Archive pour mai, 2014

Critique ciné : The Homesman

23 mai, 2014

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Nebraska, 1854. Une terre aride et morne où les pionniers tentent de s’installer avec parfois des conséquences catastrophiques, comme pour trois femmes du comté de Loup ayant perdu la raison. Touchée par leur malheur, Mary Bee Cuddy se propose alors de les emmener jusqu’en Iowa où elles seront ensuite reconduites dans leurs familles mais il s’agit d’un voyage dangereux, et elle s’adjoint par conséquent les services d’un baroudeur sans attache, sauvé de la potence in extremis. Le convoi prend ainsi la route sans savoir qu’elle prise de conscience cela représentera pour eux

«Jones livre une version désabusée de sa première réalisation»

Ayant déjà abordé le western sur grand écran en tant que réalisateur avec le contemporain Trois enterrements, Tommy Lee Jones y revient plus directement avec The Homesman, présenté ces jours-ci sur la Croisette en compétition officielle. Plus directement, vraiment ? Parce que si nous y retrouvons tous les codes du genre, ses tics visuels (l’héritage des grands maîtres se parant du filmage cru qu’affectionne Jones), ils sont en fait détournés pour servir un récit désacralisant l’Amérique glorieuse et la conquête de l’Ouest. Quelque part entre celles de Impitoyable et L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, la mélancolie du long-métrage nous entraîne donc à la suite du «Chariot des damnés» (titre du roman original de Glendon Swarthout), un convoi de femmes déracinées (excellent trio d’actrices), des laissées-pour-compte que la rude existence dans le Nebraska sauvage a rendues folles. Pas les personnages que nous avons l’habitude de suivre dans un western, le genre cinématographique américain par excellence, et c’est encore plus vrai avec les deux personnages principaux qu’incarnent Jones en personne (royal comme on peut l’attendre de lui) et Hilary Swank (tout en nuances), damnés à l’égal de leur curieux chargement. Il plane ainsi sur The Homesman une chape de plomb que viennent percer quelques moments décalés, de petites notes d’humour disséminées au gré d’un road-movie prenant son temps – sans en devenir rébarbatif – pour faire coïncider la trajectoire contrariée de ses protagonistes avec celle de leur pays. En cela Tommy Lee Jones livre une version désabusée de sa première réalisation, le téléfilm Les Derniers pionniers datant de 1995, et signe un western s’inscrivant avec force et brio dans le renouveau crépusculaire du genre.

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Critique ciné : Godzilla

20 mai, 2014

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Depuis plusieurs décennies, les dirigeants mondiaux cachent au reste du monde l’existence sur Terre de créatures géantes antédiluviennes, terrées sous la surface de la planète. Des monstres qui resurgissent parfois mais si ces attaques ont pu être maquillées jusqu’à présent, l’apparition de nouvelles créatures réveille Godzilla pour ce qui s’annonce comme un combat épique dont l’humanité ne pourra ignorer la teneur, car son destin va en dépendre

«Le trop plein d’influences fait vaciller le géant»

Déjà venu aux States pour une première visite que beaucoup prirent pour une insulte à son modèle, Godzilla revient chez l’Oncle Sam pour souffler ses soixante buildings, bien décidé à laver le soi-disant affront fait autrefois. Sous la houlette du prometteur Gareth Edwards (Monsters), dont on attendait qu’il donne du sens à ce pseudo-reboot, le film donne pourtant l’impression de se perdre à force d’avoir été remanié dans tous les sens. Excellent, le début s’avère ainsi riche en idées intéressantes et partis-pris courageux avant d’embrayer sur du pur film-catastrophe à l’américaine, calibré selon les codes du blockbuster avec son lot de clichetons (papa militaire et maman infirmière, bravo pour l’originalité et la vision réac’ de la famille) et d’absurdités grossières (ils osent nous refaire presque à l’identique la scène du chien de Independence Day). Et quand bien même on nous épargne la multiplicité de points de vue si chère au genre, cela n’empêche pas le rythme de traîner la patte, la faute à l’idée pas forcément heureuse de faire du saurien géant un «gentil». Un concept difficilement assimilable pour les occidentaux – peu au fait des différentes itérations du monstre – et nuisant sérieusement à la partie humaine du récit puisque les protagonistes n’y sont plus par la force des choses que des fourmis impuissantes, s’agitant vainement pour rattraper leurs propres bourdes (balancer une bombe atomique n’a jamais été aussi compliqué). Des personnages qui plus est inintéressants au possible malgré les acteurs talentueux choisis pour les incarner, un comble chez Edwards qui semblait au contraire les mettre en avant dans son cinéma.

Le réalisateur anglais s’essaye en fait à autre chose pour son premier gros film, il en profite pour verser pleinement dans le cinéma qu’il aime par le biais de très nombreuses citations. Certaines qui fonctionnent bien (le sens opératique de Jurassic Park), d’autres qui amusent (la fascination toute personnelle de Edwards pour les gros monstres qui copulent) et, enfin, celles qui desservent le métrage. Godzilla souffre en effet de passer tout juste quelques mois après Pacific Rim, autre production Warner Bros. dont on retrouve ici plusieurs idées et même des scènes quasi au plan près (l’attaque du Golden Gate en particulier). Très bon pour installer des ambiances et faire monter la tension, sans compter ses qualités plastiques indéniables conférant un look unique au métrage (le saut en parachute a de vrais airs d’apocalypse), Gareth Edwards est cependant loin d’être aussi généreux dans l’action qu’un Guillermo del Toro. Par deux fois au moins il refuse de nous montrer les combats de Godzilla, comme pour persévérer dans ses habitudes d’économie prises sur Monsters. Et même quand les créatures sont à l’image, il continue de les cacher avec de la poussière, l’obscurité, la pluie… Heureusement, le monstre atomique y gagne une classe iconique comme jamais auparavant. Peut-être est-il alors plus fidèle à l’original que celui de Roland Emmerich mais ce nouveau Godzilla n’en est pas pour autant beaucoup plus réussi, et se révèle surtout moins fun sur le plan du spectacle. Entre les producteurs japonais, ceux américains et le réalisateur, on devine un trop plein d’influences faisant vaciller le géant.

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Critique ciné : The Amazing Spider-Man – le destin d’un Héros

2 mai, 2014

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Depuis qu’il a vaincu le Lézard, Spider-Man est devenu le protecteur de New-York à la grande joie des uns et à la méfiance des autres, qui voient en lui un justicier illégitime. Mais Peter Parker a d’autres soucis puisque suite à sa promesse faite au père de Gwen, il hésite à s’engager avec elle et leur couple bat de l’aile. Ses tracas amoureux devront toutefois attendre car de nouveaux super-méchants font leur apparition dans la Grosse Pomme, et leur association pourrait bien mettre fin à la carrière de l’homme-araignée…

«Le film a le mérite d’assurer le divertissement»

Après un premier volet dont on cherchait autant les qualités que la raison d’être, le retour du réalisateur Marc Webb sur The Amazing Spider-Man : le destin d’un Héros n’était franchement pas pour nous enchanter, sa nomination sur la saga s’avérant aussi discutable que la mise en chantier de ce reboot. Mais reconnaissons-le, il y a tout de même du mieux dans ce film par rapport à son prédécesseur, ne serait-ce que dans le détachement de sa veine réaliste pour se rapprocher de quelque chose de plus comic book, plus proche en définitive des films de Sam Raimi.

Pour autant, et même si cette version des aventures du tisseur cherche moins à dragouiller les fans de Twilight, il demeure plusieurs problèmes qui n’aident en rien ce reboot précoce à se justifier. La romance entre Peter Parker et Gwen Stacy, déjà. Bien interprétée (Andrew Garfield et Emma Stone comptent clairement parmi la crème de la nouvelle-garde hollywoodienne), cela ne l’empêche pas d’être très présente, trop présente, et franchement assommante dans ses ressorts dramatiques. En tout cas jusqu’à son dénouement, assez inattendu vu ce qui a précédé. Enfin cela aidera au moins un peu la mythologie de ce Spider-Man à s’épaissir correctement, ce que nous ne pourrons dire quant à la partie concernant les parents de Peter, le mystère de leur disparition. Là, on vire en effet au grand n’importe quoi avec Spidey se retrouvant détenteur d’une base secrète entre James Bond et les Tortues ninja. Une bien curieuse idée.

Ce nouvel opus se rattrape donc malgré tout sur plusieurs autres points, et en particulier celui du spectacle qui faisait si cruellement défaut à la naissance d’un Héros. Il offre enfin les scènes vertigineuses en 3D que nous attendions (on regrettera juste qu’elles ne soient pas plus intégrées aux combats) et une action plus soutenue, tout ça en gérant relativement bien son intrigue à multiple méchants. Il faut dire aussi que l’histoire n’en comporte véritablement que deux et non pas trois comme scandé dans la promotion (le Rhino ne fait que de la figuration pour annoncer la suite), ça aide. Et ce n’est pas plus mal puisque cela permet de bâtir deux figures du mal avec une réelle profondeur. Nous avons ainsi droit à l’excellent Dane DeHaan (Chronicle) pour incarner Harry Osborn mais c’est surtout le personnage de Jamie Foxx – vraiment cool – qui mène la barque. Car s’ils auraient pu n’être qu’une resucée du Jim Carrey de Batman Forever, Electro et son alter-ego anonyme acquièrent au contraire une dimension dramatique presque touchante (voir la scène de Time Square où il a l’impression d’être remarqué pour la première fois de sa vie) sans compter une putain de présence à l’écran une fois que ses pouvoirs se développent.

Si l’on continuera donc à se demander ce qui peut légitimer le reboot de la franchise – autre que l’appât du gain, bien sûr – il faut reconnaître à ce The Amazing Spider-Man : le destin d’un Héros qu’il a le mérite d’assurer le divertissement. Vu d’où nous partions, c’est déjà franchement bien.

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