Critique ciné : Pompéi

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Descendant d’un peuple de cavaliers massacré par les romains, Milo, appelé «le celte», a grandi en esclave et s’est forgé une solide réputation dans l’arène, sa rage lui permettant de vaincre n’importe quel adversaire. Transféré à Pompéi pour y régaler la populace, il fait alors la rencontre de la fille d’un riche dignitaire de la ville et tous deux tombent amoureux, sachant bien que leur passion est impossible. Car si les lois des hommes ne suffisaient pas à l’entraver, celles de la nature – incarnées par un Vésuve sur le point d’entrer en éruption – vont venir se mettre entre les tourtereaux

«Celui à tirer son épingle du jeu est Kit Harington»

Paul W.S. Anderson, c’est l’exemple type du réalisateur mal-aimé des fanboys et cinéphiles malgré l’évidente bonne volonté transpirant de chacun de ses projets. Et pour le coup il y avait de quoi se méfier à le voir, entre deux Resident Evil, revenir avec Pompéi à un long-métrage historique, car il s’agit quand même du mec qui a fait rimer Alexandre Dumas et ninjas dans un Les Trois mousquetaires plein de machines volantes et cabrioles à faire pâlir les héros du wu xia pian. Pas de digression de la sorte néanmoins dans le cas présent : pour la première fois dans sa carrière, c’est un Paulo en quête de reconnaissance académique et crédibilité que nous découvrons. La preuve, c’est qu’il n’a pas même cherché à caser sa Milla Jovovich de femme dans le casting !

Ce qui ne l’empêche pas malgré tout, comme à son habitude, d’illustrer un scénario relativement indigent. On le sait en effet peu regardant sur ce point, et c’est ce qui tend sans cesse à le rabaisser au rang de yes man. Son film accumule ainsi quantité de raccourcis (le rôle bien commode de Kiefer Sutherland) et inepties («l’esclave qui parle aux chevaux», bravo pour cette tirade à mourir de rire) dépréciant un travail de recherche historique qu’on sent assez poussé, et qui amène de petits détails originaux ayant en plus le bon goût d’être très cinématographiques. L’arène londonienne sous la pluie, le choeur commentant la bataille lors des jeux… autant d’éléments démontrant la sincérité de sa démarche, son désir de mettre en images cette période et cette catastrophe naturelle restée dans toutes les mémoires. Il paraît alors clair que Anderson réalisait un vieux fantasme en récupérant ce projet qui incomba un temps à Roman Polanski. Sauf que ce dernier, lui, n’aurait certainement pas troqué son discours politico-épique au profit d’une romance tiédasse…

Mais surtout, son Pompéi donne le sentiment d’arriver en retard sur la vague péplum. Non pas qu’il soit désormais impossible de nous intéresser avec de telles productions mais, pour ce faire, il faut en fait au moins proposer un axe inédit, et ce film-ci ressemble trop à un patchwork des récents succès du genre pour y parvenir. On y réutilise telles quelles des lignes de dialogue de Gladiator (sans parler de l’intrigue générale), la direction artistique paraît calquée sur celle de Rome et ils vont même jusqu’à emprunter directement des musiques de Spartacus. Pour se démarquer et se justifier, il y a mieux, d’autant que la réalisation s’avère au diapason avec son classicisme s’exprimant jusque dans les combats de gladiateurs. Et même lorsqu’on en vient à l’inévitable éruption du Vésuve, le climax tant attendu, nous ne sommes ni plus ni moins que face à du Roland Emmerich historique. Fort heureusement, Paulo ne cède pas comme lui aux sirènes de l’improbable happy-end hollywoodien et n’hésite pas à verser dans la tragédie. Enfin bon, s’il rêve son dernier effort en Titanic volcanique, l’intrigue amoureuse est loin d’y bénéficier du même traitement, la faute entre autre à des seconds rôles ultra-archétypaux faisant ressortir le naïf de l’ensemble.

Si Paul W.S. Anderson et son film restent donc sauvés par la bonne foi – plutôt que l’application – qu’il met dans son travail, et plus encore par la sympathie qu’on peut garder pour lui, celui à vraiment tirer son épingle du jeu grâce à Pompéi est Kit Harington. Nouveau-venu dans la famille Constantin Films après Silent Hill : Révélation 3D, le jeune comédien trouve ici pour son premier rôle d’adulte et si l’on peut penser qu’il gagnerait à s’étoffer, à moins jouer les beaux gosses, il en impose malgré tout pas mal. Voilà qui annonce du bon pour John Snow dans la saison 4 de Game of Thrones. Et quant à la reconnaissance de ses pairs, Paulo devra encore faire des efforts.

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