Critique ciné : Pacific Rim

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Parce que des monstres gigantesques et belliqueux – les kaijus – ne cessent de s’échapper d’une faille s’étant ouverte un jour au fond du Pacifique, l’humanité s’est réunie dans un même élan pour repousser cette agression en créant les jaegers, d’immenses robots dont la force rivalise avec ces créatures inter-dimensionnelles. Ancien pilote ayant connu la gloire jusqu’à ce que son binôme, son propre frère, soit tué lors d’une intervention, Raleigh Becket est rappelé sur le front lorsque la fréquence des invasions augmente, signifiant qu’une nouvelle phase est sur le point de commencer. Mais pour reprendre les commandes de son robot Gipsy Danger, il va lui falloir auparavant trouver un copilote avec lequel il sera compatible

«Un vrai régal pour nos instincts de geeks bourrins»

En passe de devenir un artiste maudit après l’abandon coup sur coup de son Hobbit (putain !) et de l’adaptation des Montagnes hallucinées (oh putain de merde!), del Toro rebondit malgré tout en revenant avec un bon gros blockbuster des familles, Pacific Rim, soit l’un des rendez-vous les plus alléchants de cet été 2013 pourtant bien chargé. Parce que s’il ne manquera pas d’être réduit à un simple clone de Transformers, le mexicain barbu y pousse en fait le fantasme de geek beaucoup plus loin en proposant une adaptation live – et non-officielle – de Evangelion et consorts, ces mangas et animes où gros robots et gros monstres se mettent gentiment sur la tronche. Guillermo l’a donc fait, il a transformé le rêve en réalité. Mais peut-être parce qu’il n’est plus en position de force dans le système hollywoodien suite à son absence et aux coups du sort, il n’a pu le concrétiser sans concéder aux bonnes grosses ficelles de la catégorie poids lourd.

Un sentiment qui surgira au fil de la péloche car le début n’en laisse rien paraître. Tout commence en effet très fort grâce à une longue introduction (le titre n’arrive qu’au bout d’un quart d’heure ou presque) qui nous explose à la gueule, une spectaculaire entrée en matière aussi bien en terme de castagne (on a tout de suite une idée de l’ampleur de ce qui nous attend) que de contenu. La cinéphilie de del Toro ne laisse planer aucun doute sur la filiation de son métrage avec les kaiju eiga comme Godzilla. Mais pour déceler la véritable parenté, il faut donc en réalité chercher du côté des mangas et de la japanime chez qui on retrouve la même richesse dans la création d’un univers – présenté ici avec une clarté et une force incroyables – et tout un ensemble de codes respectés à la lettre par le mexicain et son équipe (ah, la descente pour se connecter au corps du jaeger !). Enfin, loin des mecs en costumes caoutchouc de Bioman, ça ressemble à ce qu’on pensait lorsque nous imaginions «Goldorak dans la vraie vie».

La similitude avec ce pan de la culture japonaise va donc pourtant s’étioler. Les considérations métaphysiques quant à la nature du pilote et la connexion entre eux, très dans l’esprit techno-philosophique de Evangelion ou autres RahXephon, laisse peu à peu la place à un discours bien plus convenu, et bien moins intéressant, qui ira même jusqu’à nier ces bonnes pistes que commençait à explorer le script, l’importance de la compatibilité entre les pilotes de jaegers. Le long couloir de mise en place qui suit l’introduction finit ainsi par un peu gâcher la fête car en plus de désamorcer la tension, il nous fait douter que le réalisateur ait eu les coudées franches au niveau de l’écriture (ou bien il s’est vautré dans ses pires travers mais ça, on ne peut pas sérieusement y croire). Pacific Rim paie alors son tribut au genre du blockbuster avec un héros pas franchement charismatique (dommage pour Charlie Hunnam qui était capable de donner beaucoup plus) et des secondaires rapidement exécrables (les scientifiques, le rival tête-à-claque et même Ron Perlman qui parodie son rôle de grande-gueule). Mais le pire est que l’ensemble prend au bout du compte des allures du travail d’un Michael Bay ou d’un Roland Emmerich, en véhiculant des valeurs similaires d’héroïsme et de sacrifice. L’ADN du film s’avère beaucoup plus proche qu’il n’y paraissait d’un Independence Day (plusieurs scènes y font directement écho), nous faisant clairement ressentir qu’il fallait rassurer les financiers de Warner en leur livrant un spectacle fonctionnant selon une recette ayant déjà fait ses preuves.

N’étant toutefois pas le premier réalisateur venu, Guillermo marque tout de même sa différence dans la maestria et l’amour avec lesquels il organise et met en images ce spectacle. Autant fasciné par les monstres que par les machines et mécanismes, le cinéaste se fait – et nous fait – à l’évidence grave plaisir ici et donne à admirer les plus beaux robots vus sur grand écran (en un choc égal à celui de la découverte de l’armure dans Iron Man), à la hauteur des magnifiques kaijus qui viennent foutre un sacré bordel dans les pays du Pacifique. Il faut ainsi insister sur la dimension véritablement gargantuesque des affrontements où l’apport de la 3D est loin d’être anodin, ces empoignades homériques filmée avec une classe et une lisibilité dont ne pourra jamais que rêver un Michael Bay. Un vrai régal pour nos instincts de geeks bourrins comme seuls le réalisateur des Hellboy et quelques rares élus savent les organiser, ce qui suffirait d’ordinaire largement pour nous faire oublier les lourdeurs induites par les concessions. Mais parce qu’il s’agit dans le cas présent de Guillermo, justement, nous espérions tout de même un peu plus de tenue de ce Pacific Rim qui appelait à de plus grandes aspirations, le manga live tant espéré tournant au blockbuster US largement plus classique. Il faut croire que c’était le prix à payer pour del Toro afin de relancer la machine (et ça aura au moins eu le mérite de lui donner son plus gros succès public à ce jour).

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