Critique ciné : La Stratégie Ender

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Parce qu’une race extraterrestre appelée les Doryphores a attaqué la Terre il y a de cela plusieurs années, et fut repoussée de justesse, l’humanité se tient désormais prête en formant les enfants les plus prometteurs à devenir des militaires accomplis, des leaders infaillibles. Ender Wiggin, jeune cadet réservé, est de ceux-là. Mais son intelligence hors-norme et son sang-froid le font repérer par le général Graff, qui le conduit sur la station spatiale où s’entraîne l’élite. Là-bas, Ender s’impose alors comme le membre le plus notable, celui sur lequel vont à l’évidence reposer tous les espoirs de notre monde. Mais le jeune garçon, lui, doute du bien-fondé de sa mission

«Davantage sauvé par sa production que par son réalisateur»

Initiée par l’auteur mormon Orson Scott Card au milieu des années 80, cela fait maintenant un bail que Hollywood tourne autour de la saga Ender, une des grandes dates de la littérature SF, pour en tirer une adaptation. En dépit toutefois de la difficulté de l’entreprise, plusieurs s’y étant cassés les dents, La Stratégie Ender marque étonnement les débuts de Digital Domain – société de SFX fondée par James Cameron et Stan Winston – à la production, voyant-là leur dernière chance de sortir de la morosité actuelle. Ils ont donc de gros enjeux au-dessus de la tête et une fois n’est pas coutume, le film s’en retrouve davantage sauvé par sa production que par son réalisateur, le sud-africain Gavin Hood.

Dans un contexte économique difficile pour les entreprises de ce genre, Digital Domain joue ainsi son va-tout en se lançant dans l’aventure de la production, pour se donner les moyens de travailler dans des conditions décentes et livrer le meilleur travail possible. Et c’est peu de dire que les infographistes se sont défoncés pour l’occasion en composant des CGI splendides. Plus encore, ces scènes à effets spéciaux représentent curieusement les pics émotionnels du métrage au contraire des scènes de dialogue, très basiques dans leur mise en scène. Pour ne pas dire transparentes, les efforts sincères du jeune Asa Butterfield (Hugo Cabret) n’y pouvant rien. Les quelques gunfights en apesanteur osent alors tout particulièrement une action posée, stratégique (bah ouais, forcément), mais prenante et même par moment galvanisante. Nous n’en aurions espéré autant. Un parti-pris iconoclaste que l’on voit pour le coup satisfait avec talent et qui semble motiver au passage Steve Jablonsky, dont les compositions se réveillent lors de ces séquences. La grande question restant juste de savoir si cela est vraiment du fait du réalisateur ou bien des responsables des animatiques et artistes de Digital Domain, son X-Men Origins : Wolverine ne laissant rien transparaître d’une telle inventivité.

Ce qui est certain en revanche c’est que Gavin Hood s’avère meilleur scénariste que réalisateur, en tout cas dans le cadre de blockbusters où il semble incapable de faire sa place (d’ailleurs, même son oscarisé Mon nom est Tsotsi était plus encensé pour son interprète que pour sa mise en scène). Très condensée, l’histoire de La Stratégie Ender consiste ainsi en une compilation du premier tome afin de se concentrer seulement sur le parcours du héros. Et si l’on pourra trouver dommage d’avoir réduit les six années du roman à une seule pour des raisons pratiques et commerciales, ce qui aurait permis de mieux aérer le récit, cela permet en contrepartie d’appuyer le stress vécu par Ender, le sentiment d’urgence et de danger ressortant de sa formation à l’académie. Ce dont on ne se plaindra pas car la menace alien reste elle dans un flou – logique vu la conclusion – pouvant déstabiliser, privant le spectateur de points d’accroche afin de comprendre en quoi la présence du personnage-titre à cet entraînement est indispensable. On se rattache par conséquent à son expérience initiatique, comment il se construit dans ses relations aux autres protagonistes. Des liens simples mais tangibles avec les autres élèves, tandis qu’on les découvre beaucoup plus intéressants envers les adultes qui fonctionnent toujours en binôme et symbolisent les deux facettes de Ender, sa dualité entre compassion et instinct guerrier ainsi que sa progression (la substitution à un moment de l’un d’entre eux par un personnage surprise marque clairement dans l’intrigue une évolution chez l’enfant-soldat).

L’histoire de La Stratégie Ender se révèle donc beaucoup plus dure qu’il n’y paraît, et sa fin anti-commerciale au possible n’en est qu’un aspect. On évite peut-être en effet les gros mots ou le sang pour ne pas se choper une interdiction au jeune public mais contrairement à un Hunger Games, la formation du jeune Ender en machine de guerre reste malgré tout d’une violence assez étonnante, aussi bien physique que psychologique. Sans rapport avec le Harry Potter à l’école des sorciers dans l’espace qu’on entrevoit pendant un instant, nous sommes en définitive face à quelque chose de plus proche de Full Metal Jacket ou Starship Troopers, toutes proportions gardées. Un pari couillu jusqu’au bout pour Digital Domain même si Gavin Hood continuera à nous laisser une impression bien fadasse.

020304

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