Critique ciné : Dark Skies

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Au sein d’une paisible banlieue américaine, la famille Barrett ressemble à toutes les autres et veut sauver les apparences en dépit des difficultés qu’elle rencontre : le père peine à retrouver un travail, la mère s’use dans un job pour lequel elle n’est pas faite, l’aîné refuse d’abandonner ses fréquentations douteuses… Mais tout ça n’est rien car depuis peu, des phénomènes étranges agitent leurs nuits et se font de plus en plus menaçants, le plus jeune fils parlant de visites d’un «ogre de sable». Il est désormais clair qu’ils ne sont pas seuls dans la maison

«La formule Blumhouse commence à sentir le réchauffé»

S’étant considérablement remplis les poches grâce au jackpot Paranormal Activity, le producteur Jason Blum et sa société Blumhouse Productions se sont depuis faits une spécialité des petites péloches horrifiques tournées pour une poignée de dollars et qui rapportent gros. On pense bien sûr à la saga found-footage initiée par Oren Peli mais il faut également y ajouter de jolis cartons comme Insidious, Sinister, The Purge (retitré chez nous par un peu inspiré American Nightmare)… et aujourd’hui Dark Skies. Des films qui voient tous une cellule familiale et leur foyer (très important l’unité de lieu) attaqués par une menace surnaturelle ou presque, tout l’intérêt résidant justement dans la variation quant à la nature de cette menace. Ce coup-ci il s’agit donc d’une maison hantée, oui, encore, mais hantée par des aliens pour se démarquer. Toute la question étant de savoir si cela suffira à nous faire oublier qu’en dépit des différences, la formule commence à sentir fortement le réchauffé…

Et il y a de quoi puisqu’en plus d’une répétition évidente dans le schéma narratif, ces longs-métrages prennent tous pour cadre des pavillons ô combien similaires dans des banlieues que rien ne distingue. La conséquence d’un modèle économique peu enclin à la générosité, privilégiant le concept aux moyens, et dans lequel nous ne sommes pas surpris de retrouver Scott Stewart après l’accueil en demi-teinte de ses deux premières réalisations, Legion et Priest. Là où il nous désarçonne en revanche, c’est qu’il abandonne son approche de fanboy des 90′s pour adopter un style beaucoup plus classique, collant à la marque de fabrique de Blumhouse. Même s’il ne démérite pas alors en emballant cela avec application, on ne peut pas dire non plus qu’il semble particulièrement s’éclater derrière sa caméra (ce qui cachait les défauts de narration de ses précédents efforts, ici heureusement absents) ni être très inspiré. Stewart se contente en fait de piocher ses scènes de suspense dans les canons du genre et plus spécialement dans les productions maisons, de Paranormal Activity (l’utilisation des caméras intra-diégétiques) à Insidious (la première apparition d’un Gris, calquée sur celle du démon dans le film de James Wan). Rien qui aide Dark Skies à trouver sa propre identité, on en conviendra.

D’autant que la bonne idée du métrage, à savoir faire se croiser maison hantée et extraterrestres, n’apporte en fin de compte pas grand chose. La présence alien dans le foyer familial ne diffère effectivement en rien d’un bon vieux poltergeist ou cas de possession, ils déconnent tous avec le frigo ou les verres avant de se montrer plus agressifs et même lors du climax qui aurait pu proposer de la nouveauté, on reste finalement trop évasif et concis pour y parvenir. C’est il faut croire la malédiction des films d’aliens : laisser un goût d’inabouti à ne pas vouloir se mouiller sur le sujet, ce en quoi il rappelle le Phénomènes paranormaux avec Milla Jovovich qui à trop brouiller la frontière entre réel et fiction ne montrait en définitive quasi-rien, ou en tout cas rien que X-Files ne nous avait montré mieux quinze ans plus tôt. Reste alors une caractérisation des personnages assez habile (Keri Russell et Josh Hamilton sont très convaincants dans les rôles des parents), fondée sur un contexte économique très présent car c’est par lui que le scénario justifie les faiblesses qu’on retrouve d’ordinaire dans ces films. Le vrai malaise naît ainsi pour commencer dans la situation de cette famille frappée par la (les) crise(s) et voulant sauver les apparences alors que tout s’écroule autour d’eux, une part d’humanité rendant les scènes intimistes en définitive plus intéressantes que celles de frissons. De quoi accrocher le spectateur que le manque d’originalité du film pourrait rebuter.

Emballée avec soin mais sans la moindre conviction, Dark Skies est donc la petite péloche par laquelle sont dévoilées les limites du système Blumhouse Productions. La tagline de l’affiche française a beau prétendre en effet qu’ils s’attaquent ici à un nouveau genre, on cherche encore en quoi tant la bande ne dénote pas au sein de la concurrence, surtout interne, à ressasser des figures de style usées jusqu’à la corde. Heureusement alors pour Jason Blum et sa société, le Lords of Salem de Rob Zombie est bien parti pour casser la routine à en juger ses premières images et il était temps, sans quoi ce modèle pour tourner des films horrifiques dans un contexte économique difficile aurait tourné court.

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