Archive pour décembre, 2013

Critique ciné : Le Hobbit – la Désolation de Smaug

20 décembre, 2013

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Ayant toujours l’orc blanc Azog et ses troupes à leurs trousses, Bilbon et ses compagnons s’engagent dans la terrifiante forêt de Mirkwood, où mille dangers rôdent. Mais parce qu’il ne peut laisser en suspens plus longtemps la question du nécromancien, Gandalf abandonne le groupe pour partir enquêter sur cette entité maléfique. Livrés à eux-mêmes, le hobbit et les treize nains vont alors traverser de nombreuses péripéties pour arriver jusqu’à la Montagne solitaire, là où repose l’Arkenstone et le dragon Smaug…

«Jackson signe le pire représentant de sa filmographie»

Espéré avec une fébrilité aveugle en dépit de sa conception plus que difficile, Le Hobbit : Un voyage inattendu avait représenté une déception dans une mesure proportionnelle. Un sentiment pour beaucoup dû au perturbant rendu de la HFR, cette révolution en 48 images /seconde prenant des airs de malédiction, mais également à une écriture bien plus hasardeuse que ce à quoi le kiwi barbu nous avait habitué, son script étant émaillé de petits défauts que nous pensions retrouvés corrigés à l’occasion de ce deuxième chapitre. C’est pourtant la mort dans l’âme qu’il faut se rendre à l’évidence : même sans prendre en compte le HFR, Le Hobbit : La Désolation de Smaug fait encore pire que son prédécesseur et démontre pour de bon que cette saga s’est faite aussi bien pour de mauvaises raisons que dans des conditions inadéquates.

Certains points on pourtant été améliorés depuis l’épisode de Noël dernier, en particulier cette désagréable sensation que nous avions d’y voir un quasi-remake de La Communauté de l’anneau. Rien de semblable ici si ce n’est que Peter Jackson continue bien sûr de s’autociter en reprenant tels quels des plans ou scènes et si cela s’avère parfois marrant (son apparition en mangeur de carotte à Bree fait sourire d’entrée de jeu), ça agace surtout puisque les reprises sont unanimement moins puissantes que les originales. Autant dire qu’il y a de quoi nous conforter encore davantage dans l’idée que Guillermo del Toro aurait dû rester aux commandes du projet, afin que celui-ci puisse suivre sa propre voie. Toujours est-il que La Désolation de Smaug se démarque largement des Deux tours, que ce soit par sa structure ou ses péripéties avec par exemple la découverte de nouveaux lieux dont Laketown, un village sur les flots très Ankh-Morporkien (la ville-phare du Disquemonde de Terry Pratchett) dans l’esprit. Des petites choses appréciables, et il faudra en profiter car tout le reste ne sera que déconvenues.

La plus grande force des Deux tours était ainsi de dépasser son statut de chapitre intermédiaire pour offrir un métrage «complet» à sa façon, un opus s’inscrivant aussi bien dans la continuité de la saga qu’il satisfaisait à ses propres enjeux. Une vertu qu’est en fait à mille lieues de partager La Désolation de Smaug, handicapé plus que jamais par le choix d’adapter le roman de Tolkien en trois films au lieu des deux initialement prévus. En résulte comme pour le précédent une dilatation du rythme à cause de plusieurs scènes qui auraient davantage eu leur place dans la version longue (par exemple la rencontre avec Beorn, pur fan-service pour se rattraper d’avoir biffé Tom Bombadil de la première saga) sans compter l’ajout des séquences pour faire le lien avec Le Seigneur des anneaux, dont on comprend encore moins le rapport qu’elles peuvent avoir avec la quête des nains. Si l’intégration de Legolas et Tauriel se passe pour le coup sans trop de mal, l’aventure en solo de Gandalf paraît elle vraiment à côté de la plaque.

Mais le plus désespérant est qu’il n’y a ici aucune architecture narrative, on se contente d’enchaîner les scènes sans chercher à ce que ça fasse une unité cohérente. Certes, tout s’enchaîne impeccablement en dépit de la densité de l’histoire. Sauf que l’absence de réelle structure rend difficile l’implication du spectateur au sein de ce récit déséquilibré. Le plus flagrant est évidemment le cliffhanger honteux qu’on nous assène, du genre gros doigt bien profond (ces films ne sont pas du serial ou une série télé, désolé), auquel il faut ajouter quantité d’absurdités telle cette manie de ne tuer aucun méchant notable… alors même qu’ils en font apparaître de tous désignés pour cela ! Ou bien encore un traitement des personnages – même principaux – effectué au lance-pierre, en témoigne comment les effets néfastes de l’anneau sur Bilbon sont évoqués très tôt pour qu’on n’y revienne plus ensuite.

Alors bien sûr que Peter Jackson reste un réalisateur de génie, capable de nous pondre des scènes titanesques (la descente en tonneaux qui fait du pied au plan-séquence du Tintin de Spielberg ; le cache-cache avec Smaug même si le design du dragon est un brin décevant question originalité) et une œuvre de fantasy à la classe visuelle sans équivalent, mais on en restera encore plus interdits devant les bourdes gigantesques que commet ce conteur d’ordinaire hors-norme. Nous aimerions dire que Le Hobbit : histoire d’un aller et retour, le prochain et dernier chapitre, rattrapera le coup, et il y aurait de quoi avec tout ce qu’il reste à régler (en gros le troisième film pourrait être un seul et énorme climax), mais le projet de trilogie est en fait à ce point bancal depuis le début qu’il pourrait bien finir par s’écrouler totalement. Pour La Désolation de Smaug, en tout cas, c’est foutu, et le néo-zélandais signe le pire représentant de sa filmographie loin devant Lovely Bones.

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Critique ciné : La Stratégie Ender

4 décembre, 2013

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Parce qu’une race extraterrestre appelée les Doryphores a attaqué la Terre il y a de cela plusieurs années, et fut repoussée de justesse, l’humanité se tient désormais prête en formant les enfants les plus prometteurs à devenir des militaires accomplis, des leaders infaillibles. Ender Wiggin, jeune cadet réservé, est de ceux-là. Mais son intelligence hors-norme et son sang-froid le font repérer par le général Graff, qui le conduit sur la station spatiale où s’entraîne l’élite. Là-bas, Ender s’impose alors comme le membre le plus notable, celui sur lequel vont à l’évidence reposer tous les espoirs de notre monde. Mais le jeune garçon, lui, doute du bien-fondé de sa mission

«Davantage sauvé par sa production que par son réalisateur»

Initiée par l’auteur mormon Orson Scott Card au milieu des années 80, cela fait maintenant un bail que Hollywood tourne autour de la saga Ender, une des grandes dates de la littérature SF, pour en tirer une adaptation. En dépit toutefois de la difficulté de l’entreprise, plusieurs s’y étant cassés les dents, La Stratégie Ender marque étonnement les débuts de Digital Domain – société de SFX fondée par James Cameron et Stan Winston – à la production, voyant-là leur dernière chance de sortir de la morosité actuelle. Ils ont donc de gros enjeux au-dessus de la tête et une fois n’est pas coutume, le film s’en retrouve davantage sauvé par sa production que par son réalisateur, le sud-africain Gavin Hood.

Dans un contexte économique difficile pour les entreprises de ce genre, Digital Domain joue ainsi son va-tout en se lançant dans l’aventure de la production, pour se donner les moyens de travailler dans des conditions décentes et livrer le meilleur travail possible. Et c’est peu de dire que les infographistes se sont défoncés pour l’occasion en composant des CGI splendides. Plus encore, ces scènes à effets spéciaux représentent curieusement les pics émotionnels du métrage au contraire des scènes de dialogue, très basiques dans leur mise en scène. Pour ne pas dire transparentes, les efforts sincères du jeune Asa Butterfield (Hugo Cabret) n’y pouvant rien. Les quelques gunfights en apesanteur osent alors tout particulièrement une action posée, stratégique (bah ouais, forcément), mais prenante et même par moment galvanisante. Nous n’en aurions espéré autant. Un parti-pris iconoclaste que l’on voit pour le coup satisfait avec talent et qui semble motiver au passage Steve Jablonsky, dont les compositions se réveillent lors de ces séquences. La grande question restant juste de savoir si cela est vraiment du fait du réalisateur ou bien des responsables des animatiques et artistes de Digital Domain, son X-Men Origins : Wolverine ne laissant rien transparaître d’une telle inventivité.

Ce qui est certain en revanche c’est que Gavin Hood s’avère meilleur scénariste que réalisateur, en tout cas dans le cadre de blockbusters où il semble incapable de faire sa place (d’ailleurs, même son oscarisé Mon nom est Tsotsi était plus encensé pour son interprète que pour sa mise en scène). Très condensée, l’histoire de La Stratégie Ender consiste ainsi en une compilation du premier tome afin de se concentrer seulement sur le parcours du héros. Et si l’on pourra trouver dommage d’avoir réduit les six années du roman à une seule pour des raisons pratiques et commerciales, ce qui aurait permis de mieux aérer le récit, cela permet en contrepartie d’appuyer le stress vécu par Ender, le sentiment d’urgence et de danger ressortant de sa formation à l’académie. Ce dont on ne se plaindra pas car la menace alien reste elle dans un flou – logique vu la conclusion – pouvant déstabiliser, privant le spectateur de points d’accroche afin de comprendre en quoi la présence du personnage-titre à cet entraînement est indispensable. On se rattache par conséquent à son expérience initiatique, comment il se construit dans ses relations aux autres protagonistes. Des liens simples mais tangibles avec les autres élèves, tandis qu’on les découvre beaucoup plus intéressants envers les adultes qui fonctionnent toujours en binôme et symbolisent les deux facettes de Ender, sa dualité entre compassion et instinct guerrier ainsi que sa progression (la substitution à un moment de l’un d’entre eux par un personnage surprise marque clairement dans l’intrigue une évolution chez l’enfant-soldat).

L’histoire de La Stratégie Ender se révèle donc beaucoup plus dure qu’il n’y paraît, et sa fin anti-commerciale au possible n’en est qu’un aspect. On évite peut-être en effet les gros mots ou le sang pour ne pas se choper une interdiction au jeune public mais contrairement à un Hunger Games, la formation du jeune Ender en machine de guerre reste malgré tout d’une violence assez étonnante, aussi bien physique que psychologique. Sans rapport avec le Harry Potter à l’école des sorciers dans l’espace qu’on entrevoit pendant un instant, nous sommes en définitive face à quelque chose de plus proche de Full Metal Jacket ou Starship Troopers, toutes proportions gardées. Un pari couillu jusqu’au bout pour Digital Domain même si Gavin Hood continuera à nous laisser une impression bien fadasse.

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