Critique ciné : 9 mois ferme

9 mois ferme_albert dupontel_sandrine kiberlain_affiche_poster

Stricte, réservée, solitaire et obnubilée par sa carrière, Ariane Felder est la jeune juge la plus prometteuse du barreau parisien. En dépit toutefois de son existence parfaitement réglée, elle découvre un jour qu’elle est enceinte de six mois. Pire, que le père de l’enfant n’est autre qu’un cambrioleur récidiviste et – comme si ça ne suffisait pas – soupçonné du meurtre horrible d’un gentil petit vieux. Petit à petit, tandis qu’une vie grandit en elle, celle de Ariane va donc aller de mal en pis

«Dupontel a encore perfectionné ses qualités de conteur»

Alors que la comédie française a de plus en plus tendance à s’embourber dans des schémas – parfois efficaces, reconnaissons-le – calqués sur le modèle américain, il reste heureusement encore chez nous quelques auteurs pour qui faire rire est l’opportunité d’offrir en même temps une vraie vision, un univers humoristique unique en son genre. Des gens comme le duo grolandais Gustave Kervern & Benoît Delépine (Le Grand soir), comme le poète romantique Artus de Penguern (La Clinique de l’amour) ou encore Albert Dupontel, le toon trash, qu’on retrouve aujourd’hui à l’occasion de son cinquième effort derrière la caméra, 9 mois ferme. Peut-être son opus le plus sage, le moins emprunt de la fantaisie du conte, mais une démonstration toujours aussi éclatante de son talent.

Et pour ça, Dupontel n’a pas besoin de faire dans l’esbroufe puisque son film s’avère relativement intimiste, réduit à tout juste quelques personnages (des habitués plus quelques caméos savoureux dont on vous laisse la surprise) et décors. C’est qu’il faut rester dans le raisonnable niveau budget pour lui permettre de conserver la liberté artistique qu’il chérit tant, raconter l’histoire qu’il lui chante sans qu’elle ait à obéir aux convenances actuelles. Sans ça, pas sûr en effet qu’on l’aurait laissé tourner la scène de tentative d’avortement de la sorte. Ironiquement, il s’agit pourtant de son film le plus sage, grâce auquel il veut montrer un visage davantage apaisé, maîtrisé, sans se compromettre non plus. En contre-pied à son précédent travail, Le Vilain, il est alors intéressant de constater que ce métrage-ci a pour héros un bandit qu’on soupçonne des pires folies, dont la globophagie (?!), mais qui se révèle être en fait juste un gentil idiot… Le parallèle est vite tracé entre le rôle et son interprète, d’autant qu’il est en plus réalisateur et scénariste et ne s’est donc pas attribué innocemment cette partition à jouer.

Ce qui ne change pas en revanche c’est qu’en dépit de situations hurluberluesques, les histoires de l’auteur de Bernie demeurent focalisées sur leurs personnages, dans le cas présent l’improbable couple formé par la juge et le cambrioleur. Des rôles drôles à cause de leurs défauts, leurs manies. Et touchants grâce à leurs faiblesses, leurs fêlures. Dupontel donne en fait l’impression de connaître réellement ces personnes et par conséquent les caractérise avec une efficacité rare, intimement en trois fois rien, aussi bien par le biais de dialogues mordants que d’une mise en scène vivante, réfléchie. La présentation exemplaire du rôle principal féminin, avec son montage ultra-cut faisant suite à un étonnant plan-séquence pour bien marquer le contraste, son isolement, donne d’entrée de jeu une leçon de cinéma à la fois élégant, ludique et intelligible. Tandis que Sandrine Kiberlain, elle, excelle, et continue de se réinventer dans la comédie comme elle le fait depuis quelques temps.

Pour les fans de la première heure du comique, ceux vouant un culte à Bernie Noël aiguisant sa pelle sur l’autoroute, il reste alors tout de même quelques moments typiquement cartoonesques, des fulgurances délirantes pouvant aller jusqu’à verser dans un gore assez explicite et réjouissant. Que les chiffes molles se rassurent, tout ça reste très second degré. Ravageur, l’humour du maître d’oeuvre n’est en tout cas jamais méchant gratuitement (sa caricature de la justice française est loin d’être exagérée) car il consiste en un délicat dosage entre acidité et tendresse. Même les cons ont un petit côté pathétique faisant qu’on ne peut pas foncièrement les détester, c’est dire avec quel talent d’équilibriste Albert Dupontel a pondu ce 9 mois ferme où rien ne manque, rien n’est en trop. Le film passe ainsi d’une traite, sans le moindre accroc, démontrant que le cinéaste n’a rien troqué de son énergie et a même encore perfectionné ses qualités de conteur. Mais surtout, ça fait du bien de savoir que la France peut produire de l’humour ailleurs que dans les comédies romantiques ou les beauferies pour TF1. Oui, ça fait du bien.

020304

2 Réponses à “Critique ciné : 9 mois ferme”

  1. yetaland dit :

    Super film, enfin un film français que me fait rigoler !

  2. Emma dit :

    Merci pour l’article, j’étais pas convaincue d’aller le voir mais apparemment c’est un film français drôle. Je me méfie toujours de l’humour français ^^

Laisser un commentaire