Archive pour juin, 2014

Critique ciné : Babysitting

20 juin, 2014

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Né et popularisé dans le creuset du cinéma d’horreur, le gimmick du found-footage s’est depuis émancipé et se retrouve désormais dans d’autres genres tels la comédie. Même en France, d’ordinaire plus traditionaliste en matière de gaudriole. En témoigne ce survolté Babysitting qu’on aurait tort de classer trop vite comme une simple resucée des cartons US Very Bad Trip et Projet X car s’il en réutilise bien certains éléments (le found-footage et la découverte à posteriori des événements, l’énergie chaotique), c’est sous la forme d’une mise en abîme relativement originale qu’il le fait. Là s’arrête toutefois l’innovation car au-delà de son mélange cinéma classique (volontairement cheap, en tout cas on l’espère) / documenteur (d’une noirceur limite glauque rappelant les origines horrifiques du procédé), le métrage se montre relativement grossier dans sa manière de mettre en place l’histoire et les différents éléments qui y interviendront, ce qui atténue en conséquence la surprise et donc la comédie. Forcément, lorsqu’on voit tout venir une plombe à l’avance. Paresseuse, l’intrigue l’est tout autant dans ses tenants, étonnamment gnangnans pour un film s’adressant à l’évidence en priorité aux teenagers : sérieux, l’histoire du gamin tristouille parce qu’abandonné par son père drogué au boulot, on l’a déjà vu mille fois et ce n’était déjà pas franchement passionnant… Quand en plus on nous fait le coup du «thumbs up» final, sans le moindre second degré, c’en est alors presque trop. Heureusement, pour sa première incursion sur grand écran, les trublions de La Bande à Fifi (ex-Canal +) parviennent à insuffler à Babysitting une énergie lui permettant de conserver notre sympathie, leurs mésaventures partant suffisamment en vrille pour égratigner le vernis trop lisse du scénario. On se demandera tout de même si une forme plus traditionnelle, qui aurait laissé davantage de place à la comédie au sein de la mise en scène, n’aurait pas été préférable. On verra ça pour leur prochain opus.

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Critique ciné : Edge of Tomorrow

11 juin, 2014

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Gradé cantonné à la propagande, William Cage n’a jamais pris part au combat que mène depuis quelques années l’humanité contre les Mimics, une race extraterrestre ayant presque intégralement conquis l’Europe, et cela lui allait très bien. Alors quand il se retrouve au premier rang du débarquement de la dernière chance, un véritable massacre, il ne manque pas d’avoir peur. Heureusement pour lui ça ne dure pas car très rapidement, il est tué… pour se réveiller la veille, et revivre la même journée. A chaque fois qu’il meurt, il revient donc d’une journée en arrière avec la possibilité de changer son destin. Mais dans quel but utilisera-t-il ce pouvoir ? Gagner la guerre ou sauver sa peau ?

«On évite le laborieux d’un schéma trop mécanique»

Comme quoi un bon scénario peut faire une grande différence pour un réalisateur : pas des plus convaincants avec l’épileptique Jumper, son premier essai dans le genre de la SF, Doug Liman redore aujourd’hui son blason grâce à Edge of Tomorrow, projet au concept aussi fort que casse-gueule. Mais, surprise, ce nouveau véhicule de luxe pour Tom Cruise déjoue les pièges de l’histoire à répétition avec ingéniosité par le biais d’une idée toute simple, faisant que le film et son personnage principal ont presque toujours un train d’avance sur le spectateur. C’est à dire qu’on ne voit pas tous les moments où se foire le héros avant de réussir comme le veut d’ordinaire l’exercice, on passe même au cours d’une seule (en apparence) scène de sa première expérience à un des énièmes essais. Bien qu’ils en usent à quelques reprises pour des petits gags bien méchants, ils n’insistent donc pas là-dessus, ils ne s’intéressent pas tant à la perception du héros qu’à la progression de sa mission. D’où une grande fluidité dans le récit qui évite le laborieux d’un schéma trop mécanique, sans compter la construction astucieuse du dévoilement de la fameuse journée en boucle, par à-coups. Restent alors tout de même quelques incohérences, en particulier concernant le manque d’imagination des personnages pour atteindre leur objectif. En effet, on ne peut que se demander pourquoi ils s’évertuent à vouloir quitter le champ de bataille, encore et encore, au lieu de voler dans la nuit un transporteur de la base. Ce qu’ils finissent en plus par être obligés de faire en dernier recours, les idiots !

Ceci dit, après la déception Elysium l’été dernier, nous avons enfin droit à un exosquelette prodiguant un vrai sentiment de puissance à l’écran et ça, amis geek, ça fait un putain de plaisir. Dans le cas présent, nous sommes ainsi plus proches d’une version portable des AMP de Avatar ou du robot-chargeur de Aliens que de la cage à écureuil que portait Matt Damon, et Liman la met en scène avec toute l’énergie qu’on lui connaît depuis Go. La séquence du débarquement, pièce centrale de toute la dramaturgie du métrage, s’avère par le fait tout bonnement dantesque et s’inscrit comme une sorte de pendant blockbuster à celle mémorable de Il faut sauver le soldat Ryan, le gore en moins. Après tout on reste devant un blockbuster avec Tom Cruise, faudrait pas choquer son large public. C’est en tout cas sympa de voir l’acteur dans un rôle moins reluisant qu’à l’accoutumée, pour commencer en tout cas puisqu’il finit évidemment par devenir le sauveur du monde qu’on attend de lui. Une progression d’un certaine façon inverse à celle du héros du roman original, All You Need Is Kill du japonais Hiroshi Sakurazaka, qui gagnait lui en contrastes au fur et à mesure de ses résurrections. De son côté, Emily Blunt ne peut en toute logique prétendre à une quelconque évolution pour son personnage mais a malgré tout l’espace pour en dévoiler plusieurs facettes, dont celle étonnante de cette guerrière impitoyable qui aurait piqué l’épée de Cloud dans Final Fantasy 7. La classe.

Si la science-fiction sied donc décidément bien à Tom Cruise après Oblivion ou ses incursions chez Spielberg, nous n’en attendions pas tant de Doug Liman qui réussit avec Edge of Tomorrow le petit exploit de faire coïncider véritable film d’invasion alien (les créatures sont au passage bien sauvages comme il faut) avec son postulat emprunté à Une journée sans fin, ce qui était loin d’être gagné. Mais bon, c’est comme dans le film : lorsqu’on refait des choses déjà faites, ça aide forcément à ne pas se planter.

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Critique ciné : X-Men – Days of Future Past

2 juin, 2014

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Dans le futur, humains et mutants ont été décimés par des machines d’un nouveau genre, les Sentinelles, programmées pour attaquer tout être vivant présentant le gène X dans son ADN. N’ayant plus d’autre alternative, le professeur Xavier et Magnéto décident ainsi d’envoyer Wolverine au début des années 70, à l’époque où Mystique assassina le créateur des robots meurtriers et précipita par ce geste la fin de notre monde. Une mission loin d’être aisée en ces temps où l’humanité commence à voir l’homo superior en tant que menace devant être éradiquée pour sa propre sauvegarde

«L’épisode le plus ambitieux et mâture vu jusqu’ici»

Minée par un Affrontement final de triste mémoire et des spin-offs autour de Wolverine pas franchement glorieux, la saga des mutants made in Marvel s’était brillamment relevée avec le X-Men : le commencement de Matthew Vaughn, qui avait su  en réinventer les enjeux tout en l’inscrivant dans une réalité historique tangible. Une riche toile de fond qui ne pouvait qu’éveiller l’intérêt du réalisateur Bryan Singer, de retour ainsi avec X-Men : Days of Future Past après avoir signé les deux premiers – et meilleurs jusqu’au film de 2011 – volets de la licence. Et s’il revient, c’est pour nous offrir rien de moins que l’épisode le plus ambitieux et mâture vu jusqu’ici, passé revisité et futur apocalyptique s’y mêlant en une intrigue à la densité incroyable et d’une noirceur souvent étonnante. Une bonne connaissance de la mythologie commence alors franchement à s’imposer pour le spectateur mais au-delà de ça, on ne peut qu’être admiratif de la manière dont il mène son récit en dépit de ses ramifications (les trailers laissaient croire le contraire, or la continuité avec Le commencement est parfaitement assurée), des thèmes qu’il brasse et de la pléthore de péripéties s’y déroulant. Tout comme il est capable de ne jamais nous perdre lors des combats impliquant par exemple Blink, une mutante ouvrant des portails, dont les pouvoirs usent des mécaniques du jeu Portal (pour les connaisseurs) avec une fluidité folle. Une gageure relevée donc haut la main et comptant parmi les morceaux de bravoure d’un métrage n’en manquant pas, en particulier une folle cavalcade de Vif-Argent au moins aussi virtuose dans sa réalisation et sa technique que l’attaque de Diablo sur la Maison Blanche au début de X-Men 2. Ou bien cette séquence à Paris en images d’actualité où se superposent passé et fiction pour un résultat des plus troublants. Autant de raisons faisant que X-Men : Days of Future Past est quasi-unanimement salué – et à raison – en tant que meilleur épisode de la saga et divertissement de très haut standing. Et de la même manière que pour les adaptations que Marvel produit en interne, ce film au postulat encore plus science-fictionnel qu’à l’accoutumée et sa séquence post-générique nous indiquent que la Fox est enfin prête à faire passer la franchise dans un nouvel arc narratif, avec l’apparition d’un nouvel antagoniste fort. Autant dire qu’on a franchement hâte.

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