Critique ciné : The Homesman

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Nebraska, 1854. Une terre aride et morne où les pionniers tentent de s’installer avec parfois des conséquences catastrophiques, comme pour trois femmes du comté de Loup ayant perdu la raison. Touchée par leur malheur, Mary Bee Cuddy se propose alors de les emmener jusqu’en Iowa où elles seront ensuite reconduites dans leurs familles mais il s’agit d’un voyage dangereux, et elle s’adjoint par conséquent les services d’un baroudeur sans attache, sauvé de la potence in extremis. Le convoi prend ainsi la route sans savoir qu’elle prise de conscience cela représentera pour eux

«Jones livre une version désabusée de sa première réalisation»

Ayant déjà abordé le western sur grand écran en tant que réalisateur avec le contemporain Trois enterrements, Tommy Lee Jones y revient plus directement avec The Homesman, présenté ces jours-ci sur la Croisette en compétition officielle. Plus directement, vraiment ? Parce que si nous y retrouvons tous les codes du genre, ses tics visuels (l’héritage des grands maîtres se parant du filmage cru qu’affectionne Jones), ils sont en fait détournés pour servir un récit désacralisant l’Amérique glorieuse et la conquête de l’Ouest. Quelque part entre celles de Impitoyable et L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, la mélancolie du long-métrage nous entraîne donc à la suite du «Chariot des damnés» (titre du roman original de Glendon Swarthout), un convoi de femmes déracinées (excellent trio d’actrices), des laissées-pour-compte que la rude existence dans le Nebraska sauvage a rendues folles. Pas les personnages que nous avons l’habitude de suivre dans un western, le genre cinématographique américain par excellence, et c’est encore plus vrai avec les deux personnages principaux qu’incarnent Jones en personne (royal comme on peut l’attendre de lui) et Hilary Swank (tout en nuances), damnés à l’égal de leur curieux chargement. Il plane ainsi sur The Homesman une chape de plomb que viennent percer quelques moments décalés, de petites notes d’humour disséminées au gré d’un road-movie prenant son temps – sans en devenir rébarbatif – pour faire coïncider la trajectoire contrariée de ses protagonistes avec celle de leur pays. En cela Tommy Lee Jones livre une version désabusée de sa première réalisation, le téléfilm Les Derniers pionniers datant de 1995, et signe un western s’inscrivant avec force et brio dans le renouveau crépusculaire du genre.

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