Critique ciné : No Pain No Gain

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Dans le Miami du milieu des années 90, Daniel Lugo est un coach sportif ayant toujours visé l’excellence et le rêve américain. Mais sa musculature sur-développée ne l’ayant pas aidé à quitter son appart’ et sa vie minables, le bodybuilder réunit deux de ses compères pour monter un coup censé être parfait : kidnapper un type riche, lui faire signer des papiers et s’accaparer sa fortune… Forcément, avec un tel plan, ça ne peut que partir en vrille

«La preuve qu’il reste un espoir pour Michael Bay»

Devenu réalisateur attitré des Transformers alors qu’il n’en a rien à foutre des robots et plus encore de la licence made in Hasbro, Michael Bay s’est enfoncé au fil des épisodes dans une parodie de son propre cinéma, déjà bien grandiloquent à la base. Peut-être lui-même lassé par les explosions et la débauche de débilité auxquels il nous soumet régulièrement, il n’avait accepté le troisième volet qu’à la seule condition de pouvoir faire un film de son choix, un petit thriller pour pas cher et inspiré d’un ubuesque fait divers s’étant déroulé dans le Miami des 90′s. C’est à dire ce No Pain No Gain, qu’on pourrait traduire par «il faut souffrir pour obtenir ce que l’on désire». Alors, maintenant que Bay a «souffert», a-t-il eu ce qu’il désirait ?

Que voulait-il d’ailleurs ? Certainement prouver au monde qu’il est un vrai réalisateur et pas juste un maniaque de la pyrotechnie, capable de boucler un projet avec du fond en usant seulement du budget crayons à papier d’un de ses habituels blockbusters. Ceci dit, tourner pour trois kopecks ne doit pas avoir le même sens chez lui que chez les autres puisque son nouvel effort s’avère aussi clinquant que les autres, la cascade de CGI en moins bien sûr. Plus encore que les richesses étalées à l’écran, lesquelles sont au cœur même du sujet du film (le rêve américain et sa quête désespérée), c’est bien dans la profusion de ses marques de fabrique que Bay passe donc la brosse à reluire. Comme à la belle époque des Bad Boys, l’ancien de l’écurie Bruckheimer n’arrête pas de faire passer sa caméra à travers tout et n’importe quoi pour le fun jusqu’à reprendre (pour la troisième fois désormais) son fameux plan-signature du travelling circulaire sur deux pièces, il multiplie les hyper-ralentis, les couleurs sont aussi saturées que les éclairages sont tranchants… Son style excessif et m’as-tu-vu est bien là, pas question de se montrer humble même à l’occasion d’une petite production, mais cela à au moins le mérite d’être efficace dans le thriller et de servir son propos, à savoir lever le voile sur la face obscure de l’Amérique victorieuse.

Après, on peut toujours trouver ironique de voir Bay tenir ce genre de discours, lui qui n’a jamais cessé de montrer le contraire au cours de sa filmographie quitte à en tomber parfois dans le ridicule (rappelez-vous Martin Lawrence simple flic et sa baraque de star dans Bad Boys 2). Non, ce qu’il y a de vraiment intéressant avec No Pain No Gain, ce n’est pas tant qu’il a du sens mais bien qu’il a du cœur, quelque chose d’encore plus rare chez Michael le tonitruant. Certes les rôles féminins sont toujours aussi peu glorieux (la femme ne sert qu’à la gaudriole chez Michael, c’est comme ça) mais on n’avait pas senti en fait chez lui un tel intérêt pour ses personnages depuis The Island, à croire qu’il était vraiment tombé raide dingue des articles de Pete Collins à l’origine du projet. Son traitement s’accompagne même cette fois-ci d’une ambiguïté indispensable afin d’exprimer le bon comme le mauvais chez ses protagonistes, de vrais cons et de dangereux criminels que l’on peut toutefois comprendre. Et pourquoi pas même trouver sympathiques grâce à des interprètes choisis avec soins, crédibles dans toutes les facettes de leurs rôles (Mark Wahlberg trouve là un des meilleurs rôles de sa carrière). Une dualité cristallisée dans la scène-pivot du film, le premier «meurtre», qui nous fait hésiter entre rire, empathie et effroi avec une intensité peu commune dans le cinéma de Bay dès lors que nous ne sommes pas dans l’action.

Comme à chaque fois avec l’auteur de Pearl Harbor il y a donc un peu de foutage de gueule (la simplicité vantée, la charge contre le rêve américain) mais cela n’empêche pas No Pain No Gain de s’imposer malgré tout comme sa tentative la plus sincère – voire la plus personnelle – de faire du cinéma. Dommage que l’ensemble soit un peu trop longuet et épuise ainsi son énergie en cours de route (une habitude chez lui) car même en dépit de cela, nous avons la preuve qu’il reste un espoir pour Michael Bay.

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