Archive pour septembre, 2013

Critique ciné : Riddick

24 septembre, 2013

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Trahi par les Necromongers, Riddick est déchu de son poste de commandeur et laissé pour mort sur une planète désertique, un véritable enfer semblant vouloir personnellement lui faire la peau. Survivant malgré les incessantes menaces qui l’entourent, il parvient à rejoindre un avant-poste de chasseurs de primes et lance alors un appel à l’aide, signalant par le fait sa présence aux hommes qui le traquent à travers la galaxie. Erreur tactique ou tentative désespérée de survivre ? Non. Juste un coup de fil pour se trouver un taxi

«Riddick demeure le salopard impitoyable qu’on adore»

Indissociables du personnage qu’ils ont mutuellement créé il y a de cela treize ans, le réalisateur David Twohy et Vin Diesel nourrissaient bien naturellement l’envie depuis quelques temps de faire revenir Riddick une troisième fois. Mission loin d’être aisée car si Pitch Black fut un modèle de rentabilité, son ambitieuse suite dark space-opera, Les Chroniques de Riddick, n’avait elle malheureusement pas drainé en masse les spectateurs en salles. Sauvé toutefois par des ventes astronomiques à la vidéo et une fervente communauté de fans, le plus balèze des hors-la-loi galactiques échappe une nouvelle fois au trépas (la première tirade du film est claire sur ce point et sonne comme une profession de foi) et revient, plus fort que jamais, dans une aventure éponyme qui devrait relancer la franchise en fanfare.

Le duo a ainsi retenu les erreurs du passé au point que cela pourrait même passer pour un signe de tempérance, voire un retournement de veste. Car par «erreurs», entendons bien que nous parlons en fait de «prises de risque couillues s’avérant peu lucratives alors», ce qui fait une grosse différence. Ils abandonnent en tout cas l’approche d’une science-fiction épique à la Dune pour revenir à la forme plus épurée du métrage original, jusqu’à en reprendre la même structure en trois actes. Tout juste le premier est-il remplacé par une phase survival sacrément intense (imaginez Bear Grylls lâché avec une jambe en bouillie sur la planète la plus hostile de l’univers) mais on retrouve bien ensuite Riddick qui s’en prend à ses poursuiveurs pour enfin, dans le troisième acte, se joindre à eux afin de lutter contre des gloumouttes pas commodes (magnifique boulot du fidèle Patrick Tatopoulos). La recette est clairement identique, et on parlerait presque en fait d’un remake s’il n’y avait l’intrigue de la saga qui se poursuit, même à échelle réduite. Par-delà l’indéniable valeur iconique, on pourrait également interpréter l’adjonction d’un animal de compagnie à la Mad Max comme un stratagème pour faire du pied à un public plus large, un calcul de producteur, surtout lorsque le nyctalope fait mumuse avec sa bébête. Néanmoins, les quelques doutes que nous pourrions avoir quant à l’attitude badass du projet disparaissent aussi vite qu’on coupe une tête.

Parce que Riddick n’est pas là pour faire mumuse, ou alors avec des chasseurs de primes qu’il terrorise avant de les massacrer en bonne et due forme, au rythme de ses vannes bourrines. Il demeure le salopard impitoyable qu’on adore, une brute retournée à l’état sauvage de manière bien plus convaincante que Wolverine lors de sa dernière excursion ciné et prête à tout pour survivre. L’influence chez Twohy de la fantasy burnée reste alors évidente, il cite le Conan de Milius d’entrée de jeu et nourrit sa réalisation du travail de Frank Frazetta (on croirait la baston finale sur le pic rocheux directement tirée de ses peintures) pour un résultat autant fun que violent, esthétique et sans concession. Malgré un budget étriqué de moins de 40 millions de dollars que l’on ne décèle guère que dans les plans des motos volantes (les seuls foirés de la péloche), le cinéaste assure ainsi grave le show, épaulé qui plus est par une intrigue parfaitement construite et équilibrée, changeant en permanence la nature du spectacle que l’on a sous les yeux sans rien perdre en homogénéité. Voilà le genre de talent immense qui a fait de la saga le succès qu’elle est, et cela quelles que soient les voies qu’elle puisse emprunter.

Le retour marqué par ce Riddick est donc loin d’être seulement une manœuvre commercial, ses géniteurs y croient pour de vrai. Vin Diesel a d’ailleurs été jusqu’à hypothéquer sa maison pour lancer le tournage et ne pas perdre les droits au profit de Universal, c’est dire leur volonté de faire les choses à leur manière. Car il s’agit avant tout de faire plaisir aux spectateurs sans jamais snober les fans et ils y parviennent sans mal parce qu’ils font les choses simplement, avec modestie et efficacité, sans rien perdre de leur mordant ou de leur mauvaise attitude. Epaulé ainsi, c’est sûr, Riddick ne peut définitivement pas mourir.

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Critique ciné : No Pain No Gain

15 septembre, 2013

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Dans le Miami du milieu des années 90, Daniel Lugo est un coach sportif ayant toujours visé l’excellence et le rêve américain. Mais sa musculature sur-développée ne l’ayant pas aidé à quitter son appart’ et sa vie minables, le bodybuilder réunit deux de ses compères pour monter un coup censé être parfait : kidnapper un type riche, lui faire signer des papiers et s’accaparer sa fortune… Forcément, avec un tel plan, ça ne peut que partir en vrille

«La preuve qu’il reste un espoir pour Michael Bay»

Devenu réalisateur attitré des Transformers alors qu’il n’en a rien à foutre des robots et plus encore de la licence made in Hasbro, Michael Bay s’est enfoncé au fil des épisodes dans une parodie de son propre cinéma, déjà bien grandiloquent à la base. Peut-être lui-même lassé par les explosions et la débauche de débilité auxquels il nous soumet régulièrement, il n’avait accepté le troisième volet qu’à la seule condition de pouvoir faire un film de son choix, un petit thriller pour pas cher et inspiré d’un ubuesque fait divers s’étant déroulé dans le Miami des 90′s. C’est à dire ce No Pain No Gain, qu’on pourrait traduire par «il faut souffrir pour obtenir ce que l’on désire». Alors, maintenant que Bay a «souffert», a-t-il eu ce qu’il désirait ?

Que voulait-il d’ailleurs ? Certainement prouver au monde qu’il est un vrai réalisateur et pas juste un maniaque de la pyrotechnie, capable de boucler un projet avec du fond en usant seulement du budget crayons à papier d’un de ses habituels blockbusters. Ceci dit, tourner pour trois kopecks ne doit pas avoir le même sens chez lui que chez les autres puisque son nouvel effort s’avère aussi clinquant que les autres, la cascade de CGI en moins bien sûr. Plus encore que les richesses étalées à l’écran, lesquelles sont au cœur même du sujet du film (le rêve américain et sa quête désespérée), c’est bien dans la profusion de ses marques de fabrique que Bay passe donc la brosse à reluire. Comme à la belle époque des Bad Boys, l’ancien de l’écurie Bruckheimer n’arrête pas de faire passer sa caméra à travers tout et n’importe quoi pour le fun jusqu’à reprendre (pour la troisième fois désormais) son fameux plan-signature du travelling circulaire sur deux pièces, il multiplie les hyper-ralentis, les couleurs sont aussi saturées que les éclairages sont tranchants… Son style excessif et m’as-tu-vu est bien là, pas question de se montrer humble même à l’occasion d’une petite production, mais cela à au moins le mérite d’être efficace dans le thriller et de servir son propos, à savoir lever le voile sur la face obscure de l’Amérique victorieuse.

Après, on peut toujours trouver ironique de voir Bay tenir ce genre de discours, lui qui n’a jamais cessé de montrer le contraire au cours de sa filmographie quitte à en tomber parfois dans le ridicule (rappelez-vous Martin Lawrence simple flic et sa baraque de star dans Bad Boys 2). Non, ce qu’il y a de vraiment intéressant avec No Pain No Gain, ce n’est pas tant qu’il a du sens mais bien qu’il a du cœur, quelque chose d’encore plus rare chez Michael le tonitruant. Certes les rôles féminins sont toujours aussi peu glorieux (la femme ne sert qu’à la gaudriole chez Michael, c’est comme ça) mais on n’avait pas senti en fait chez lui un tel intérêt pour ses personnages depuis The Island, à croire qu’il était vraiment tombé raide dingue des articles de Pete Collins à l’origine du projet. Son traitement s’accompagne même cette fois-ci d’une ambiguïté indispensable afin d’exprimer le bon comme le mauvais chez ses protagonistes, de vrais cons et de dangereux criminels que l’on peut toutefois comprendre. Et pourquoi pas même trouver sympathiques grâce à des interprètes choisis avec soins, crédibles dans toutes les facettes de leurs rôles (Mark Wahlberg trouve là un des meilleurs rôles de sa carrière). Une dualité cristallisée dans la scène-pivot du film, le premier «meurtre», qui nous fait hésiter entre rire, empathie et effroi avec une intensité peu commune dans le cinéma de Bay dès lors que nous ne sommes pas dans l’action.

Comme à chaque fois avec l’auteur de Pearl Harbor il y a donc un peu de foutage de gueule (la simplicité vantée, la charge contre le rêve américain) mais cela n’empêche pas No Pain No Gain de s’imposer malgré tout comme sa tentative la plus sincère – voire la plus personnelle – de faire du cinéma. Dommage que l’ensemble soit un peu trop longuet et épuise ainsi son énergie en cours de route (une habitude chez lui) car même en dépit de cela, nous avons la preuve qu’il reste un espoir pour Michael Bay.

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Critique ciné : Le Dernier pub avant la fin du monde

13 septembre, 2013

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Petite ville de la campagne anglaise, Newton Haven a la particularité de compter pas de moins de douze pubs, douze débits de pintes que Gary King et ses quatre meilleurs amis ont décider de s’enchaîner en une nuit pour célébrer la fin du lycée. Une nuit magique pour Gary, pas forcément autant pour ses potes, bien qu’ils ne soient pas allé au bout de leur marathon. Mais les années 90 sont loin et depuis, l’ancien caïd est devenu un loser ressassant le souvenir de cette beuverie. Il réunit alors bon gré, mal gré la bande et les ramènent sur les lieux de leurs méfaits passés, pour retenter le marathon et boucler la boucle. Déjà pas simple en soi, le défi devient énorme lorsque les gars comprennent que la ville a changé, mais alors vraiment changé

«L’avenir leur appartient, et ça va être génial»

Parti aux Amériques faire en solo un mémorable Scott Pilgrim (sérieux, ce film est une immense tuerie gravement sous-estimée) que l’on aurait aisément pu prendre pour l’apogée de sa période «adulescent-geek», le réalisateur Edgar Wright revient au pays et renoue avec son duo fétiche d’acteurs / co-scénaristes, Simon Pegg et Nick Frost, pour Le Dernier pub avant la fin du monde. Le projet de la maturité, comme nous sommes rapidement amenés à le penser devant l’histoire de ces quadras confrontés à leurs folles années d’adolescence (et une armée robots aliens au passage) ? Foutre non, car la belle et irrévérencieuse énergie de la jeunesse est loin d’avoir abandonné cette dream team anglaise.

La première bobine laisse pourtant une impression curieuse, du genre que c’est parti pour être le film le moins drôle de leur miraculeuse collaboration (comment qualifier autrement Shaun of the Dead et Hot Fuzz ?). Et il y a du vrai là-dedans. Cela tient en fait au ton général plus amer que lors des précédents, car plus centré sur le drame des personnages. On a ainsi la crème des comédiens british, des interprètes solides sachant être réellement drôles (Frost, Paddy Considine, Martin Freeman, Eddie Marsan, excusez du peu), mais placés volontairement dans des rôles ternes, ceux d’adultes rangés à la limite du cliché. Enfin Simon Pegg mis à part bien sûr car, dans un registre qu’on lui connaît moins, l’actuel Scotty de l’Enterprise est le moteur hystérique de l’intrigue, le pote relou qui entraîne les autres dans son délire. Ce qui ne l’empêche pas lui-même, en tant que rôle principal et principal vecteur de comédie, d’être plus source de pathétique que de franche rigolade dans son refus forcené d’abandonner sa jeunesse ! Au temps pour la comédie ! Qu’on se rassure toutefois, Wright sait ce qu’il fait. Et ce qu’il fait, c’est la préparation nécessaire à la folie qui va suivre.

Parce que même s’il nous avait prouvé avec Scott Pilgrim être tout à fait capable de conduire un film à la densité extraterrestre, nous sommes là encore une fois terrassés par la richesse de son projet et l’aisance avec laquelle le cinéaste raconte son histoire sans jamais se perdre et, mieux sans jamais nous égarer nous. Parfaitement construit alors qu’il partait sur une idée pas des plus évidentes à mettre en place puis garder sur la longueur, la route du houblon, le scénario mène de front – attention – un film d’invasion alien paranoïaque aux tenants et aboutissants autant inédits qu’hilarants (voir le climax qui cite Douglas Adams après avoir cultivé les terres de L’invasion des profanateurs), un film de potes allant du plus léger (les blagues potaches, les souvenirs épiques) au plus grave (les rancoeurs, l’alcoolisme) sans jamais rien sacrifier à la caractérisation de ses protagonistes et pour lier le tout, Wright et Pegg livrent une sorte de digest de leur cinéma avec de très nombreux rappel à leurs précédents films. Du twist de Hot Fuzz en version SF à l’omniprésence des pubs, ils inscrivent ainsi leur nouvel effort dans la droite continuité des précédents et bâtissent une trilogie impressionnante à la fois de cohérence et de variété.

Sans une once de nostalgie ou signe de lassitude, le réalisateur du futur Ant-Man et ses comparses gardent donc toute leur vitalité pour la déverser dans Le Dernier pub avant la fin du monde (on y croise des bastons de bar parmi les plus punchy vues au ciné, dopées à la kung-fu comedy) et continuent d’aller de l’avant, irrémédiablement. L’épilogue, en poussant l’histoire beaucoup plus loin que tout ce que l’on pouvait imaginer est parfaitement clair sur ce point : l’avenir leur appartient, et ça va être génial !

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Critique ciné : Kick-Ass 2

12 septembre, 2013

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Cela fait plusieurs mois depuis que Kick-Ass et Hit-Girl ont nettoyé la ville de son plus dangereux mafieux, mais les deux super-héros ne se reposent pas pour autant et continuent l’entraînement ainsi que les patrouilles. Leurs chemins vont pourtant se séparer, Dave rejoignant un groupe de supers amateurs tandis que Mindy, harcelée par son père adoptif, doit mettre son costume au placard et affronter la «vraie»vie du lycée. Mais dans l’ombre, Red Mist n’a pas dit son dernier mot et recrute des troupes pour semer le chaos

«Timide dans la surenchère ou alors juste dans l’humour»

Davantage qu’une bonne petite claque bien vicieuse et fun, Kick-Ass premier du nom s’imposait comme une excellente adaptation de comic-book doublée d’une intelligente exploration du genre par le très doué en la matière Matthew Vaughn (X-Men le commencement). Pour le deuxième arc sur papier, l’auteur Mark Millar et le dessinateur John Romita Jr avaient alors tenté de recréer un choc similaire en poussant le bouchon toujours plus loin dans la violence et le trash, prolongeant de manière logique l’odyssée de ces vigilantes en culottes courtes. Un luxe de liberté que ne peut malheureusement pas se permettre Kick-Ass 2 dans les salles, trop timoré et préférant la comédie à l’électrochoc gore, d’autant que Vaughn cède la place à un Jeff Wadlow (Cry_Wolf, Never Back Down) à la carrure moindre. Forcément, du point de vue du spectateur, le bottage de cul n’a dès lors plus rien à voir.

Le comic-book contenait ainsi une violence graphique franchement extrême, couplée à quelques idées hardcore carrément barrées qui, nous nous en doutions, n’auraient jamais pu se retrouver telles quelles dans l’adaptation ciné. Ceci étant dit, et bien que le film fait encore montre de quelques moments bien déglingos (le «sick stick» sur les pom-pom girls), il s’aventure clairement moins loin que son pendant papier dans l’outrancier, le glauque, le malsain. Ce qui n’est franchement pas pour aider le rôle du méchant, Motherfucker aka Red Mist (Christopher Mintz-Plasse, toujours aussi cool), puisque sa transformation vers une figure totalement maléfique, un vrai méchant de bande-dessinée, est ternie par l’accent mis sur la gaudriole. Rien de tel en effet pour le décrédibiliser, lui ainsi que la menace qu’il représente. Le choc final entre les factions de «supers» ne peut plus alors prétendre à la même résonance, tout comme le métrage dans son entièreté qui en devient un peu trop léger. Surtout que Wadlow ne vaut pas Vaughn pour mettre en place de mémorables scènes d’action : il n’y a qu’à voir la plus notable, celle de la camionnette, bien chorégraphiée et shootée mais à laquelle il manque toutefois ce petit style en plus faisant toute la différence.

Le scénario lui-même s’avère assez faiblard une fois privé de ses excès, le sujet de la création des équipes n’y soulevant pas plus de questions que ça et les personnages principaux tournant toujours autour de considérations similaires à celles du précédent opus. Pour ne rien arranger, le discours déjà tendancieux du film (difficile de faire autrement avec un vigilante movie) se radicalise encore un peu plus à droite, à l’image de ce qu’on avait constaté dans le hors-série papier centré sur Hit-Girl. Néanmoins, pour peu qu’on arrive à passer outre les lacunes du script de Wadlow, Kick-Ass 2 se suit sans problème grâce à son ton décomplexé, son rythme bannissant tout temps mort et sa galerie de seconds rôles ressemblant à un carré VIP, au sommet desquels trônent Jim Carrey et John Leguizamo. On ne s’y attendait pas mais ils peuvent même se révéler touchants en certaines occasions, parce que le réalisateur / scénariste a une véritable affection pour ces personnages qu’une caractérisation en apparences peu consistante et une présence peu suffisante auraient pu rendre transparents. Là, même l’intrigue très teen-movie de Hit-Girl à l’école passe sans encombre alors qu’on n’y trouve absolument rien d’extraordinaire (si ce n’est le coup du sick stick, bien sûr).

Suite certes pas franchement honteuse, le film de Jeff Wadlow ne pourra donc toutefois jamais faire d’ombre à l’original tant il se montre timide dans la surenchère, ou même simplement dans l’élaboration d’une personnalité qui lui soit propre si ce n’est en tapant à fond dans l’humour. Kick-Ass 2 se regarde avec un plaisir régressif non-feint sans pouvoir toutefois laisser un souvenir impérissable, les rires gras n’ayant pas le même impact que les enjeux développés chez son prédécesseur.

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Critique ciné : Elysium

11 septembre, 2013

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Dans le futur, les riches auront abandonné la surface désolée de la planète pour se réfugier dans une station spatiale paradisiaque, Elysium, où ils jouissent d’une technologie dont ne peuvent que rêver ceux restés sur la terre ferme. Ouvrier anonyme et écrasé par le système, Max se retrouve condamné à mourir dans les cinq jours suite à un accident de travail. Il n’a dès lors plus qu’une alternative s’il veut vivre : pénétrer dans l’ultra-sécurisée Elysium et recourir à leurs miraculeuses capsules médicales. Mais ce faisant, il pourrait bien renverser définitivement ce système odieux et inégalitaire

«Blomkamp se plante dans les grandes largeurs»

Repéré par beaucoup suite à un court-métrage de SF malin comme pas deux, Neill Blomkamp attira tout spécialement l’attention d’un certain Peter Jackson qui le prit par la main afin d’accoucher d’une version longue, District 9. Un pur fantasme geek avec une vraie profondeur lui permettant de toucher un public plus large encore, et de quoi faire naître de solides espoirs dans les talents du p’tit gars. Lancé, le sud-africain s’essaye donc avec Elysium à voler de ses propres ailes mais comme ça saute aux yeux en cours de visionnage, au fur et à mesure que s’écroulent nos illusions, il s’est peut-être un peu trop empressé à quitter le nid…

Qu’on se le dise, il y a un vrai choc lorsqu’on passe de son précédent effort à celui-ci, d’autant plus regrettable qu’il se joue dès le niveau de l’écriture. Plus rien à voir avec la finesse de District 9, nous sommes confrontés dans le cas présent à une histoire sacrément basique, au manichéisme à peine brouillé par l’intrigue secondaire d’un coup d’état sur la station spatiale pour nantis. Tentative bien vaine de complexifier le discours politique du film puisque l’on n’en ressent jamais les répercussions, ce qui n’aide pas au passage à étoffer le rôle d’une Jodie Foster ici en touriste. Le nouveau Blomkamp aurait en fait nécessité un traitement plus proche de la fable pour justifier sa simplicité, creuser davantage du côté de l’aspect mythologique et iconique. Et il y avait largement de quoi avec l’histoire de cet homme du peuple qui endosse un exosquelette / armure pour aller renverser la suprématie des riches / divinités. Dans l’idée, on aurait ainsi pu avoir un God of War futuriste, une adaptation à peine déguisée du manga Gunnm, et tout cela faisait sérieusement envie.

Or, en plus donc de très grosses lourdeurs dans l’écriture (ajoutons-y les rôles de Alice Braga et sa fille, le petit jeune sympa servant de chair à canon, le méchant qui aurait pu être charismatique s’il ne devenait exaspérant à en faire des tonnes… triste galerie de personnages), la narration s’avère de manière générale cahoteuse par la faute d’un héros agissant sans conviction si ce n’est son petit nombril, finissant même par se ranger du côté du «bien» pour les seules raisons qu’il ne peut plus rien faire d’autre… et que la culpabilité le titille… Pour un film se prévalant à ce point d’une conscience humaniste (après tout c’est le credo de Blomkamp), ça la fout mal. Le plus aberrant toutefois, c’est la non-utilisation totale du postulat de départ incarnée par cet exosquelette plus encombrant qu’autre chose, ne délivrant aucun sentiment de puissance. Un comble pour ce genre d’élément scénaristique et un incroyable gâchis, à mettre en parallèle avec le faible nombre de séquences d’action que contient le film et leur manque d’ambition. Cruelle ironie lorsqu’on le compare à la claque de son bien moins argenté prédécesseur. Prétendre que le cinéaste s’y prend comme un manche serait malhonnête mais on ne peut qu’y reconnaître le symptôme de ses choix hasardeux, désireux de poursuivre dans la veine docu-réaliste de District 9 (jusque dans une direction artistique jumelle) alors qu’à l’évidence, ce n’est clairement pas ce qu’il fallait ici.

Sans l’appui du néo-zélandais barbu pour le canaliser, Neill Blomkamp se plante donc dans les grandes largeurs avec cet Elysium. Technicien hors-pair dont on ne peut mettre en doute les qualités (son film a de la gueule, c’est clair, et il s’épanouit comme un poisson dans l’eau dans la SF d’anticipation), il gagnerait également à travailler ses qualités de narrateur car son nouveau film manque franchement d’une vision, d’une direction adéquate. Attendons de voir s’il aura retenu la leçon.

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Critique ciné : Lone Ranger – naissance d’un héros

9 septembre, 2013

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Jeune avocat idéaliste, John Reid retourne après ses études dans sa ville natale pour y retrouver son frère et sa belle-soeur, dont il a toujours été amoureux sans pouvoir lui avouer. Mais quand les deux hommes partent un jour sur la piste d’un dangereux bandit, ils tombent dans un piège fatal dont ils ne réchappent pas. Laissé pour mort, John est alors sauvé par un indien marginal, Tonto, qui lui offre l’opportunité d’une nouvelle vie : celle d’un justicier agissant par-delà les systèmes corrompus. La loi est de retour dans l’Ouest

«Cet opus devrait malheureusement rester solitaire»

Lone Ranger – naissance d’un héros, c’est la résurrection d’une licence peu connue par chez nous et carrément tombée en désuétude par chez elle, qui plus est mise en chantier sous l’égide d’un Disney toujours en quête d’un remplaçant pour sa saga Pirates des Caraïbes. En théorie donc, pas de quoi nous rassurer face à cette production estivale de plus mais voilà, Gore Verbinski derrière la caméra et Johnny Depp devant ont désormais atteint une telle stature auprès du studio qu’ils peuvent se permettre tout ce qu’ils veulent. Et surtout pas ce que l’on attendait d’eux. En tout cas pour l’instant, parce que ça pourrait bien changer sous peu…

Il l’avait ainsi prouvé avec son Rango animé, le réalisateur aime sincèrement le western et son style visuel s’y épanouit fort bien, surtout lorsque cela lui permet de jouer avec ses marottes (le désert tout spécialement, qui apparaît dans chacun de ses derniers efforts). Fidèle à lui-même, son approche du genre convoque toujours autant le cinéma de Leone et Ford, les canons de la catégorie, tout en continuant de se teinter de touches de mysticisme et fantastique qu’il affectionne, quelques trucs bien perchés qu’on croirait piochés chez un Jodowrosky. Un décalage faisant que le film ne se force pas pour obéir aux standards du blockbuster, ce qui explique au passage pourquoi il ne présente en définitive que peu de scènes d’action : nous sommes vraiment plus dans une logique de western que de film pop-corn, il faut en être conscient. En contrepartie ces séquences – très tournées vers le chemin de fer – sont de vrais moments de bravoure creusant davantage du côté du Steven Spielberg période Indiana Jones que des critères actuels en terme de mise en scène, surtout vis-à-vis de l’utilisation optimale et grandiloquente du décor. On sent bien que Verbinski est un ancien de l’école Dreamworks.

Metteur en scène on ne peut plus capable, il dépoussière en plus intelligemment un mythe un peu ampoulé, à l’image de l’excellente ré-introduction en cours de péloche du thème original (l’Ouverture de Guillaume Tell). La narration choisie, en flashbacks et très proche de celle de Little Big Man, permet en effet de justifier et rendre possibles (par la question du point-de-vue) les plongées dans le bizarre du script, tous ces moments absurdes ou totalement autres, qu’ils découlent des caractéristiques des héros traditionnels (le cheval bondissant du Ranger devenu ici un running gag) ou des délires de ses nouveaux auteurs. Ils peuvent en outre se moquer gentiment des aspects les plus kitsch du Ranger – et il y en a – car de l’autre côté ils redéfinissent les contours de ce justicier, ils les approfondissent pour en faire davantage un héros de l’ombre, un Dark Knight toutes proportions gardées. Même interprété alors par le gendre idéal Armie Hammer, le ranger solitaire ne s’inscrit pas franchement dans la tradition disneyenne ou tout du moins son pendant le plus transversal.

Mais surtout, le film surprend par sa propension à attaquer les valeurs qu’on imaginerait Disney plutôt éviter, ne serait-ce que pour s’épargner de froisser la moitié des Etats-Unis (d’où certainement les résultats décevants au box-office US). Le ton de la péloche est ainsi résolument mature avec une violence parfois aussi surprenante que vicieuse mais le western représente plus encore l’occasion d’une piqûre de rappel, en attaquant de front l’histoire américaine sur le sujet du massacre du peuple amérindien (la situation de Tonto en 1933 en dit long quant à l’opinion des auteurs sur la question). Sans compter qu’ils déboulonnent à tout-va les grandes institutions de nos sociétés modernes comme l’armée, les grandes entreprises, la religion, la politique… tout ce qui, de près ou de loin, a pu être perverti (ou plus encore que ça ne l’était pour être exact) par «l’argent».

Le rôle et l’interprétation de Johnny Depp, dans la droite lignée de son Jack Sparrow, sembleraient alors être les seules concessions faîte à un Disney en manque d’une nouvelle franchise, surtout après le soufflet pris par John Carter l’année dernière. Mais tout comme avec le film de Andrew Stanton, les qualités de Lone Ranger – naissance d’un héros ne l’aideront pas forcément à trouver son public puisqu’elles vont justement à l’encontre du concept de spectacle de masse, fait de recettes tiédasses (bien que, reconnaissons-le, les rebondissements sont ici un peu convenus). Dommage, le succès n’en aurait été que plus mérité, mais cet opus devrait en définitive rester solitaire…

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Critique ciné : Insaisissables

5 septembre, 2013

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Chacun spécialiste dans son domaine, quatre magiciens se réunissent un jour pour mettre sur pied un spectacle comme on n’en a jamais vu. Mais s’ils attirent à ce point l’attention du public et surtout celle de la police, c’est que tous leurs shows finissent par un cambriolage de haute volée et pour lequel ils ne peuvent être inquiétés. En tout cas jusqu’à ce que le FBI et Interpol joignent leurs forces pour dévoiler la combine

«Toujours mieux qu’un Ocean’s Eleven…»

Le caper movie (ou film de cambriolage) est le genre cinématographique de l’esbroufe par excellence puisqu’il consiste pour beaucoup à jeter de la poudre aux yeux du public pour mieux le manipuler. La rencontre avec l’univers de la magie semblait alors couler de source mais, curieusement, n’avait jamais été organisée, certainement à cause du risque de rendre l’arnaque trop évidente pour les spectateurs, de les rebuter à force de leur faire avaler des couleuvres. Rien qui effraie en tout cas le réalisateur Louis Leterrier, conforté par sa carrière américaine plutôt honorable  (comparé à la majorité de ses confrères francophones tout du moins) même s’il ne fait pas grande illusion avec cet Insaisissables et poursuit dans sa voie d’efficace yes man.

Après avoir inscrit quelques gros blockbusters à son palmarès (L’Incroyable Hulk, Le Choc des titans), ce thriller prendrait ainsi des airs de petite récréation pour le frenchy sauf que, sans être évidemment aussi lourd côté machinerie, Insaisissables reste pour lui un spectacle pour le moins ambitieux. Sans rien perdre de l’énergie déployée dans ses films d’action, il la convertit en une réalisation enlevée se traduisant par une caméra accomplissant sans cesse d’amples mouvements, une profusion de travellings pouvant confiner au vertigineux comme lors de la scène du show de Las Vegas. En technicien solide qu’il est, Leterrier mène donc sa barque efficacement et livre un thriller d’une très bonne facture visuelle, le but avoué étant de nous en mettre plein les mirettes. Inspiré du travail de David Copperfield (il est d’ailleurs cité au générique), le film en devient un vrai show de magie de la première à la dernière minute.

Sans comparaison toutefois avec l’ex de Claudia Schiffer et consorts, le métrage se révèle bien incapable de dissimuler ses trucs d’illusionniste. Déjà, comme ça se produit trop régulièrement ces derniers temps, la bande-annonce a gâché de nombreuses cartouches car plusieurs plans dévoilés permettent d’anticiper sur le script et les tours de passe-passe des protagonistes. Et comme si ça ne suffisait pas, le scénario de petit malin – à prétendre à tout bout de champ nous la faire à l’envers – finit en fait par agir en sens contraire : c’est simple, il suffit d’échafauder la théorie la moins probable ou la plus «énrme» et voilà, ça y est, on a trouvé le twist ! Il n’y a de toute façon rien de très dur car le film de Leterrier utilise platement les ficelles vues chez la concurrence (curieux, dans la folie ambiante, on s’arrête deux minutes pour parler d’un vieux truc apparemment sans rapport direct avec la choucroute…) et en nous amenant donc à considérer toutes les pistes comme fausses («tout n’est qu’illusion» seriné comme un mantra), il impose en définitive de voir à l’avance les rebondissements pour les plus attentifs des spectateurs.

L’approche générale du caper movie ne brille pas davantage avec l’habituelle team de voleurs ultra-charismatiques (putain de casting ceci dit, il faut le reconnaître), trop forts de chez fort et pour qui tout se passe comme sur des roulettes. Comment avoir peur pour eux, s’inquiéter de leur sort dans ces conditions ? Les auteurs ont beau d’ailleurs insérer une scène de tension et dissensions dans le groupe, tombant comme un cheveu dans la soupe, sa superficialité évidente ne trompe personne. Ils ont malgré tout la bonne idée de recentrer le récit sur les policiers, les seuls du casting à ne pas jouer les mecs trop sûrs d’eux (Morgan Freeman s’avère spécialement énervant dans ce registre). Mark Ruffalo est ainsi mortel comme à son habitude tandis que Mélanie Laurent, le faux-espoir du cinéma français, trouve un rôle moins tête à claques que d’ordinaire. Le récit ne prend toutefois pas assez de temps pour développer leur relation qui en paraît du coup seulement fonctionnelle, surtout dans son virage romantique dont on se serait bien passé, mais ils demeurent bien plus supportables sur la longueur que des personnages en représentation totale et permanente.

Insaisissables s’inscrit donc dans la bonne moyenne des films de cambriolage pour le spectacle qu’il offre et son aspect ludique, avec l’univers de la magie, ainsi que pour sa luxueuse galerie d’acteurs, mais il souffre néanmoins clairement des tares du genre, lesquelles rebuteront ceux ayant un problème avec elles. Ce qui ne doit pas faire grand monde lorsqu’on voit le succès qu’a rencontré le film cet été un peu partout, trustant les cimes du box-office… Enfin, ça reste toujours mieux qu’un Ocean’s Eleven

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