Critique ciné : Le Dernier pub avant la fin du monde

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Petite ville de la campagne anglaise, Newton Haven a la particularité de compter pas de moins de douze pubs, douze débits de pintes que Gary King et ses quatre meilleurs amis ont décider de s’enchaîner en une nuit pour célébrer la fin du lycée. Une nuit magique pour Gary, pas forcément autant pour ses potes, bien qu’ils ne soient pas allé au bout de leur marathon. Mais les années 90 sont loin et depuis, l’ancien caïd est devenu un loser ressassant le souvenir de cette beuverie. Il réunit alors bon gré, mal gré la bande et les ramènent sur les lieux de leurs méfaits passés, pour retenter le marathon et boucler la boucle. Déjà pas simple en soi, le défi devient énorme lorsque les gars comprennent que la ville a changé, mais alors vraiment changé

«L’avenir leur appartient, et ça va être génial»

Parti aux Amériques faire en solo un mémorable Scott Pilgrim (sérieux, ce film est une immense tuerie gravement sous-estimée) que l’on aurait aisément pu prendre pour l’apogée de sa période «adulescent-geek», le réalisateur Edgar Wright revient au pays et renoue avec son duo fétiche d’acteurs / co-scénaristes, Simon Pegg et Nick Frost, pour Le Dernier pub avant la fin du monde. Le projet de la maturité, comme nous sommes rapidement amenés à le penser devant l’histoire de ces quadras confrontés à leurs folles années d’adolescence (et une armée robots aliens au passage) ? Foutre non, car la belle et irrévérencieuse énergie de la jeunesse est loin d’avoir abandonné cette dream team anglaise.

La première bobine laisse pourtant une impression curieuse, du genre que c’est parti pour être le film le moins drôle de leur miraculeuse collaboration (comment qualifier autrement Shaun of the Dead et Hot Fuzz ?). Et il y a du vrai là-dedans. Cela tient en fait au ton général plus amer que lors des précédents, car plus centré sur le drame des personnages. On a ainsi la crème des comédiens british, des interprètes solides sachant être réellement drôles (Frost, Paddy Considine, Martin Freeman, Eddie Marsan, excusez du peu), mais placés volontairement dans des rôles ternes, ceux d’adultes rangés à la limite du cliché. Enfin Simon Pegg mis à part bien sûr car, dans un registre qu’on lui connaît moins, l’actuel Scotty de l’Enterprise est le moteur hystérique de l’intrigue, le pote relou qui entraîne les autres dans son délire. Ce qui ne l’empêche pas lui-même, en tant que rôle principal et principal vecteur de comédie, d’être plus source de pathétique que de franche rigolade dans son refus forcené d’abandonner sa jeunesse ! Au temps pour la comédie ! Qu’on se rassure toutefois, Wright sait ce qu’il fait. Et ce qu’il fait, c’est la préparation nécessaire à la folie qui va suivre.

Parce que même s’il nous avait prouvé avec Scott Pilgrim être tout à fait capable de conduire un film à la densité extraterrestre, nous sommes là encore une fois terrassés par la richesse de son projet et l’aisance avec laquelle le cinéaste raconte son histoire sans jamais se perdre et, mieux sans jamais nous égarer nous. Parfaitement construit alors qu’il partait sur une idée pas des plus évidentes à mettre en place puis garder sur la longueur, la route du houblon, le scénario mène de front – attention – un film d’invasion alien paranoïaque aux tenants et aboutissants autant inédits qu’hilarants (voir le climax qui cite Douglas Adams après avoir cultivé les terres de L’invasion des profanateurs), un film de potes allant du plus léger (les blagues potaches, les souvenirs épiques) au plus grave (les rancoeurs, l’alcoolisme) sans jamais rien sacrifier à la caractérisation de ses protagonistes et pour lier le tout, Wright et Pegg livrent une sorte de digest de leur cinéma avec de très nombreux rappel à leurs précédents films. Du twist de Hot Fuzz en version SF à l’omniprésence des pubs, ils inscrivent ainsi leur nouvel effort dans la droite continuité des précédents et bâtissent une trilogie impressionnante à la fois de cohérence et de variété.

Sans une once de nostalgie ou signe de lassitude, le réalisateur du futur Ant-Man et ses comparses gardent donc toute leur vitalité pour la déverser dans Le Dernier pub avant la fin du monde (on y croise des bastons de bar parmi les plus punchy vues au ciné, dopées à la kung-fu comedy) et continuent d’aller de l’avant, irrémédiablement. L’épilogue, en poussant l’histoire beaucoup plus loin que tout ce que l’on pouvait imaginer est parfaitement clair sur ce point : l’avenir leur appartient, et ça va être génial !

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