Critique ciné : Evasion

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En douze ans, cela fait sept fois que Ray Breslin est incarcéré. Et qu’il s’évade. Car c’est ainsi que Ray gagne sa vie : en testant la sécurité des prisons de l’intérieur, puis en remettant un rapport sur leurs faiblesses. Jusqu’au jour où l’on lui propose un contrat exceptionnel, pour mettre à l’épreuve un pénitencier secret d’un tout nouveau genre. Voyant en cela une mission comme les autres, il accepte l’offre mais découvre rapidement que s’il a été envoyé ici, c’est en fait pour se débarrasser de lui. Avec l’aide d’un autre détenu il va alors devoir s’évader d’un institut réputé inviolable, et construit selon les observations qu’il a accumulées au fil des ans

«Les producteurs salopent tout à ne capitaliser que sur leurs stars»

Après des années passées à être rivaux, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger semblent décidément ne plus vouloir se séparer. En attendant Expendables 3 pour l’été prochain, les copains comme cochons se retrouvent en effet pour Évasion, film de zonzon qui a la bonne idée de ne pas vouloir marcher dans les traces de l’actioner made in 80′s, désormais un cul-de-sac comme l’a démontré la deuxième aventure ampoulée de Barney Ross et ses malabars. Non, à la place, ils préfèrent taper ce coup-ci dans le thriller musclé, un peu comme lorsque Sly tentait de se diversifier avec Haute-sécurité à l’aune des années 90. Une incursion carcérale qui n’avait pas franchement convaincu à l’époque et qui, tristement, ne le fera guère plus aujourd’hui.

Certains fans des deux action-heroes se sentiront alors lésés mais ça n’est pas plus mal, voire ça devenait indispensable, Évasion nous épargne au maximum les scènes d’action arthritiques. A tout dire, il en reste juste une poignée qui cachent la misère comme elles peuvent. Et elles ne peuvent pas grand chose, il faut bien le dire, pas plus qu’un Sly et un Schwarzy franchement rattrapés par l’âge. En bon thriller, la péloche se voit en fait davantage comme la confrontation entre deux acteurs, des vrais de la méthode, et sous-entend cela par un putain de casting de seconds rôles (Jim Caviezel, Vincent D’Onofrio, Sam Neill, Vinnie Jones… excusez du peu) apportant un peu de légitimité. Car si les comédiens-stars ont l’impression de tout donner, de se fondre dans leur rôle respectif, il est clair que ça n’a jamais été le fort de leur registre. Stallone atteint ainsi des sommets dans l’inexpressif contemplatif tandis que Schwarzenegger étonne par ce qu’il accepte de faire, soit en jouant les toutous de son collègue (naze) soit en parlant allemand lors d’une scène (cool), une première dans la filmographie d’un acteur ayant toujours voulu faire oublier ses origines autrichiennes. Tous deux sont en tout cas capables d’interprétations bien plus convaincantes ou charismatiques et la première partie du film en pâtit, entre rythme mollasson et intrigue longue à se lancer. Ils se livrent bien entre-temps à la baston qu’on attendait depuis longtemps mais celle-ci dure trente secondes et en plus, c’est pour de la fausse. Pour une rencontre au sommet, ça la fout mal.

Pourquoi aussi la confier à un réalisateur manquant à ce point d’ambition ? Mikael Hafstrom pouvait certes tromper son monde –vite fait– avec un huis-clos tiré de Stephen King comme Chambre 1408 mais pour le reste, sa filmographie le cantonne clairement au rang de fonctionnaire hollywoodien. Et pas le plus doué qui plus est pour qui se remémore son douloureux Le Rite. D’une pauvreté navrante, sa mise en scène est ainsi à l’image de décors (sans oublier le look très THX des gardiens) rappelant davantage une usine désinfectée d’Europe de l’est qu’une prison inviolable. Un comble sachant qu’ils ont tourné aux States mais il faut se rappeler que la société de production Summit Entertainment est désormais sous le giron de Lionsgate, spécialiste de ce genre d’esthétique au point que ça en devient semble-t-il une malédiction. Comme celle de confier des affiches de folie à des réalisateurs purement anecdotiques.

Et ne parlons même pas des scénaristes : le seul fait de gloire de l’un se nomme Road House 2 et le second préfère être crédité sous pseudonyme. Une team de choc pour orchestrer la première vraie cohabitation à l’écran de Schwarzy et Sly, à croire que la production hésitait entre eux et leur facteur. Voilà tout du moins de quoi expliquer le script quelque peu douteux dans lequel les acteurs sont venus se perdre, où l’on évite de justesse le racisme anti-musulman sans jamais en revanche remettre en cause la nature de cette prison honteuse, le film légitimant par ce biais l’idée de camps comme celui de Guantánamo. La grande classe. Et histoire de bien se complaire dans la bêtise, le métrage cumule les incohérences à ne plus savoir qu’en faire. Les protagonistes ont ainsi bien de la chance qu’il n’y ait pas une seule fouille dans cette soi-disant taule de ultra-haute sécurité, qu’on puisse papoter évasion au beau milieu de tout le monde sans que personne n’en ait rien à foutre, qu’on oublie la technologie de surveillance dès la présentation des lieux passée… Impossible dans ces conditions que la dramaturgie ne tombe pas à la flotte, l’impression de danger est minime comparée à l’enfer qu’on veut nous dépeindre. Même les matons font plus de la peine qu’autre chose alors qu’ils ont Tony-dent-de-plomb à leur tête, c’est dire combien Évasion se révèle un triste représentant du film de prison.

On ne peut donc qu’être désolé de voir d’anciennes gloires comme Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger se compromettre dans un produit de ce calibre, ne s’élevant au-dessus du tout-venant du direct-to-dvd que grâce justement à son casting. Les Expendables posaient le triste constat de leur incapacité à poursuivre dans l’action et celui-ci ne leur permettra pas d’assurer la transition vers une carrière plus traditionnelle, les producteurs salopant tout à ne capitaliser que sur leurs seules stars, l’argument de leur rencontre. A en juger les récents Le Dernier rempart et Du plomb dans la tête, ils s’en sortent visiblement bien mieux lorsqu’ils travaillent chacun de leur côté. Alors ça va faire mal maintenant qu’ils sont devenus les meilleurs amis du monde, mais qu’on les sépare pour de bon !

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2 Réponses à “Critique ciné : Evasion”

  1. yetaland dit :

    bouah que c’est pas bon …

  2. yetaland dit :

    Ce film a l’air pas mal du tout

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