Critique ciné : Albator, Corsaire de l’espace

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Puisque les humains ne purent s’entendre et manquèrent de peu de la détruire lors de la Guerre du Retour, la Terre est devenue à l’aune du troisième millénaire une zone préservée et interdite, sous le contrôle de la toute puissante Coalition Gaia. Une organisation qui n’a eu de cesse de pourchasser Albator et son Arcadia, dont l’équipage se bat au nom de la liberté. Sous couvert de vengeance, le jeune Yama intègre alors le vaisseau pirate avec la mission de tuer son capitaine, avant que celui ne déclenche une arme aux conséquences incalculables. Mais tandis qu’il se rapproche de sa cible, l’espion de la Coalition Gaia prend conscience que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. Et qu’il est des combats qu’on ne peut éviter

«Pas loin du choc Final Fantasy à son époque»

Harlock de son vrai nom au pays du Soleil levant, Albator fait partie de ces personnages-cultes qui ne cessent de renaître de leurs cendres. Reviennent toujours sur le devant de la scène, l’offre des producteurs étant au moins aussi importante que la demande du public. Créé il y a plus de quarante ans par le mangaka Leiji Matsumoto, le balafré ténébreux a ainsi bourlingué par-delà les étoiles au cours d’une pléthore de mangas, séries animées, OAV et même longs-métrages mais avec cet Albator, Corsaire de l’espace, signe des temps, c’est pour la première fois dans un habillage en CGI et en relief qu’on le retrouve. Alors, simple nouvel emballage ou bien vraie refonte de la franchise ?

Ses premières images le laissaient entendre et ça se confirme très vite, cette nouvelle aventure s’impose comme une grosse claque visuelle. Ce qui a de quoi surprendre. En effet, à l’exception de l’industrie des jeux vidéo, les images de synthèse photo-réalistes ne sont pas franchement une spécialité des japonais, qui soit ne se départissent qu’à grand mal de la touche «fait à la main» soit n’ont pas les moyens de le faire. Or les artistes de la Toei se sont pour l’occasion surpassés sous la supervision d’un spécialiste local en matière d’animation par infographie, Shinji Aramaki, à qui l’on doit les précurseurs cell-shadés Appleseed et sa suite. Ensemble, ils sont parvenus à une transcription inspirée des design 2D vers la 3D (tout spécialement avec le joufflu Yattaran), laquelle rappelle un peu le travail effectué sur l’adaptation de Tintin si ce n’est que le réalisme est poussé encore plus avant. Sincèrement, on n’est pas loin du choc que représenta Final Fantasy – les créatures de l’esprit à son époque. Enfin, l’excellence technique ne fait pas tout : l’inévitable Kei s’avère par exemple complètement foirée car si elle est sexy en diable, il est vraiment rare de regarder un personnage animé et de se dire… qu’il joue comme une patate, il n’y a pas d’autre mot. Fort heureusement, le personnage de Albator – le plus important – bénéficie lui d’une classe phénoménale, Aramaki bichonnant la moindre de ses apparitions, le gardant toujours dans l’ombre ou à contre-jour. Au point que nombre de ses plans recèlent une qualité iconique époustouflante, digne de sa légende.

Albator, Corsaire de l’espace représente donc une bonne introduction à l’univers créé par Leiji Matsumoto tout en étant également un rendez-vous immanquable pour ses fans de longue date, le respect sincère de l’oeuvre d’origine étant bien de la partie. Aucun adoucissement pour se rallier le jeune public, on retrouve la noirceur et la complexité propres au corsaire de l’espace. Aramaki pousse même le concept jusqu’à faire que son film fleure réellement le swashbuckler et pas seulement le space opera, les dogfights y prenant des airs de vraies batailles navales (abordage compris), tout ça bien sûr pour continuer de complexifier et enrichir son matériau. Et il en a besoin car en dépit de la présence au scénario de Harutoshi Fukui (Lorelei, la sorcière du Pacifique), auteur japonais correctement coté, l’intrigue s’avère sans grand éclat. Celle-ci brasse effectivement des thèmes et éléments appréciables mais on ne peut plus communs dans la japanimation, et ménage des twists ne faisant que diluer le rythme de par leur nature artificielle, forcée (étonnamment, on rencontre quelques longueurs malgré de grosses scènes d’action faisant honneur au genre). On pense en particulier aux retournements de veste du jeune héros, Yama, qui couplés à son manque de mise en avant n’aident pas à le rendre intéressant malgré le grand – et prévisible – destin qui s’annonce à lui. Souhaitons alors que cette magnifique nouvelle version de l’oeuvre de Matsumoto puisse accomplir le sien en grandes pompes et, dans ses inévitables futures itérations, acquérir une substance davantage convaincante.

060708

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