Critique ciné : Le Hobbit – la Désolation de Smaug

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Ayant toujours l’orc blanc Azog et ses troupes à leurs trousses, Bilbon et ses compagnons s’engagent dans la terrifiante forêt de Mirkwood, où mille dangers rôdent. Mais parce qu’il ne peut laisser en suspens plus longtemps la question du nécromancien, Gandalf abandonne le groupe pour partir enquêter sur cette entité maléfique. Livrés à eux-mêmes, le hobbit et les treize nains vont alors traverser de nombreuses péripéties pour arriver jusqu’à la Montagne solitaire, là où repose l’Arkenstone et le dragon Smaug…

«Jackson signe le pire représentant de sa filmographie»

Espéré avec une fébrilité aveugle en dépit de sa conception plus que difficile, Le Hobbit : Un voyage inattendu avait représenté une déception dans une mesure proportionnelle. Un sentiment pour beaucoup dû au perturbant rendu de la HFR, cette révolution en 48 images /seconde prenant des airs de malédiction, mais également à une écriture bien plus hasardeuse que ce à quoi le kiwi barbu nous avait habitué, son script étant émaillé de petits défauts que nous pensions retrouvés corrigés à l’occasion de ce deuxième chapitre. C’est pourtant la mort dans l’âme qu’il faut se rendre à l’évidence : même sans prendre en compte le HFR, Le Hobbit : La Désolation de Smaug fait encore pire que son prédécesseur et démontre pour de bon que cette saga s’est faite aussi bien pour de mauvaises raisons que dans des conditions inadéquates.

Certains points on pourtant été améliorés depuis l’épisode de Noël dernier, en particulier cette désagréable sensation que nous avions d’y voir un quasi-remake de La Communauté de l’anneau. Rien de semblable ici si ce n’est que Peter Jackson continue bien sûr de s’autociter en reprenant tels quels des plans ou scènes et si cela s’avère parfois marrant (son apparition en mangeur de carotte à Bree fait sourire d’entrée de jeu), ça agace surtout puisque les reprises sont unanimement moins puissantes que les originales. Autant dire qu’il y a de quoi nous conforter encore davantage dans l’idée que Guillermo del Toro aurait dû rester aux commandes du projet, afin que celui-ci puisse suivre sa propre voie. Toujours est-il que La Désolation de Smaug se démarque largement des Deux tours, que ce soit par sa structure ou ses péripéties avec par exemple la découverte de nouveaux lieux dont Laketown, un village sur les flots très Ankh-Morporkien (la ville-phare du Disquemonde de Terry Pratchett) dans l’esprit. Des petites choses appréciables, et il faudra en profiter car tout le reste ne sera que déconvenues.

La plus grande force des Deux tours était ainsi de dépasser son statut de chapitre intermédiaire pour offrir un métrage «complet» à sa façon, un opus s’inscrivant aussi bien dans la continuité de la saga qu’il satisfaisait à ses propres enjeux. Une vertu qu’est en fait à mille lieues de partager La Désolation de Smaug, handicapé plus que jamais par le choix d’adapter le roman de Tolkien en trois films au lieu des deux initialement prévus. En résulte comme pour le précédent une dilatation du rythme à cause de plusieurs scènes qui auraient davantage eu leur place dans la version longue (par exemple la rencontre avec Beorn, pur fan-service pour se rattraper d’avoir biffé Tom Bombadil de la première saga) sans compter l’ajout des séquences pour faire le lien avec Le Seigneur des anneaux, dont on comprend encore moins le rapport qu’elles peuvent avoir avec la quête des nains. Si l’intégration de Legolas et Tauriel se passe pour le coup sans trop de mal, l’aventure en solo de Gandalf paraît elle vraiment à côté de la plaque.

Mais le plus désespérant est qu’il n’y a ici aucune architecture narrative, on se contente d’enchaîner les scènes sans chercher à ce que ça fasse une unité cohérente. Certes, tout s’enchaîne impeccablement en dépit de la densité de l’histoire. Sauf que l’absence de réelle structure rend difficile l’implication du spectateur au sein de ce récit déséquilibré. Le plus flagrant est évidemment le cliffhanger honteux qu’on nous assène, du genre gros doigt bien profond (ces films ne sont pas du serial ou une série télé, désolé), auquel il faut ajouter quantité d’absurdités telle cette manie de ne tuer aucun méchant notable… alors même qu’ils en font apparaître de tous désignés pour cela ! Ou bien encore un traitement des personnages – même principaux – effectué au lance-pierre, en témoigne comment les effets néfastes de l’anneau sur Bilbon sont évoqués très tôt pour qu’on n’y revienne plus ensuite.

Alors bien sûr que Peter Jackson reste un réalisateur de génie, capable de nous pondre des scènes titanesques (la descente en tonneaux qui fait du pied au plan-séquence du Tintin de Spielberg ; le cache-cache avec Smaug même si le design du dragon est un brin décevant question originalité) et une œuvre de fantasy à la classe visuelle sans équivalent, mais on en restera encore plus interdits devant les bourdes gigantesques que commet ce conteur d’ordinaire hors-norme. Nous aimerions dire que Le Hobbit : histoire d’un aller et retour, le prochain et dernier chapitre, rattrapera le coup, et il y aurait de quoi avec tout ce qu’il reste à régler (en gros le troisième film pourrait être un seul et énorme climax), mais le projet de trilogie est en fait à ce point bancal depuis le début qu’il pourrait bien finir par s’écrouler totalement. Pour La Désolation de Smaug, en tout cas, c’est foutu, et le néo-zélandais signe le pire représentant de sa filmographie loin devant Lovely Bones.

020304

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