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Critique ciné : 47 Ronin

7 avril, 2014

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Dans un Japon féodal où règne la sorcellerie et le mystère, un groupe de samouraïs voit leur maître bienveillant trahi par un seigneur voisin, désireux de s’approprier la main de sa fille en même temps que son royaume prospère, et condamné par le shogun à se donner la mort. Devenus des ronins vivant dans le déshonneur, ils se dispersent alors sans avoir pu rendre justice au défunt. Mais leur chef, aidé par un paria qui fut élevé par des démons, va les réunir et leur offrir les armes afin qu’ils lavent dans le sang leur honneur perdu

«On rêve d’un director’s cut»

Bien qu’il avait de quoi faire bander sévère sur le papier, 47 Ronin ne nous en levait finalement qu’une demi-molle tant nous redoutions un blockbuster anonyme de plus, piétinant sans vergogne une culture qu’il n’exploiterait que pour surfer sur une mode actuelle. Repoussé à plusieurs reprises, mené par un réalisateur débutant et garni de l’indispensable star occidentale dans un contexte où elle n’a pas grand chose à foutre (Keanu Reeves, heureusement dans un de ces rôles mutiques qui lui vont si bien), ça ne sentait en effet pas très bon, ce que pouvaient confirmer les très mauvais chiffres du film au box-office US. Et pourtant, à y regarder de plus près, ce n’est pas la déconvenue imaginée. Certes le film porte en lui les stigmates de la grosse machine hollywoodienne policée, que nous reconnaîtrons particulièrement dans une violence graphique totalement gommée (pas la moindre goutte de sang et pas mal de coupes disgracieuses, un comble pour une péloche où l’on s’écharpe au katana), mais en contrepartie il laisse également entrevoir les promesses d’une œuvre à la vision plus personnelle.

Venu de la pub, Carl Rinsch use ainsi d’une des plus célèbres légendes du Japon pour inscrire son premier long dans un univers à la croisée de plusieurs cultures, répondant aussi bien aux codes des mythes du pays du Soleil levant qu’à ceux de l’heroic fantasy anglo-saxonne en un métissage qui est au cœur même du récit, au travers des problématiques liées à la nature «bâtarde» d’un des héros. Pareillement pour la représentation du Japon féodal qu’on pourrait juger trop clinquante et fantaisiste : hybride, le métrage tente en fait de jeter un pont entre le film de samouraï traditionnel et le film d’animation, une volonté que le cinéaste anglais rend des plus évidentes lorsqu’il refait à sa sauce la scène de chasse qui ouvrait le Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki. Avec en prime une fureur n’empêchant pas le spectacle de rester lisible, ce à quoi le cinéma live moderne ne nous habitue plus forcément (d’ailleurs 47 Ronin lui aussi tombe dans cet écueil en quelques rares occasions, surtout pour camoufler la violence).

Mais s’il a donc de bonnes idées de mise en scène, on ne saura pas trop pour l’instant si le talent de Rinsch dépasse celui d’un simple formaliste. Effectivement, on sent son désir de livrer un grand film épique et romanesque mais cela entre en contradiction avec les besoins des producteurs, qui veulent eux une péloche de moins de deux heures pour en faciliter la distribution. En conséquence de quoi le film, déjà affaibli par les reshoots (pour augmenter la présence de Keanu à l’écran à ce qu’il semble) et réécritures successives, pâtit d’une narration pleine de trous béants, véhiculant des notions fortes mais sans pouvoir leur donner proprement corps. Le moteur de l’intrigue en personne, la vengeance des ronins, se fait par exemple sur la base de simples suppositions, les protagonistes n’ayant aucune preuve de la culpabilité de Kira si ce n’est qu’il est antipathique. Pour justifier leur quête, c’est un brin léger. Toutefois, parce qu’il n’a pas trahi la célèbre conclusion – hautement anticommerciale – de cette histoire et sait par moment rendre honneur à la philosophie des samouraïs (voir la très belle scène de la signature du serment), on se prendra à espérer qu’un director’s cut de 47 Ronin fasse son apparition lors de sa sortie en Blu-ray (ne serait-ce que pour remettre Hiroyuki Sanada au premier plan), celui-ci étant logiquement en mesure de rendre toute son ampleur à un récit qui en a fort besoin. Tout comme Carl Rinsch, pour qui ça pourrait bien être la dernière chance de prouver ce qu’il vaut avant d’être catalogué en tant que «réalisateur du plus gros four de 2014».

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