justifier, tandis que les autres parviendront peut-être à se divertir un brin avec cette aventure où brille surtout The Rock par son charisme. Quant à Brett Ratner… disons qu’une telle constance dans le fadasse, ça force tout de même le respect.

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Critique ciné : Expendables 3

24 août, 2014

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Troisième round pour les vieux de la vieille du cinéma d’action, et toujours la même formule dopée à la virilité avec trois grosses louches de testostérone. Expendables 3, c’est donc la même chose que le 1 et le 2 sauf que là on peut vraiment commencer à être lassé par ce spectacle tout autant explosif que vain. Vain parce qu’ils ont beau rallonger un casting qui va finir par ressembler aux Pages Jaunes de Beverly Hills, ils n’ont encore une fois pas le temps de traiter tout ce beau monde comme il faudrait. Les jeunes, la nouvelle garde, n’ont rien d’autre à faire que de montrer ce qu’ils valent dans le feu de l’action, sans réelle caractérisation pour leurs personnages (et ne parlons même pas de la thématique redondante du passage de relais qui ne conduit à rien). Quant aux aînés qui reviennent ou mouillent la chemise pour la première fois, ils ne trouvent pas de quoi franchement briller entre les doublures éhontées – dont certaines en CGI particulièrement laides – ou des répliques d’une beauferie totale (Harrison Ford aux commandes de son hélico a la palme des dialogues les plus foireux), quand ils ne sont pas là pour de la simple figuration (Jet Li… sérieux, mec). Non, en fait, le seul à s’en sortir à peu près même s’il endosse le rôle du comique de service, c’est Antonio Banderas, dont la gouaille et les nombreux dialogues laissent au moins l’opportunité de l’apprécier pour autre chose que ses tueries. Forcément alors, il est beaucoup question de castagne dans ce nouveau Expendables – nous ne sommes pas venus pour la poésie de Sylvester Stallone et ses potes – or même sur ce point pourtant crucial, on ne peut pas dire que ce soit la grosse éclate. Ok, ça pète de partout, il y a des cascades de timbrés et la production a démoli la moitié de la Bulgarie mais sorti de cela, on ne trouve rien de vraiment exaltant. Si l’on prend l’exemple du climax, une séquence de près de vingt minutes à la pyrotechnie complètement débridée, son manque de construction et d’iconisation ne peut que porter grandement préjudice à son intérêt, comme un feu d’artifice sauvage sans bouquet final, et c’est pareil pour toutes les autres scènes d’action du film. Dommage, nous attendions bien mieux du réalisateur Patrick Hughes après son excellent DTV Red Hill, de la même manière que nous attendions mieux de cet Expendables 3. Mais il va falloir se faire une raison : à moins d’un sacré revirement, la logique intrinsèque de la franchise continuera irrémédiablement à tirer le niveau vers le bas.

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Critique ciné : Les Gardiens de la galaxie

18 août, 2014

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Peu encline à prendre des risques comme en témoigne le caractère de plus en plus interchangeable de ses productions ciné, la Marvel jouait pourtant un gros coup de poker avec Les Gardiens de la galaxie. Déjà, il s’agit d’une de leurs parutions les moins connues, et qui plus est dans un genre – la hard-SF – que le public n’associe pas franchement aux super-héros, même après le succès de Avengers qui ouvrait cette voie. Mais surtout, c’est la décision de mettre James Gunn aux commandes qui en laissa plus d’un bouche-bée. Un ancien scénariste de la turbulente Troma, passé à la réalisation avec les décapants Horribilis et Super. Soit pas du tout le mec qu’on aurait imaginé être engagé par la très sage Boîte aux idées. Et pourtant. Mais le plus fou dans tout ça, à en juger le produit fini, c’est qu’ils lui ont en plus semble-t-il royalement foutu la paix ! Il peut aussi bien inviter des potes – le trop rare Michael Rooker – que composer sa BO à base de tubes rétro et décalés. Gentiment provocateur et bien badass (Gunn ne pouvait tout de même pas verser dans le trash de ses débuts), le récit de ces hors-la-loi de l’espace détone donc également dans la galaxie Marvel par ses ressemblances avec la regrettée série Firefly (créée par Joss Whedon… réalisateur de Avengers, tout se recoupe!), lui donnant des airs très forts de western galactique rappelant aussi parfois l’efficacité de classiques comme Star Wars (les dogfights dantesques) ou Indiana Jones (l’introduction de Star-Lord est un clin d’oeil évident à celle des Aventuriers de l’Arche perdue). Des références flatteuses et méritées car le film réussit l’exploit de marier grand spectacle à une intrigue nourrie par des personnages particulièrement attachants, à grand renfort de réparties à l’humour cinglant et d’émotions sincères, prouvant l’implication totale et franche de James Gunn dans Les Gardiens de la galaxie. Sans compter un talent qui ne demandait qu’à exploser aux yeux du grand public, chose désormais faite vu son carton aux USA, achevant de mettre le film en bonne place pour la couronne du blockbuster de l’été 2014. Si Marvel pouvait alors en tirer les leçons qui s’imposent et remettre Edgar Wright à la tête de Ant-Man (on peut toujours rêver), ce serait une putain de bonne nouvelle !

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Critique ciné : Dragons 2

13 août, 2014

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Fer de lance du renouveau artistique de Dreamworks Animation (coïncidant avec la fin attendue de «l’ère Shrek»), Dragons devient aujourd’hui une saga avec l’arrivée d’un deuxième volet. Une saga, oui, car comme Pixar l’avait fait à l’occasion de ses Toy Story, le studio et le réalisateur Dean DeBlois profitent de cet opus non pas pour livrer juste une nouvelle aventure de Harold et ses potes vikings mais bien pour développer leurs héros, leur aventure personnelle (sans oublier de progresser dans un univers passionnant qui restait à défraîchir). Le dresseur de dragons gauche est devenu un fringant jeune homme en passe d’entrer dans l’âge adulte, sur lequel vont peser de nouvelles responsabilités tandis qu’il en découvre plus sur ses origines. Futur et passé sont donc réunis dans une intrigue qui a beau recycler des éléments narratifs du précédent film, jamais elle n’est redondante précisément grâce à l’évolution de la tonalité générale se faisant en parallèle de celle de Harold. Exactement la formule qu’appliquèrent John Lasseter et sa team pour Woody et Buzz. Plus mâture, plus sombre (un vrai risque lorsqu’on sait que même le très jeune public est désireux de voir le film, négocié heureusement sans problème) au point de nous laisser sur le cul en deux, trois occasions par la gravité de son propos, Dragons 2 n’en oublie pas pour autant de nous caler dans nos sièges par la magnificence de sa direction artistique et plus encore de ses scènes de vol, dont émanent une sensation de liberté grisante comme peu ailleurs. Résultat en sortant de la salle, comme lors du premier, on n’a qu’une envie : avoir notre Crocmou bien à nous. Dreamworks Animation s’est-il alors créé son Toy Story ? Il faudra attendre le troisième volet (vivement 2016 !) pour s’en assurer mais ce qui est certain déjà, c’est qu’on a hâte de reprendre notre envol à dos de dragon !

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Critique ciné : Détective Dee II – La Légende du Dragon des mers

9 août, 2014

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Vous en avez marre des gros blockbusters ricains qui finissent par tous se ressembler et, à la place, vous désirez ardemment un peu de dépaysement artistique ? Soyez heureux alors car le cador Tsui Hark livre une préquelle de son excellent Détective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme, où le juge détective déjoue pour la première fois les complots menaçant le palais impérial. Détective Dee II : La Légende du Dragon des mers c’est donc du pur wu xia pian réalisé par l’un des maîtres du genre, un esthète de la belle image mise en mouvement ayant toujours gardé à cœur d’innover, de renouveler son cinéma. Et Hark poursuit ici ce qu’il avait entamé lors du premier, à savoir – outre la réutilisation de certains éléments scénaristiques (les insectes chelous…) – un rajeunissement du film d’arts martiaux historique en y mêlant enquête à la Sherlock Holmes et grand spectacle dopé aux SFX impeccables, sans le trahir ni le travestir en production US. Pas aussi fou-fou que le diptyque Taï-Chi en la matière bien que la frontière avec le fantastique soit plus mince que dans l’opus original (on a même droit à un bel hommage à La Créature du lagon noir), le géniteur des premiers Il était une fois en Chine réussit justement à marier ces influences en gardant un juste équilibre – à l’image de ses virevoltants guerriers – pour organiser un long-métrage ample, passionnant tout au long de ses deux heures et quart de durée. Quand en plus Tsui Hark perfectionne encore ses expérimentations sur le relief, pour un résultat autrement plus convaincant que son Dragon Gate, on obtient là un blockbuster qui mériterait franchement de briller dans nos salles cet été. Alors, plutôt que de vous farcir un Transformers 4, vous savez désormais qu’il existe des alternatives. Ou au moins une, et très bonne de surcroît !

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Critique ciné : Lucy

7 août, 2014

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Bien que son engagement pour dynamiser le cinéma français soit hautement louable, on ne peut pas dire que le Luc Besson réalisateur de ces dernières années ait franchement convaincu, ses films n’ayant plus rien à voir avec le style et l’émotion à fleur de peau qui caractérisaient leurs prédécesseurs. A chaque nouvel effort, il donne en fait l’impression de s’amuser avec un nouveau jouet, de s’essayer à quelque chose sans plus prendre à tout prix en considération le spectateur. Les narrations béantes ou les clichetons beaufs en étaient ainsi les symptômes les plus flagrants et si l’on ne les retrouve pas dans son nouveau métrage, Lucy, il lui reste quelques défauts qu’on ne manquera pas d’imputer à son auteur : la vulgarisation scientifique qui énervera les nerds extrémistes, le recours un peu trop systématique aux mêmes effets de montage (les montages alternés avec des animaux dignes de Bruno Mattéi, le compte des pourcentages), l’absence d’un dernier acte qui se fait cruellement sentir dans la structure (surtout que ça a un peu de mal à démarrer)… Malgré cela, il faut reconnaître que celui-ci supplante sans peine les Arthur et autres Malavita, pour beaucoup grâce à un rôle-titre bien bad-ass où Scarlett Johansson se montre plus impitoyable encore qu’en Veuve Noire, voire limite scandaleuse. Mais le plus agréable demeure de retrouver un Besson revenant tout doucement à son style opératique, lequel se traduit par quelques séquences franchement impressionnantes même si, vu l’étendue des pouvoirs de Lucy, on aurait pu pousser le concept plus loin (Akira reste le mètre-étalon indétrônable en la matière). Sachant combien Luc Besson nous a déçu ces derniers temps, ça a presque des airs de vrai succès.

ndpwh : à l’occasion de ce film, j’ai testé pour la première fois le système D Box, c’est à dire des sièges sur vérin hydraulique installés dans les salles et réagissant au film. Outre le curieux fait de se sentir membre de l’élite (une trentaine de sièges au milieu d’une salle immense, retour à l’apartheid, d’autant qu’il faut aussi ajouter six euros au prix du billet), on peut dire que ça fonctionne relativement bien même si ça ne prendra son plein potentiel qu’avec des films pensés directement pour ce système. Lucy n’en sort donc pas franchement grandi à l’exception de quelques scènes (dont une poursuite en voitures ultra-nerveuse) mais le potentiel est là, et il n’attend que d’être concrétisé.

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Critique ciné : The Raid 2

3 août, 2014

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Venu d’Indonésie, The Raid est l’une des dernières grosses baffes infligées aux spectateurs du monde entier par le cinéma d’action asiatique, un rush brutal et magistral. Ce fut aussi une excellente affaire pour son réalisateur, l’expatrié Gareth Edwards, dont le talent put briller malgré l’étroitesse de son budget. Pour The Raid 2, il se permet ainsi de revoir ses ambitions à la hausse et plus que le film d’action vendu par la campagne de promotion, il livre avec cette suite une vraie chronique criminelle, l’histoire d’un flic infiltré chez les mafieux dans la grande tradition du genre. Et il a raison de s’y frotter le père Edwards, car ça lui réussit plutôt bien : on pense souvent au cinéma de Johnnie To, parfois à celui de Nicolas Winding Refn, on croise quelques inspirations manga bien fun (Hammer-Girl et Bat-Boy, la classe)… On regrettera juste peut-être qu’il ne se forge pas davantage son propre style, et qu’il se lâche un peu trop pour profiter de l’opportunité qui lui est offerte. Déjà parce que le film est un peu trop long vu son contenu (l’intrigue criminelle n’a rien de très originale) et parce que dans tout ça, il en oublie son héros et des intrigues le concernant (quid de la vengeance de son frère ?). Mais ça ne pèse pas bien lourd dans la balance face à son évident savoir-faire – doublé d’une franche volonté de bien faire – et, bien évidemment, face à la cascade de bastons homériques que The Raid 2 nous offre. Pas aussi tarés que les thaïlandais et moins léchés que les hong-kongais, les indonésiens ne déméritent donc pas pour autant et, sous la caméra de Edwards, nous donnent à voir des empoignades parmi les plus violentes jamais filmées, où l’on sent le goût du réalisateur pour l’horreur et le gore. Au point qu’il nous plonge au milieu d’elles, au cours de longs travellings durant lesquels les caméramen ont dû avoir chaud aux miches. Encore une fois alors, on s’en prend plein la gueule. Voilà ce qu’on appelle du vrai cinéma coup de poing.

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Critique ciné : La Planète des singes – l’affrontement

3 août, 2014

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Grand moment de l’année ciné 2011 à la surprise générale, La Planète des singes : les origines ne pouvait manquer d’accoucher d’une suite, les spectateurs étant pour une fois au moins aussi impatients que les producteurs à la voir arriver. C’est dire si La Planète des singes : l’affrontement, contrairement à son prédécesseur, doit donc composer avec une attente énorme à ses trousses, ce qui ne manque pas de lui porter préjudice. Car autant le dire tout de suite, on ne se reprendra pas une claque similaire à celle infligée par le film de Rupert Wyatt. Loin s’en faut, la faute à un script particulièrement prévisible dont les ressorts – à l’exception d’une conclusion moins définitive que ce que l’on pouvait imaginer (ils s’en gardent sous le coude pour de futurs opus, les coquins) – empêchent de s’impliquer dans l’intrigue, d’être emporté par la révolte des singes comme précédemment. Sans compter que ça porte un coup sévère au rythme de la péloche. Matt Reeves, appelé pour prendre la relève de Wyatt après avoir réalisé Cloverfield ou Laisse-moi entrer, s’en sort malgré cela avec les honneurs, sa mise en scène nous réservant quelques tableaux magnifiques (rarement forêt de séquoias aura été aussi menaçante) et excitantes envolées  (la chasse, le climax des plus acrobatiques) bien qu’on puisse trouver ces dernières trop rares. Mais c’est que Reeves envisage davantage son film comme une étude ethnologique que comme un simple blockbuster, on s’y attache à rendre crédible l’évolution des singes en membres d’une société organisée par analogie avec nos ancêtres les plus primitifs. Là est le but de ce second chapitre : montrer la part croissante d’humanité chez les singes (ils peuvent remercier au passage les effets spéciaux toujours impeccables de Weta Digital), ce qui explique la présence minime des hommes à proprement parler (Gary Oldman doit apparaître en tout et pour tout cinq minutes à l’écran) et ce manque d’antagonisme qui plombe un peu notre empathie pour César et les siens. Pour autant, le miroir tendu à notre propre espèce n’en est que plus perturbant. Et tristement peu glorieux.

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