Critique ciné : Lone Ranger – naissance d’un héros

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Jeune avocat idéaliste, John Reid retourne après ses études dans sa ville natale pour y retrouver son frère et sa belle-soeur, dont il a toujours été amoureux sans pouvoir lui avouer. Mais quand les deux hommes partent un jour sur la piste d’un dangereux bandit, ils tombent dans un piège fatal dont ils ne réchappent pas. Laissé pour mort, John est alors sauvé par un indien marginal, Tonto, qui lui offre l’opportunité d’une nouvelle vie : celle d’un justicier agissant par-delà les systèmes corrompus. La loi est de retour dans l’Ouest

«Cet opus devrait malheureusement rester solitaire»

Lone Ranger – naissance d’un héros, c’est la résurrection d’une licence peu connue par chez nous et carrément tombée en désuétude par chez elle, qui plus est mise en chantier sous l’égide d’un Disney toujours en quête d’un remplaçant pour sa saga Pirates des Caraïbes. En théorie donc, pas de quoi nous rassurer face à cette production estivale de plus mais voilà, Gore Verbinski derrière la caméra et Johnny Depp devant ont désormais atteint une telle stature auprès du studio qu’ils peuvent se permettre tout ce qu’ils veulent. Et surtout pas ce que l’on attendait d’eux. En tout cas pour l’instant, parce que ça pourrait bien changer sous peu…

Il l’avait ainsi prouvé avec son Rango animé, le réalisateur aime sincèrement le western et son style visuel s’y épanouit fort bien, surtout lorsque cela lui permet de jouer avec ses marottes (le désert tout spécialement, qui apparaît dans chacun de ses derniers efforts). Fidèle à lui-même, son approche du genre convoque toujours autant le cinéma de Leone et Ford, les canons de la catégorie, tout en continuant de se teinter de touches de mysticisme et fantastique qu’il affectionne, quelques trucs bien perchés qu’on croirait piochés chez un Jodowrosky. Un décalage faisant que le film ne se force pas pour obéir aux standards du blockbuster, ce qui explique au passage pourquoi il ne présente en définitive que peu de scènes d’action : nous sommes vraiment plus dans une logique de western que de film pop-corn, il faut en être conscient. En contrepartie ces séquences – très tournées vers le chemin de fer – sont de vrais moments de bravoure creusant davantage du côté du Steven Spielberg période Indiana Jones que des critères actuels en terme de mise en scène, surtout vis-à-vis de l’utilisation optimale et grandiloquente du décor. On sent bien que Verbinski est un ancien de l’école Dreamworks.

Metteur en scène on ne peut plus capable, il dépoussière en plus intelligemment un mythe un peu ampoulé, à l’image de l’excellente ré-introduction en cours de péloche du thème original (l’Ouverture de Guillaume Tell). La narration choisie, en flashbacks et très proche de celle de Little Big Man, permet en effet de justifier et rendre possibles (par la question du point-de-vue) les plongées dans le bizarre du script, tous ces moments absurdes ou totalement autres, qu’ils découlent des caractéristiques des héros traditionnels (le cheval bondissant du Ranger devenu ici un running gag) ou des délires de ses nouveaux auteurs. Ils peuvent en outre se moquer gentiment des aspects les plus kitsch du Ranger – et il y en a – car de l’autre côté ils redéfinissent les contours de ce justicier, ils les approfondissent pour en faire davantage un héros de l’ombre, un Dark Knight toutes proportions gardées. Même interprété alors par le gendre idéal Armie Hammer, le ranger solitaire ne s’inscrit pas franchement dans la tradition disneyenne ou tout du moins son pendant le plus transversal.

Mais surtout, le film surprend par sa propension à attaquer les valeurs qu’on imaginerait Disney plutôt éviter, ne serait-ce que pour s’épargner de froisser la moitié des Etats-Unis (d’où certainement les résultats décevants au box-office US). Le ton de la péloche est ainsi résolument mature avec une violence parfois aussi surprenante que vicieuse mais le western représente plus encore l’occasion d’une piqûre de rappel, en attaquant de front l’histoire américaine sur le sujet du massacre du peuple amérindien (la situation de Tonto en 1933 en dit long quant à l’opinion des auteurs sur la question). Sans compter qu’ils déboulonnent à tout-va les grandes institutions de nos sociétés modernes comme l’armée, les grandes entreprises, la religion, la politique… tout ce qui, de près ou de loin, a pu être perverti (ou plus encore que ça ne l’était pour être exact) par «l’argent».

Le rôle et l’interprétation de Johnny Depp, dans la droite lignée de son Jack Sparrow, sembleraient alors être les seules concessions faîte à un Disney en manque d’une nouvelle franchise, surtout après le soufflet pris par John Carter l’année dernière. Mais tout comme avec le film de Andrew Stanton, les qualités de Lone Ranger – naissance d’un héros ne l’aideront pas forcément à trouver son public puisqu’elles vont justement à l’encontre du concept de spectacle de masse, fait de recettes tiédasses (bien que, reconnaissons-le, les rebondissements sont ici un peu convenus). Dommage, le succès n’en aurait été que plus mérité, mais cet opus devrait en définitive rester solitaire…

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