Critique ciné : Edge of Tomorrow

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Gradé cantonné à la propagande, William Cage n’a jamais pris part au combat que mène depuis quelques années l’humanité contre les Mimics, une race extraterrestre ayant presque intégralement conquis l’Europe, et cela lui allait très bien. Alors quand il se retrouve au premier rang du débarquement de la dernière chance, un véritable massacre, il ne manque pas d’avoir peur. Heureusement pour lui ça ne dure pas car très rapidement, il est tué… pour se réveiller la veille, et revivre la même journée. A chaque fois qu’il meurt, il revient donc d’une journée en arrière avec la possibilité de changer son destin. Mais dans quel but utilisera-t-il ce pouvoir ? Gagner la guerre ou sauver sa peau ?

«On évite le laborieux d’un schéma trop mécanique»

Comme quoi un bon scénario peut faire une grande différence pour un réalisateur : pas des plus convaincants avec l’épileptique Jumper, son premier essai dans le genre de la SF, Doug Liman redore aujourd’hui son blason grâce à Edge of Tomorrow, projet au concept aussi fort que casse-gueule. Mais, surprise, ce nouveau véhicule de luxe pour Tom Cruise déjoue les pièges de l’histoire à répétition avec ingéniosité par le biais d’une idée toute simple, faisant que le film et son personnage principal ont presque toujours un train d’avance sur le spectateur. C’est à dire qu’on ne voit pas tous les moments où se foire le héros avant de réussir comme le veut d’ordinaire l’exercice, on passe même au cours d’une seule (en apparence) scène de sa première expérience à un des énièmes essais. Bien qu’ils en usent à quelques reprises pour des petits gags bien méchants, ils n’insistent donc pas là-dessus, ils ne s’intéressent pas tant à la perception du héros qu’à la progression de sa mission. D’où une grande fluidité dans le récit qui évite le laborieux d’un schéma trop mécanique, sans compter la construction astucieuse du dévoilement de la fameuse journée en boucle, par à-coups. Restent alors tout de même quelques incohérences, en particulier concernant le manque d’imagination des personnages pour atteindre leur objectif. En effet, on ne peut que se demander pourquoi ils s’évertuent à vouloir quitter le champ de bataille, encore et encore, au lieu de voler dans la nuit un transporteur de la base. Ce qu’ils finissent en plus par être obligés de faire en dernier recours, les idiots !

Ceci dit, après la déception Elysium l’été dernier, nous avons enfin droit à un exosquelette prodiguant un vrai sentiment de puissance à l’écran et ça, amis geek, ça fait un putain de plaisir. Dans le cas présent, nous sommes ainsi plus proches d’une version portable des AMP de Avatar ou du robot-chargeur de Aliens que de la cage à écureuil que portait Matt Damon, et Liman la met en scène avec toute l’énergie qu’on lui connaît depuis Go. La séquence du débarquement, pièce centrale de toute la dramaturgie du métrage, s’avère par le fait tout bonnement dantesque et s’inscrit comme une sorte de pendant blockbuster à celle mémorable de Il faut sauver le soldat Ryan, le gore en moins. Après tout on reste devant un blockbuster avec Tom Cruise, faudrait pas choquer son large public. C’est en tout cas sympa de voir l’acteur dans un rôle moins reluisant qu’à l’accoutumée, pour commencer en tout cas puisqu’il finit évidemment par devenir le sauveur du monde qu’on attend de lui. Une progression d’un certaine façon inverse à celle du héros du roman original, All You Need Is Kill du japonais Hiroshi Sakurazaka, qui gagnait lui en contrastes au fur et à mesure de ses résurrections. De son côté, Emily Blunt ne peut en toute logique prétendre à une quelconque évolution pour son personnage mais a malgré tout l’espace pour en dévoiler plusieurs facettes, dont celle étonnante de cette guerrière impitoyable qui aurait piqué l’épée de Cloud dans Final Fantasy 7. La classe.

Si la science-fiction sied donc décidément bien à Tom Cruise après Oblivion ou ses incursions chez Spielberg, nous n’en attendions pas tant de Doug Liman qui réussit avec Edge of Tomorrow le petit exploit de faire coïncider véritable film d’invasion alien (les créatures sont au passage bien sauvages comme il faut) avec son postulat emprunté à Une journée sans fin, ce qui était loin d’être gagné. Mais bon, c’est comme dans le film : lorsqu’on refait des choses déjà faites, ça aide forcément à ne pas se planter.

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