Critique ciné : Les Trois frères, le retour

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Réunis à l’occasion de l’héritage de leur mère, les trois demi-frères Latour se sont ensuite séparés pour continuer à vivre chacun de leur côté, tant bien que mal. Des années plus tard, ils sont de nouveau convoqués pour le retour des cendre de madame Latour, lequel s’accompagne d’un nouveau petit problème : ils apprennent qu’une société américaine de musique leur réclame un peu plus de 5000 euros. Une somme en apparence bien modeste mais qui va pourtant les plonger dans une galère pas possible, dont ils ne pourront sortir que tous réunis. Dommage qu’ils s’entendent si mal

«Des retrouvailles se passant mieux que ce qu’on craignait»

Dix-huit ans après leur premier film et plus grand succès public comme critique, Les Inconnus lui donnent une suite sobrement nommée Les Trois frères, le retour. Des retrouvailles qui font forcément plaisir vu combien ils nous ont manqué depuis Les Rois mages (en 2001, déjà) mais en même temps, comme toujours dans ce genre de come-back, on ne peut s’empêcher d’être tenaillé par une certaine appréhension (la déception Les Bronzés 3 est encore vive dans les esprits). En effet, après tout ce temps, les choses peuvent-elles être les mêmes ?

On ne va donc pas en faire un mystère, quiconque s’attend à reprendre une baffe comique à la hauteur de celle de 1995 s’expose à une cruelle déception. Les anciens rois du petit écran ont beau réutiliser la structure générale du premier et faire écho à toutes ses scènes les plus inoubliables, dans une mesure telle que l’on pourrait presque parler de «remake», ce retour est en fait très loin de se tenir aussi bien. La construction en sketchs prend le pas sur une intrigue qui peine à garder en ligne de mire ses enjeux, on croirait même qu’elle divague quand le trio finit par refaire à sa sauce La Cage aux folles (on imagine que Bourdon a la nostalgie de son expérience théâtrale), embrayant sur une piste très éloignée du postulat de départ. Loin du brio de leur César du meilleur premier film, il ne reste malheureusement pas grand chose du sentiment de culte immédiat qui entourait Les Trois frères à sa sortie. Alors oui, on peut blâmer le film et les Inconnus pour cela. Mais si l’on veut être parfaitement honnête, il faut aussi reconnaître que nous avons tous changé et devons par conséquent être plus objectifs que nostalgiques.

C’est comme lorsqu’on renoue avec un vieux pote pas vu depuis longtemps, la magie ne peut se reproduire comme ça, à l’identique. Un constat se ressentant clairement dans le métrage : un peu poussif à son début, il prend son rythme de croisière dès que les trois personnages se retrouvent dans la dèche. C’est là que nous retrouvons également pour de bon Les Inconnus et constatons que leur alchimie fonctionne toujours aussi bien, d’autant qu’ils n’ont rien trahi de leur humour. Sincères dans leur démarche, ils continuent ainsi de porter sur la société française un regard mi-désabusé, mi-amusé sans tomber dans les conclusions simplistes, le syndrome bling-bling qui a gangrené la comédie française où il n’est plus question que de personnages cherchant à devenir riches. Ici, pas de solution miracle pour échapper à la crise, on galère juste sévère pour réunir à peine plus de 5000 euros. Grâce à cette approche les comiques s’en trouvent bien plus en phase avec le public, ce qui fait que leurs personnages peuvent nous rester sympathiques malgré leurs – nombreux – défauts.

Certes alors, Les Trois frères, le retour ne pèse pas bien lourd comparé à ce que ça fut mais en comparaison de la concurrence actuelle, ça fait toujours un bien fou. Déjà parce qu’il est bon de croiser une comédie hexagonale vraiment drôle et ensuite – bien sûr – parce que ces retrouvailles avec de vieux potes se sont bien mieux passées que ce qu’on aurait pu craindre. On se demandera juste si Les Inconnus n’auraient pas mieux fait de se réunir pour une œuvre originale plutôt qu’une suite mais après la réception mitigée qu’avait souffert Les Rois mages, on imagine qu’ils ont voulu jouer la carte de la sécurité. Après tout, eux aussi devaient craindre de nous retrouver.

020304

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