Critique ciné : Elysium

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Dans le futur, les riches auront abandonné la surface désolée de la planète pour se réfugier dans une station spatiale paradisiaque, Elysium, où ils jouissent d’une technologie dont ne peuvent que rêver ceux restés sur la terre ferme. Ouvrier anonyme et écrasé par le système, Max se retrouve condamné à mourir dans les cinq jours suite à un accident de travail. Il n’a dès lors plus qu’une alternative s’il veut vivre : pénétrer dans l’ultra-sécurisée Elysium et recourir à leurs miraculeuses capsules médicales. Mais ce faisant, il pourrait bien renverser définitivement ce système odieux et inégalitaire

«Blomkamp se plante dans les grandes largeurs»

Repéré par beaucoup suite à un court-métrage de SF malin comme pas deux, Neill Blomkamp attira tout spécialement l’attention d’un certain Peter Jackson qui le prit par la main afin d’accoucher d’une version longue, District 9. Un pur fantasme geek avec une vraie profondeur lui permettant de toucher un public plus large encore, et de quoi faire naître de solides espoirs dans les talents du p’tit gars. Lancé, le sud-africain s’essaye donc avec Elysium à voler de ses propres ailes mais comme ça saute aux yeux en cours de visionnage, au fur et à mesure que s’écroulent nos illusions, il s’est peut-être un peu trop empressé à quitter le nid…

Qu’on se le dise, il y a un vrai choc lorsqu’on passe de son précédent effort à celui-ci, d’autant plus regrettable qu’il se joue dès le niveau de l’écriture. Plus rien à voir avec la finesse de District 9, nous sommes confrontés dans le cas présent à une histoire sacrément basique, au manichéisme à peine brouillé par l’intrigue secondaire d’un coup d’état sur la station spatiale pour nantis. Tentative bien vaine de complexifier le discours politique du film puisque l’on n’en ressent jamais les répercussions, ce qui n’aide pas au passage à étoffer le rôle d’une Jodie Foster ici en touriste. Le nouveau Blomkamp aurait en fait nécessité un traitement plus proche de la fable pour justifier sa simplicité, creuser davantage du côté de l’aspect mythologique et iconique. Et il y avait largement de quoi avec l’histoire de cet homme du peuple qui endosse un exosquelette / armure pour aller renverser la suprématie des riches / divinités. Dans l’idée, on aurait ainsi pu avoir un God of War futuriste, une adaptation à peine déguisée du manga Gunnm, et tout cela faisait sérieusement envie.

Or, en plus donc de très grosses lourdeurs dans l’écriture (ajoutons-y les rôles de Alice Braga et sa fille, le petit jeune sympa servant de chair à canon, le méchant qui aurait pu être charismatique s’il ne devenait exaspérant à en faire des tonnes… triste galerie de personnages), la narration s’avère de manière générale cahoteuse par la faute d’un héros agissant sans conviction si ce n’est son petit nombril, finissant même par se ranger du côté du «bien» pour les seules raisons qu’il ne peut plus rien faire d’autre… et que la culpabilité le titille… Pour un film se prévalant à ce point d’une conscience humaniste (après tout c’est le credo de Blomkamp), ça la fout mal. Le plus aberrant toutefois, c’est la non-utilisation totale du postulat de départ incarnée par cet exosquelette plus encombrant qu’autre chose, ne délivrant aucun sentiment de puissance. Un comble pour ce genre d’élément scénaristique et un incroyable gâchis, à mettre en parallèle avec le faible nombre de séquences d’action que contient le film et leur manque d’ambition. Cruelle ironie lorsqu’on le compare à la claque de son bien moins argenté prédécesseur. Prétendre que le cinéaste s’y prend comme un manche serait malhonnête mais on ne peut qu’y reconnaître le symptôme de ses choix hasardeux, désireux de poursuivre dans la veine docu-réaliste de District 9 (jusque dans une direction artistique jumelle) alors qu’à l’évidence, ce n’est clairement pas ce qu’il fallait ici.

Sans l’appui du néo-zélandais barbu pour le canaliser, Neill Blomkamp se plante donc dans les grandes largeurs avec cet Elysium. Technicien hors-pair dont on ne peut mettre en doute les qualités (son film a de la gueule, c’est clair, et il s’épanouit comme un poisson dans l’eau dans la SF d’anticipation), il gagnerait également à travailler ses qualités de narrateur car son nouveau film manque franchement d’une vision, d’une direction adéquate. Attendons de voir s’il aura retenu la leçon.

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