Critique ciné : Godzilla

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Depuis plusieurs décennies, les dirigeants mondiaux cachent au reste du monde l’existence sur Terre de créatures géantes antédiluviennes, terrées sous la surface de la planète. Des monstres qui resurgissent parfois mais si ces attaques ont pu être maquillées jusqu’à présent, l’apparition de nouvelles créatures réveille Godzilla pour ce qui s’annonce comme un combat épique dont l’humanité ne pourra ignorer la teneur, car son destin va en dépendre

«Le trop plein d’influences fait vaciller le géant»

Déjà venu aux States pour une première visite que beaucoup prirent pour une insulte à son modèle, Godzilla revient chez l’Oncle Sam pour souffler ses soixante buildings, bien décidé à laver le soi-disant affront fait autrefois. Sous la houlette du prometteur Gareth Edwards (Monsters), dont on attendait qu’il donne du sens à ce pseudo-reboot, le film donne pourtant l’impression de se perdre à force d’avoir été remanié dans tous les sens. Excellent, le début s’avère ainsi riche en idées intéressantes et partis-pris courageux avant d’embrayer sur du pur film-catastrophe à l’américaine, calibré selon les codes du blockbuster avec son lot de clichetons (papa militaire et maman infirmière, bravo pour l’originalité et la vision réac’ de la famille) et d’absurdités grossières (ils osent nous refaire presque à l’identique la scène du chien de Independence Day). Et quand bien même on nous épargne la multiplicité de points de vue si chère au genre, cela n’empêche pas le rythme de traîner la patte, la faute à l’idée pas forcément heureuse de faire du saurien géant un «gentil». Un concept difficilement assimilable pour les occidentaux – peu au fait des différentes itérations du monstre – et nuisant sérieusement à la partie humaine du récit puisque les protagonistes n’y sont plus par la force des choses que des fourmis impuissantes, s’agitant vainement pour rattraper leurs propres bourdes (balancer une bombe atomique n’a jamais été aussi compliqué). Des personnages qui plus est inintéressants au possible malgré les acteurs talentueux choisis pour les incarner, un comble chez Edwards qui semblait au contraire les mettre en avant dans son cinéma.

Le réalisateur anglais s’essaye en fait à autre chose pour son premier gros film, il en profite pour verser pleinement dans le cinéma qu’il aime par le biais de très nombreuses citations. Certaines qui fonctionnent bien (le sens opératique de Jurassic Park), d’autres qui amusent (la fascination toute personnelle de Edwards pour les gros monstres qui copulent) et, enfin, celles qui desservent le métrage. Godzilla souffre en effet de passer tout juste quelques mois après Pacific Rim, autre production Warner Bros. dont on retrouve ici plusieurs idées et même des scènes quasi au plan près (l’attaque du Golden Gate en particulier). Très bon pour installer des ambiances et faire monter la tension, sans compter ses qualités plastiques indéniables conférant un look unique au métrage (le saut en parachute a de vrais airs d’apocalypse), Gareth Edwards est cependant loin d’être aussi généreux dans l’action qu’un Guillermo del Toro. Par deux fois au moins il refuse de nous montrer les combats de Godzilla, comme pour persévérer dans ses habitudes d’économie prises sur Monsters. Et même quand les créatures sont à l’image, il continue de les cacher avec de la poussière, l’obscurité, la pluie… Heureusement, le monstre atomique y gagne une classe iconique comme jamais auparavant. Peut-être est-il alors plus fidèle à l’original que celui de Roland Emmerich mais ce nouveau Godzilla n’en est pas pour autant beaucoup plus réussi, et se révèle surtout moins fun sur le plan du spectacle. Entre les producteurs japonais, ceux américains et le réalisateur, on devine un trop plein d’influences faisant vaciller le géant.

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