Critique ciné : World War Z

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En dépit des nombreux signes avant-coureurs, l’humanité se prend un jour de plein front une pandémie transformant les gens en morts-vivants affamés de chair fraîche, réduisant la population à quelques survivants reclus sur des navires amarrés au large. Ancien enquêteur pour l’ONU, Gerry Lane a réussi à mettre sa famille à l’abri sur l’un d’eux mais pour qu’ils puissent y rester, il est obligé d’accepter une mission particulièrement dangereuse : retrouver la source d’origine du virus, pour pouvoir élaborer un remède. Il part alors en direction de la Corée du sud

«Curieuse tentative prouvant qu’horreur et gros sous ne font pas bon ménage»

A une époque où même George A. Romero galère pour réunir les micro-budgets de ses films de zomblards (les seuls qu’on veut bien lui laisser faire), mettre en chantier un blockbuster à presque 200 millions de dollars sur le sujet relève de la gageure, le risque de suicide commercial au bout étant bien réel. Le cinoche fantastique et d’horreur est en effet plus dominé actuellement par les petits films qui font le buzz que par les grosses machines mais World War Z, tiré d’un best-seller de Max Brooks (moins drôle que son père Mel) et porté par son acteur / producteur Brad Pitt, a de quoi éveiller la curiosité. C’est vrai, ce n’est pas tous les jours que nous avons l’occasion de voir des morts-vivants aux poches bourrées de billets verts. Mais est-ce pour le mieux ?

Le statut de blockbuster impose ainsi de rassurer les financiers et d’attirer le plus grand nombre en salles, d’où le choix d’un réalisateur un peu consensuel sans être inintéressant, Marc Forster. Un auteur ayant fait ses preuves dans l’entertainment le temps d’un Quantum of Solace ne déméritant pas dans la tradition bondienne. En tout cas surtout pas quelqu’un venant de l’horreur car malgré ses airs de ressemblance, World War Z intègre difficilement le genre, ou de très loin. Sans être bégueule, il faut quand même un minimum. Contraint au PG-13 aux States pour maximiser la rentabilité, il est encore moins gore qu’un Resident Evil (quasiment pas une goutte de sang à l’écran !), un exploit conduisant à des absurdités de cadrage et montage (l’absence du plan du pied de biche coincé dans un crâne vaut son pesant de cacahuètes). Et il n’est même pas franchement flippant puisque si on rencontre bien quelques jump scares joliment rehaussés par la 3D, les enjeux dépassent la survie primale qu’on retrouve d’ordinaire avec ces péloches. On a ici du thriller géopolitique et du film d’enquête, lesquels détournent irrémédiablement de la tension en imposant leur style au film de zombie et non l’inverse, sans compter une poignée de scènes chaotiques à souhait mais tellement bordéliques qu’on n’y comprend rien. Dans ces moments-là, difficile de ne pas ressentir un certain détachement du sort des personnages, perdus que nous sommes à déchiffrer une image qu’on a justement voulue indéchiffrable, par auto-censure. Le vrai problème du film en tant que blockbuster se situe toutefois dans son appropriation des codes du film-catastrophe en guise de cerise sur le gâteau, avec son lot de personnages imbuvables (la famille, qui a la bonne idée de s’éclipser assez vite), d’aberrations scénaristiques (pourquoi diable le héros ne communique-t-il qu’avec sa femme et non des responsables ?) et de philosophie parfois douteuse.

On aurait presque fini par ne plus y croire, mais il y a heureusement aussi des avantages à être pété de thunes. Dans une réflexion sur les implications d’un tel événement qui rappelle les écrits de Brooks et plus spécialement son Guide de survie en territoire zombie, Forster et sa team sont donc en mesure de montrer la pandémie à une échelle internationale et de passer d’un pays à l’autre comme dans un film d’espionnage, tout comme ils ont la possibilité de multiplier les situations diverses et variées dont certaines mettent une véritable claque. L’apparition du virus à Philadelphie ou le crash aérien, sans révolutionner quoi que ce soit, offrent d’exaltants moments de cinéma car plus encore, l’argent permet d’atteindre une échelle inédite dans la représentation de l’invasion zombiesque, qui devient dès lors une force de la nature en bonne et due forme. Sur le papier (l’intrigue explique leur apparition en tant que catastrophe naturelle) comme à l’écran (les agresseurs apparaissent en vrai raz-de-marée mort-vivant). Une idée implicite du genre mais qui trouve dans le cas présent une incarnation absolue, littérale, avec parfois une force annihilante que nous n’imaginions pas. L’attaque sur Jérusalem vaut largement un tsunami sur l’Himalaya en matière de spectacle. Et de la même façon c’est tellement énorme que ça ne fait plus peur, ce n’est plus qu’un show pour les yeux.

Dommage alors que le film s’arrête quand on arrive dans le vif du sujet, la fameuse World War Z, car il y a eu avant cela trop de compromis pour qu’il s’inscrive comme un représentant vraiment notable du genre. Juste une curieuse tentative prouvant qu’horreur et gros sous ne font pas forcément bon ménage, l’ensemble tirant plus vers du Emmerich se prenant (encore plus) au sérieux qu’en direction du blockbuster gore et apocalyptique que nous espérions voir. Un jour, peut-être.

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