Critique ciné : Riddick

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Trahi par les Necromongers, Riddick est déchu de son poste de commandeur et laissé pour mort sur une planète désertique, un véritable enfer semblant vouloir personnellement lui faire la peau. Survivant malgré les incessantes menaces qui l’entourent, il parvient à rejoindre un avant-poste de chasseurs de primes et lance alors un appel à l’aide, signalant par le fait sa présence aux hommes qui le traquent à travers la galaxie. Erreur tactique ou tentative désespérée de survivre ? Non. Juste un coup de fil pour se trouver un taxi

«Riddick demeure le salopard impitoyable qu’on adore»

Indissociables du personnage qu’ils ont mutuellement créé il y a de cela treize ans, le réalisateur David Twohy et Vin Diesel nourrissaient bien naturellement l’envie depuis quelques temps de faire revenir Riddick une troisième fois. Mission loin d’être aisée car si Pitch Black fut un modèle de rentabilité, son ambitieuse suite dark space-opera, Les Chroniques de Riddick, n’avait elle malheureusement pas drainé en masse les spectateurs en salles. Sauvé toutefois par des ventes astronomiques à la vidéo et une fervente communauté de fans, le plus balèze des hors-la-loi galactiques échappe une nouvelle fois au trépas (la première tirade du film est claire sur ce point et sonne comme une profession de foi) et revient, plus fort que jamais, dans une aventure éponyme qui devrait relancer la franchise en fanfare.

Le duo a ainsi retenu les erreurs du passé au point que cela pourrait même passer pour un signe de tempérance, voire un retournement de veste. Car par «erreurs», entendons bien que nous parlons en fait de «prises de risque couillues s’avérant peu lucratives alors», ce qui fait une grosse différence. Ils abandonnent en tout cas l’approche d’une science-fiction épique à la Dune pour revenir à la forme plus épurée du métrage original, jusqu’à en reprendre la même structure en trois actes. Tout juste le premier est-il remplacé par une phase survival sacrément intense (imaginez Bear Grylls lâché avec une jambe en bouillie sur la planète la plus hostile de l’univers) mais on retrouve bien ensuite Riddick qui s’en prend à ses poursuiveurs pour enfin, dans le troisième acte, se joindre à eux afin de lutter contre des gloumouttes pas commodes (magnifique boulot du fidèle Patrick Tatopoulos). La recette est clairement identique, et on parlerait presque en fait d’un remake s’il n’y avait l’intrigue de la saga qui se poursuit, même à échelle réduite. Par-delà l’indéniable valeur iconique, on pourrait également interpréter l’adjonction d’un animal de compagnie à la Mad Max comme un stratagème pour faire du pied à un public plus large, un calcul de producteur, surtout lorsque le nyctalope fait mumuse avec sa bébête. Néanmoins, les quelques doutes que nous pourrions avoir quant à l’attitude badass du projet disparaissent aussi vite qu’on coupe une tête.

Parce que Riddick n’est pas là pour faire mumuse, ou alors avec des chasseurs de primes qu’il terrorise avant de les massacrer en bonne et due forme, au rythme de ses vannes bourrines. Il demeure le salopard impitoyable qu’on adore, une brute retournée à l’état sauvage de manière bien plus convaincante que Wolverine lors de sa dernière excursion ciné et prête à tout pour survivre. L’influence chez Twohy de la fantasy burnée reste alors évidente, il cite le Conan de Milius d’entrée de jeu et nourrit sa réalisation du travail de Frank Frazetta (on croirait la baston finale sur le pic rocheux directement tirée de ses peintures) pour un résultat autant fun que violent, esthétique et sans concession. Malgré un budget étriqué de moins de 40 millions de dollars que l’on ne décèle guère que dans les plans des motos volantes (les seuls foirés de la péloche), le cinéaste assure ainsi grave le show, épaulé qui plus est par une intrigue parfaitement construite et équilibrée, changeant en permanence la nature du spectacle que l’on a sous les yeux sans rien perdre en homogénéité. Voilà le genre de talent immense qui a fait de la saga le succès qu’elle est, et cela quelles que soient les voies qu’elle puisse emprunter.

Le retour marqué par ce Riddick est donc loin d’être seulement une manœuvre commercial, ses géniteurs y croient pour de vrai. Vin Diesel a d’ailleurs été jusqu’à hypothéquer sa maison pour lancer le tournage et ne pas perdre les droits au profit de Universal, c’est dire leur volonté de faire les choses à leur manière. Car il s’agit avant tout de faire plaisir aux spectateurs sans jamais snober les fans et ils y parviennent sans mal parce qu’ils font les choses simplement, avec modestie et efficacité, sans rien perdre de leur mordant ou de leur mauvaise attitude. Epaulé ainsi, c’est sûr, Riddick ne peut définitivement pas mourir.

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