Archive pour février, 2014

Critique ciné : Pompéi

23 février, 2014

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Descendant d’un peuple de cavaliers massacré par les romains, Milo, appelé «le celte», a grandi en esclave et s’est forgé une solide réputation dans l’arène, sa rage lui permettant de vaincre n’importe quel adversaire. Transféré à Pompéi pour y régaler la populace, il fait alors la rencontre de la fille d’un riche dignitaire de la ville et tous deux tombent amoureux, sachant bien que leur passion est impossible. Car si les lois des hommes ne suffisaient pas à l’entraver, celles de la nature – incarnées par un Vésuve sur le point d’entrer en éruption – vont venir se mettre entre les tourtereaux

«Celui à tirer son épingle du jeu est Kit Harington»

Paul W.S. Anderson, c’est l’exemple type du réalisateur mal-aimé des fanboys et cinéphiles malgré l’évidente bonne volonté transpirant de chacun de ses projets. Et pour le coup il y avait de quoi se méfier à le voir, entre deux Resident Evil, revenir avec Pompéi à un long-métrage historique, car il s’agit quand même du mec qui a fait rimer Alexandre Dumas et ninjas dans un Les Trois mousquetaires plein de machines volantes et cabrioles à faire pâlir les héros du wu xia pian. Pas de digression de la sorte néanmoins dans le cas présent : pour la première fois dans sa carrière, c’est un Paulo en quête de reconnaissance académique et crédibilité que nous découvrons. La preuve, c’est qu’il n’a pas même cherché à caser sa Milla Jovovich de femme dans le casting !

Ce qui ne l’empêche pas malgré tout, comme à son habitude, d’illustrer un scénario relativement indigent. On le sait en effet peu regardant sur ce point, et c’est ce qui tend sans cesse à le rabaisser au rang de yes man. Son film accumule ainsi quantité de raccourcis (le rôle bien commode de Kiefer Sutherland) et inepties («l’esclave qui parle aux chevaux», bravo pour cette tirade à mourir de rire) dépréciant un travail de recherche historique qu’on sent assez poussé, et qui amène de petits détails originaux ayant en plus le bon goût d’être très cinématographiques. L’arène londonienne sous la pluie, le choeur commentant la bataille lors des jeux… autant d’éléments démontrant la sincérité de sa démarche, son désir de mettre en images cette période et cette catastrophe naturelle restée dans toutes les mémoires. Il paraît alors clair que Anderson réalisait un vieux fantasme en récupérant ce projet qui incomba un temps à Roman Polanski. Sauf que ce dernier, lui, n’aurait certainement pas troqué son discours politico-épique au profit d’une romance tiédasse…

Mais surtout, son Pompéi donne le sentiment d’arriver en retard sur la vague péplum. Non pas qu’il soit désormais impossible de nous intéresser avec de telles productions mais, pour ce faire, il faut en fait au moins proposer un axe inédit, et ce film-ci ressemble trop à un patchwork des récents succès du genre pour y parvenir. On y réutilise telles quelles des lignes de dialogue de Gladiator (sans parler de l’intrigue générale), la direction artistique paraît calquée sur celle de Rome et ils vont même jusqu’à emprunter directement des musiques de Spartacus. Pour se démarquer et se justifier, il y a mieux, d’autant que la réalisation s’avère au diapason avec son classicisme s’exprimant jusque dans les combats de gladiateurs. Et même lorsqu’on en vient à l’inévitable éruption du Vésuve, le climax tant attendu, nous ne sommes ni plus ni moins que face à du Roland Emmerich historique. Fort heureusement, Paulo ne cède pas comme lui aux sirènes de l’improbable happy-end hollywoodien et n’hésite pas à verser dans la tragédie. Enfin bon, s’il rêve son dernier effort en Titanic volcanique, l’intrigue amoureuse est loin d’y bénéficier du même traitement, la faute entre autre à des seconds rôles ultra-archétypaux faisant ressortir le naïf de l’ensemble.

Si Paul W.S. Anderson et son film restent donc sauvés par la bonne foi – plutôt que l’application – qu’il met dans son travail, et plus encore par la sympathie qu’on peut garder pour lui, celui à vraiment tirer son épingle du jeu grâce à Pompéi est Kit Harington. Nouveau-venu dans la famille Constantin Films après Silent Hill : Révélation 3D, le jeune comédien trouve ici pour son premier rôle d’adulte et si l’on peut penser qu’il gagnerait à s’étoffer, à moins jouer les beaux gosses, il en impose malgré tout pas mal. Voilà qui annonce du bon pour John Snow dans la saison 4 de Game of Thrones. Et quant à la reconnaissance de ses pairs, Paulo devra encore faire des efforts.

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Critique ciné : Les Trois frères, le retour

15 février, 2014

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Réunis à l’occasion de l’héritage de leur mère, les trois demi-frères Latour se sont ensuite séparés pour continuer à vivre chacun de leur côté, tant bien que mal. Des années plus tard, ils sont de nouveau convoqués pour le retour des cendre de madame Latour, lequel s’accompagne d’un nouveau petit problème : ils apprennent qu’une société américaine de musique leur réclame un peu plus de 5000 euros. Une somme en apparence bien modeste mais qui va pourtant les plonger dans une galère pas possible, dont ils ne pourront sortir que tous réunis. Dommage qu’ils s’entendent si mal

«Des retrouvailles se passant mieux que ce qu’on craignait»

Dix-huit ans après leur premier film et plus grand succès public comme critique, Les Inconnus lui donnent une suite sobrement nommée Les Trois frères, le retour. Des retrouvailles qui font forcément plaisir vu combien ils nous ont manqué depuis Les Rois mages (en 2001, déjà) mais en même temps, comme toujours dans ce genre de come-back, on ne peut s’empêcher d’être tenaillé par une certaine appréhension (la déception Les Bronzés 3 est encore vive dans les esprits). En effet, après tout ce temps, les choses peuvent-elles être les mêmes ?

On ne va donc pas en faire un mystère, quiconque s’attend à reprendre une baffe comique à la hauteur de celle de 1995 s’expose à une cruelle déception. Les anciens rois du petit écran ont beau réutiliser la structure générale du premier et faire écho à toutes ses scènes les plus inoubliables, dans une mesure telle que l’on pourrait presque parler de «remake», ce retour est en fait très loin de se tenir aussi bien. La construction en sketchs prend le pas sur une intrigue qui peine à garder en ligne de mire ses enjeux, on croirait même qu’elle divague quand le trio finit par refaire à sa sauce La Cage aux folles (on imagine que Bourdon a la nostalgie de son expérience théâtrale), embrayant sur une piste très éloignée du postulat de départ. Loin du brio de leur César du meilleur premier film, il ne reste malheureusement pas grand chose du sentiment de culte immédiat qui entourait Les Trois frères à sa sortie. Alors oui, on peut blâmer le film et les Inconnus pour cela. Mais si l’on veut être parfaitement honnête, il faut aussi reconnaître que nous avons tous changé et devons par conséquent être plus objectifs que nostalgiques.

C’est comme lorsqu’on renoue avec un vieux pote pas vu depuis longtemps, la magie ne peut se reproduire comme ça, à l’identique. Un constat se ressentant clairement dans le métrage : un peu poussif à son début, il prend son rythme de croisière dès que les trois personnages se retrouvent dans la dèche. C’est là que nous retrouvons également pour de bon Les Inconnus et constatons que leur alchimie fonctionne toujours aussi bien, d’autant qu’ils n’ont rien trahi de leur humour. Sincères dans leur démarche, ils continuent ainsi de porter sur la société française un regard mi-désabusé, mi-amusé sans tomber dans les conclusions simplistes, le syndrome bling-bling qui a gangrené la comédie française où il n’est plus question que de personnages cherchant à devenir riches. Ici, pas de solution miracle pour échapper à la crise, on galère juste sévère pour réunir à peine plus de 5000 euros. Grâce à cette approche les comiques s’en trouvent bien plus en phase avec le public, ce qui fait que leurs personnages peuvent nous rester sympathiques malgré leurs – nombreux – défauts.

Certes alors, Les Trois frères, le retour ne pèse pas bien lourd comparé à ce que ça fut mais en comparaison de la concurrence actuelle, ça fait toujours un bien fou. Déjà parce qu’il est bon de croiser une comédie hexagonale vraiment drôle et ensuite – bien sûr – parce que ces retrouvailles avec de vieux potes se sont bien mieux passées que ce qu’on aurait pu craindre. On se demandera juste si Les Inconnus n’auraient pas mieux fait de se réunir pour une œuvre originale plutôt qu’une suite mais après la réception mitigée qu’avait souffert Les Rois mages, on imagine qu’ils ont voulu jouer la carte de la sécurité. Après tout, eux aussi devaient craindre de nous retrouver.

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Critique ciné : Robocop

11 février, 2014

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Dans le futur proche, la méga-corporation OCP a fait fortune en construisant des robots que l’armée américaine utilise pour pacifier les zones de guerre mais les rues des Etats-Unis leur restent proscrites, la faute à une loi que le sénat refuse d’abroger. Pour la contourner, ils ont alors l’idée de fabriquer un combattant mi-homme, mi-machine, ne reste qu’à trouver le candidat idéal. Au même moment, parce qu’il est l’un des rares flics non-corrompus de Detroit, l’officier Alex Murphy est victime d’un attentat le laissant aux portes de la mort

«On a connu blockbusters franchement moins couillus»

Parce que l’on ne se refait pas, c’est d’un œil plus que circonspect que nous attendions ce reboot de Robocop. L’oeuvre fondatrice n’a en effet aujourd’hui encore rien perdu de son efficacité, de son aura culte, et cela en dépit d’un piétinage en règle de la franchise au fil de ses différentes itérations. Enfin, si la grogne des fans ou les problèmes financiers de la MGM pouvaient arrêter le progrès, ça se saurait, et voici donc que débarque ce Robocop du troisième millénaire. Inévitable – se dit-on – dans le contexte d’un Hollywood en panne d’inspiration, pour qui c’est dans les vieilles armures qu’on fait les meilleurs flics. Fort heureusement, nous ne sommes jamais à l’abri de nous faire rabattre le caquet.

Autant le film original était un comic-book movie furieux et transgressif, désopilant et christique, autant celui-ci abandonne alors toute dimension super-héroïque pour en aborder une plus humaine, plus intime. Pas tellement à propos d’une machine reprenant conscience de son humanité, le Robocop de cette cuvée traite plutôt d’un homme devant gérer sa transformation en machine. C’est par le biais de cette véritable profession de foi suintant de tous ses rouages que cette version se démarque de son modèle. L’absence de voix robotique pour le héros est par exemple un détail loin d’être insignifiant parmi les bonnes idées que multiplie le scénario sur ce thème : le traitement du contrôle mental sur Murphy, de son humanité – en apparence – télécommandée (une sous-intrigue aussi complexe sur la question de l’éthique que le rôle de Gary Oldman) ou encore et surtout, gros bouleversement comparé au film de Paul Verhoeven, la présence concrète de sa famille. Un ajout qui faisait naître une crainte bien compréhensible or le réalisateur José Padilha, venu remplacer au pied-levé un Darren Aronofsky un temps pressenti, nous avait prouvé avec son diptyque Troupe d’élite qu’il est tout à fait capable de mener un film nerveux tout en restant très proche de ses personnages, au plus près de leurs conflits intérieurs. Et bien que son expérience hollywoodienne ait semble-t-il été horrible, il n’a rien perdu de cette qualité en travaillant pour la première fois chez l’Oncle Sam. Jamais larmoyantes, les interactions d’un casting inspiré (bonne trouvaille que Joel Kinnaman) rendent ainsi tangibles les interrogations philosophiques sur la part humaine du roboflic, leurs applications dans un contexte où l’on appréhende mieux les possibilités de la robotique pour les personnes handicapées (Alex Murphy ne meurt pas dans cette version, rappelons-le).

Mais s’il se démarque, allant jusqu’à n’utiliser qu’en tout début et toute fin l’héroïque thème composé autrefois par Basil Poledouris, ce nouveau Robocop n’en oublie pas pour autant de rester fidèle au métrage de 1987. Certes, on ne retrouve pas une charge à la truculence égale à celle de Verhoeven à l’encontre de l’Amérique reaganienne mais, malgré tout, le discours politique est bien présent. Dès le début même, avec une monstrueuse scène d’introduction rénovant le concept imaginé par scénaristes Edward Neumeier et Michael Miner tout en commentant la politique extérieure américaine. Puis le métrage n’oublie pas de regarder dans ses frontières afin de dresser un portrait peu reluisant des conglomérats, avec les personnages de Jay Baruchel et Michael Keaton, et se permet une conclusion foutrement ironique qui va faire grincer les dents des patriotes américains, assénée par Samuel L. Jackson dans un rôle qu’on croirait piqué chez Alan Moore ou Frank Miller. On a connu blockbusters franchement moins couillus, d’autant plus dans un cadre PG-13 comme ici. Ce qui explique au passage pourquoi on ne retrouve rien non plus de la violence graphique chère au hollandais fou. Une absence n’empêchant pas les scènes d’action de trouver leurs propres marques grâce à la réalisation du brésilien, ancien documentariste orchestrant des scènes de guérilla urbaine variées et toujours autant immersives qu’impressionnantes, à la hauteur de celles – mémorables – de ses précédents efforts.

Exceptée une conclusion un peu simpliste, le Robocop de José Padilha s’impose donc comme un remake aussi réussi que celui de Evil Dead l’année dernière. Comme quoi certaines œuvres cultes peuvent demeurer intouchables tout en laissant l’opportunité d’être revisitées avec autant de déférence que de talent, il faut juste qu’on accepte l’idée de laisser toucher à certains de nos trésors. Après tout, quoi qu’on en pense, c’est également pour nous que sont faits ces films. Et celui-ci, par son ultime clin d’oeil concernant l’armure, montre bien tout le respect qu’il a pour le modèle original et ses fans.

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Critique ciné : Jacky au royaume des filles

4 février, 2014

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Dans le petit royaume de Bubune, les femmes détiennent le pouvoir pendant que leurs hommes portent le voile et restent à la maison, à préparer la bouillie et faire le ménage. L’un d’eux, Jacky, demeure encore à marier mais son cœur n’est plus à prendre car depuis toujours il aime la Colonelle, la fille de leur despotique Générale. Alors quand un bal est organisé pour lui trouver un mari, ou «grand couillon» comme on dit là-bas, Jacky pense que son rêve est sur le point de se réaliser. Et même si la vie n’a pas fini de lui mettre des bâtons dans les roues, le jeune homme fera tout pour lui déclarer sa flamme

«Sattouf a de l’ambition et la concrétise intelligemment»

Avec son premier effort derrière la caméra, Les Beaux gosses, Riad Sattouf mettait en fait en images la bande-dessinée qui l’a fait connaître, le sympathique comic-strip La Vie secrète des jeunes. Autant dire qu’il s’agissait d’un galop d’essai (réussi), histoire de se faire la main et gagner une crédibilité en tant que réalisateur. Pour Jacky au royaume des filles, il a donc revu ses ambitions à la hausse et semble cette fois s’inspirer du travail d’un de ses aînés de Charlie Hebdo puisque le film partage – en plus d’un certain héritage du cinéma de Jean Yanne – l’esprit Grand Duduche de Cabu, et tout spécialement sa délirante aventure Maraboud’ficelle. Sans aller aussi loin dans la science-fiction ubuesque, les deux œuvres partagent en effet le même goût de la caricature au travers d’une contrée aussi fictive que curieuse, où nos défauts sont mis en exergue par le décalage. Chez Sattouf il s’agit bien sûr de cette société matriarcale où les hommes sont tenus de porter le voile mais loin de se contenter de disserter sur l’inégalité des sexes, l’auteur en profite également pour élargir son propos. Furieusement engagé (il faut au moins ça pour bosser à Charlie), il démonte ainsi à tout-va les travers de notre mode de vie, de notre civilisation, au gré d’un discours dont la richesse paraît intarissable. La satire passe ainsi tout autant par l’écriture, la réalisation (on croise quelques très jolis moments de pur cinéma) que quantité d’idées creusant le caractère prophético-barré – mais lucide – de l’oeuvre (les télés incrustées avec chaîne unique et continue, le langage, la bouillie…).

Sattouf se sent donc pousser des ailes pour son second long-métrage, le bonhomme a de l’ambition et la concrétise intelligemment. Le problème étant que cela risque justement de le desservir car, au moins lors de la première vision, nous sommes tellement absorbés par tout ce que le film doit communiquer comme messages, faire digérer comme informations, qu’on peut aisément passer à côté des gags. On voit bien que c’est drôle, pas de soucis là-dessus, mais on ne se tape pas des barres de rire pour autant. Que les responsables se rassurent cependant, leur péloche est clairement de la trempe de celles appelées à devenir cultes dès le deuxième visionnage, une fois qu’on a pu se les approprier. Et on aura envie de revenir à celui-ci grâce à l’aspect humain de son récit, parce que Sattouf le cale sur des choses aussi simples qu’universellement parlantes. Hé oui, Jacky au royaume des filles est tout bonnement une relecture de Cendrillon où une perruque remplace la fameuse pantoufle de vair. Où la souillon est un jeune homme en burqa (Vincent Lacoste absolument génial comme à son habitude) et le prince charmant une version féminine de Kim Jong Un (Charlotte, on t’aime !). Le métrage fonctionne ainsi beaucoup sur le registre du conte et même plus précisément de la fable, car cela lui permet de rester proche de ses personnages tout en continuant de nourrir en parallèle son discours. De quoi nous convaincre, à hauteur égale, de l’intérêt que représentent ce film et son auteur dans le paysage de la comédie française, laquelle ne s’essaye guère plus qu’à véhiculer un rire facile, sans aspérité.

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