Critique ciné : La Vie rêvée de Walter Mitty

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Employé discret au service archives du magazine Life, amoureux en secret d’une charmante collègue, Walter Mitty mène une existence sans la moindre fantaisie. Ses seuls moments d’évasion sont en fait ses «absences», des instants durant lesquels il vit les aventures les plus folles, accomplit les exploits les plus héroïques, tout ça pour charmer l’objet de son affection. Mais lorsque le plus célèbre reporter-photo du magazine lui confie le cliché parfait, celui promis à faire l’ultime couverture de Life, et que Walter ne le retrouve pas, il n’a pas d’autre choix que partir sur la trace du baroudeur et faire que la réalité dépasse sa fiction

«Feel-good movie bien mené mais un peu facile»

Plus connu pour sa carrière d’acteur, Ben Stiller n’en est pas moins un réalisateur foutrement solide, à l’aise semble-t-il dans tous les genres puisque ses efforts ne peuvent être classés que comme de simples comédies. Son amour du cinéma, et sa démarche en tant que véritable auteur, on les ressent ainsi dans sa mise en scène ultra-chiadée, tout à la fois inventive et ludique, et sa volonté d’avoir toujours quelque chose à dire derrière l’histoire qu’il raconte. Ici il s’agit de celle de La Vie rêvée de Walter Mitty, remake très librement inspiré d’une comédie d’espionnage de la fin des années 40. L’occasion pour lui de briller une nouvelle fois devant et derrière la caméra même si, pour le coup, il se perd un peu en circonvolutions mièvres sur le bonheur…

Les rêveries du terne quidam en titre – seul vrai élément commun entre les deux versions ciné et la nouvelle originale – constituent alors évidemment les moments les plus exaltants et notables du film, quelle que soit leur angle d’attaque : poétique, comique (on a même droit à une parodie de L’Etrange histoire de Benjamin Button, très proche de Tonnerre sous les tropiques dans le ton) ou carrément bourrine. La scène d’action en plein New-York entre Stiller et Adam Scott, proprement monstrueuse, s’avère par exemple être une grosse fight nous convainquant que le comique-réalisateur serait franchement tripant à suivre aux commandes d’un film de super-héros. On le pensait depuis le climax de Zoolander et entre Edgar Wright (Ant-Man) ou James Gunn (Les Gardiens de la Galaxie), il a désormais une place toute trouvée pour une excursion chez l’écurie Marvel. Ben Stiller manipule en fait l’image de la même façon que Walter Mitty manipule la réalité, y trouve un plaisir communicatif s’exprimant au-delà des moments tape-à-l’oeil puisqu’il garnit sa mise en scène d’un décorum des plus vivants, nourrissant le récit. Toutefois, entre sa façon de filmer – émerveillé – les paysages sauvages nordiques et l’utilisation d’une musique hippie-pop, le métrage prend parfois dans son dernier tiers des allures de pub pour compagnie aérienne ou syndicat d’initiative. C’est certes très bien fait mais également trop clean, policé.

Initiatique, introspectif à sa façon, La Vie rêvée de Walter Mitty laisse une large part à l’émotion et à ses protagoniste, rappelant en cela le premier effort en tant que réalisateur de Stiller, Génération 90. Comme s’il avait achevé un premier cycle et en entamait un nouveau, plus mâture. Heureusement il n’en oublie pas pour autant le comédie et, joie, celle-ci est loin de ne se trouver que dans les excès des délires de Walter, le membre du Frat-Pack étant bien plus fin que ça (son dialogue muet avec les sherpas est aussi simple qu’efficace niveau humour). Ceci dit, on pourra quand même être surpris par la simplicité de son message, louable mais trop bobo, qui rappelle des trucs comme Mange, prie, aime avec ses considérations sur le sens de la vie, sa vraie valeur… Désolé mais taper un foot avec les autochtones sur l’Himalaya, c’est pas donné à tout le monde comme petit bonheur… Rien de très étonnant de la part de Steve Conrad, scénariste entre autres de A la recherche du bonheur ou The Weather Man, bien qu’il assure malgré tout une réactualisation correcte du script du film original avec l’effacement de l’intrigue d’espionnage, qui serait un brin désuète aujourd’hui. Ou l’intégration d’éléments d’actualité tels l’éruption du volcan islandais imprononçable (et «inécrivable» puisque je ne vais même pas me donner la peine de le copier/coller) ou la fin de la version papier du magazine Life, ce qui tend à rapprocher le monde de Walter du nôtre. Et, supposément, à nous rendre le discours du film plus prégnant.

Sur sa courte mais dense filmographie, on a donc connu Ben Stiller plus mordant, plus déluré, puisque son La Vie rêvée de Walter Mitty s’inscrit comme le prototype du feel-good movie bien mené mais en également un peu facile. Un peu moralisateur. Et beaucoup bien-pensant, avec une conception de la vie que ne renierait pas un publicitaire. Allez, on n’a qu’à voir ça comme une petite crise de la quarantaine avant qu’il revienne en pleine forme avec l’arlésienne Zoolander 2 !

020304

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