Critique ciné : Robocop

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Dans le futur proche, la méga-corporation OCP a fait fortune en construisant des robots que l’armée américaine utilise pour pacifier les zones de guerre mais les rues des Etats-Unis leur restent proscrites, la faute à une loi que le sénat refuse d’abroger. Pour la contourner, ils ont alors l’idée de fabriquer un combattant mi-homme, mi-machine, ne reste qu’à trouver le candidat idéal. Au même moment, parce qu’il est l’un des rares flics non-corrompus de Detroit, l’officier Alex Murphy est victime d’un attentat le laissant aux portes de la mort

«On a connu blockbusters franchement moins couillus»

Parce que l’on ne se refait pas, c’est d’un œil plus que circonspect que nous attendions ce reboot de Robocop. L’oeuvre fondatrice n’a en effet aujourd’hui encore rien perdu de son efficacité, de son aura culte, et cela en dépit d’un piétinage en règle de la franchise au fil de ses différentes itérations. Enfin, si la grogne des fans ou les problèmes financiers de la MGM pouvaient arrêter le progrès, ça se saurait, et voici donc que débarque ce Robocop du troisième millénaire. Inévitable – se dit-on – dans le contexte d’un Hollywood en panne d’inspiration, pour qui c’est dans les vieilles armures qu’on fait les meilleurs flics. Fort heureusement, nous ne sommes jamais à l’abri de nous faire rabattre le caquet.

Autant le film original était un comic-book movie furieux et transgressif, désopilant et christique, autant celui-ci abandonne alors toute dimension super-héroïque pour en aborder une plus humaine, plus intime. Pas tellement à propos d’une machine reprenant conscience de son humanité, le Robocop de cette cuvée traite plutôt d’un homme devant gérer sa transformation en machine. C’est par le biais de cette véritable profession de foi suintant de tous ses rouages que cette version se démarque de son modèle. L’absence de voix robotique pour le héros est par exemple un détail loin d’être insignifiant parmi les bonnes idées que multiplie le scénario sur ce thème : le traitement du contrôle mental sur Murphy, de son humanité – en apparence – télécommandée (une sous-intrigue aussi complexe sur la question de l’éthique que le rôle de Gary Oldman) ou encore et surtout, gros bouleversement comparé au film de Paul Verhoeven, la présence concrète de sa famille. Un ajout qui faisait naître une crainte bien compréhensible or le réalisateur José Padilha, venu remplacer au pied-levé un Darren Aronofsky un temps pressenti, nous avait prouvé avec son diptyque Troupe d’élite qu’il est tout à fait capable de mener un film nerveux tout en restant très proche de ses personnages, au plus près de leurs conflits intérieurs. Et bien que son expérience hollywoodienne ait semble-t-il été horrible, il n’a rien perdu de cette qualité en travaillant pour la première fois chez l’Oncle Sam. Jamais larmoyantes, les interactions d’un casting inspiré (bonne trouvaille que Joel Kinnaman) rendent ainsi tangibles les interrogations philosophiques sur la part humaine du roboflic, leurs applications dans un contexte où l’on appréhende mieux les possibilités de la robotique pour les personnes handicapées (Alex Murphy ne meurt pas dans cette version, rappelons-le).

Mais s’il se démarque, allant jusqu’à n’utiliser qu’en tout début et toute fin l’héroïque thème composé autrefois par Basil Poledouris, ce nouveau Robocop n’en oublie pas pour autant de rester fidèle au métrage de 1987. Certes, on ne retrouve pas une charge à la truculence égale à celle de Verhoeven à l’encontre de l’Amérique reaganienne mais, malgré tout, le discours politique est bien présent. Dès le début même, avec une monstrueuse scène d’introduction rénovant le concept imaginé par scénaristes Edward Neumeier et Michael Miner tout en commentant la politique extérieure américaine. Puis le métrage n’oublie pas de regarder dans ses frontières afin de dresser un portrait peu reluisant des conglomérats, avec les personnages de Jay Baruchel et Michael Keaton, et se permet une conclusion foutrement ironique qui va faire grincer les dents des patriotes américains, assénée par Samuel L. Jackson dans un rôle qu’on croirait piqué chez Alan Moore ou Frank Miller. On a connu blockbusters franchement moins couillus, d’autant plus dans un cadre PG-13 comme ici. Ce qui explique au passage pourquoi on ne retrouve rien non plus de la violence graphique chère au hollandais fou. Une absence n’empêchant pas les scènes d’action de trouver leurs propres marques grâce à la réalisation du brésilien, ancien documentariste orchestrant des scènes de guérilla urbaine variées et toujours autant immersives qu’impressionnantes, à la hauteur de celles – mémorables – de ses précédents efforts.

Exceptée une conclusion un peu simpliste, le Robocop de José Padilha s’impose donc comme un remake aussi réussi que celui de Evil Dead l’année dernière. Comme quoi certaines œuvres cultes peuvent demeurer intouchables tout en laissant l’opportunité d’être revisitées avec autant de déférence que de talent, il faut juste qu’on accepte l’idée de laisser toucher à certains de nos trésors. Après tout, quoi qu’on en pense, c’est également pour nous que sont faits ces films. Et celui-ci, par son ultime clin d’oeil concernant l’armure, montre bien tout le respect qu’il a pour le modèle original et ses fans.

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