Critique ciné : Snowpiercer – Le Transperceneige

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Il y a dix-huit ans de cela, les êtres humains ont plongé la Terre dans une nouvelle ère glaciaire ayant annihilé toute forme de vie à l’exception d’une poignée de survivants confinés dans un train révolutionnaire, sans cesse en mouvement autour du globe. Faisant parti des pauvres relégués à l’arrière, Curtis est témoin depuis des années de la tyrannie instaurée par les riches de l’avant et des tentatives avortées de révolte. Jusqu’à celle-ci, qui les mène lui et les siens plus loin que leurs prédécesseurs. Mais ils ignorent qu’à mesure qu’ils passent de wagon en wagon, les insurgés se rapprochent en fait d’une terrifiante vérité

«Une grosse machine avec une âme»

A plus d’un titre, Snowpiercer – Le Transperceneige est un projet atypique, ne serait-ce que dû à sa dimension internationale rare. Coproduction américano-franco-coréenne, il s’agit en effet d’une BD française adaptée par un réalisateur sud-coréen s’expatriant pour la première fois, et pour la première fois à la tête d’une distribution où l’on ne compte plus les nationalités représentées… Atypique, donc. Mais plus encore, le long-métrage détonne par la façon dont il manipule toutes ces influences pour accoucher d’une œuvre terminale, tout à la fois déférente et innovante. Une grosse machine avec une âme et sur laquelle souffle une vraie bourrasque de liberté.

Il n’est ainsi pas très fréquent de croiser un casting à ce point hétéroclite. C’est vrai, entre les concessions faites aux besoins commerciaux (Chris Evans, étonnamment intériorisé), les kifs rendus possibles par le voyage en occident du cinéaste (Tilda Swinton allumée, Jamie Bell et John Hurt dans des rôles sur-mesure) et quelques habitués emmenés dans ses valises (Ko Ah-seong et Song Kang-ho qu’il réunit après The Host), on tient là une affiche peu commune. Multiculturel par essence, Snowpiercer va même jusqu’à respecter le fait que tous les personnages ne parlent pas la même langue, prolongeant par le fait ce qui se passait sur le tournage. C’est toutefois la force du cinéma, il n’y a pas forcément besoin de dialogue pour se faire comprendre, et les informations peuvent très bien être transmises par la seule réalisation. Surtout lorsqu’elle est confiée à quelqu’un d’aussi doué que Bong Joon-ho. De petites choses telles la relation fraternelle des deux sbires des nantis – rôles totalement muets au passage – et l’animosité de l’un d’entre eux envers Yona nous sont communiquées par un simple cadrage, ce qui offre indéniablement l’opportunité d’épaissir le récit sans l’alourdir.

Le film jouit par conséquent d’une énorme richesse autant narrative – héritée de son matériau d’origine et de son adaptation – que visuelle, la diversité des wagons et leur conception couplées à mise en scène de Bong Joon-ho permettant de ne jamais être lassé ou de se sentir coincé. Sauf, bien évidemment, lorsque c’est désiré. Franchement inspiré, mettant le moindre centime de son généreux budget à l’écran, le réalisateur est un digne représentant de la nouvelle garde sud-coréenne qui a explosé cette dernière décennie, laquelle a mis un point d’honneur à faire du spectacle sans concession et intelligent. Certaines bastons du film peuvent alors paraître chaotiques, c’est voulu et on peut toujours le regretter, mais le réalisateur prouve en plusieurs occasions qu’il peut faire l’inverse et surtout qu’il a un savoir-faire unique pour faire monter la tension, mettre en place une ambiance. A ce titre, l’avant-combat contre les cagoules constitue un monstrueux moment de cinéma, à vous filer des frissons d’excitation.

Malgré tout, c’est con à dire mais le métrage apparaît un peu comme sur des rails, conduit par un récit linéaire dont on anticipe très vite les grandes lignes. Enfin dans sa première moitié en tout cas, car la suite ménage quand même quelques surprises qui font la différence en approfondissant par exemple une allégorie politique en apparences très manichéenne, parvenant en fin de compte à se montrer édifiante (la salle de classe menée par une Alison Pill survoltée fait froid dans le dos), sans oublier la multiplication progressive de petites sous-intrigues qui donnent de l’épaisseur aux seconds rôles. Un attachement au facteur humain et au discours social démontrant qu’en dépit du déracinement, le réalisateur n’a rien troqué de son identité. On retrouve jusqu’à son humour bien spécifique, une gageure dans un blockbuster de cette envergure visant clairement le marché international – pas forcément coutumier de ces touches d’absurdes faisant irruption dans le sérieux le plus strict – et une preuve supplémentaire de l’unicité du projet.

C’est donc sans peine que le nouveau Bong Joon-ho s’inscrit en tant que représentant précieux du genre post-apocalyptique. Tout comme son The Host, qui ne ressemblait à aucun film de monstres mais en citait pléthore, Snowpiercer – Le Transperceneige fait honneur à ses prédécesseurs et s’approprie leur substance pour accoucher de quelque chose de trop unique dans les salles obscures, un blockbuster où se disputent envie sincère, respect du spectateur, intelligence et sens du spectacle. C’est tout de même dommage qu’il n’y ait quasi que la fin du monde pour réunir l’humanité dans un but commun, que ce soit résister à l’oppresseur ou faire du grand cinéma. N’en déplaise aux détracteurs de la mondialisation (vive eux), celle-ci peut en définitive avoir parfois du (très) bon.

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