Archive pour juillet, 2013

Critique ciné : Pacific Rim

25 juillet, 2013

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Parce que des monstres gigantesques et belliqueux – les kaijus – ne cessent de s’échapper d’une faille s’étant ouverte un jour au fond du Pacifique, l’humanité s’est réunie dans un même élan pour repousser cette agression en créant les jaegers, d’immenses robots dont la force rivalise avec ces créatures inter-dimensionnelles. Ancien pilote ayant connu la gloire jusqu’à ce que son binôme, son propre frère, soit tué lors d’une intervention, Raleigh Becket est rappelé sur le front lorsque la fréquence des invasions augmente, signifiant qu’une nouvelle phase est sur le point de commencer. Mais pour reprendre les commandes de son robot Gipsy Danger, il va lui falloir auparavant trouver un copilote avec lequel il sera compatible

«Un vrai régal pour nos instincts de geeks bourrins»

En passe de devenir un artiste maudit après l’abandon coup sur coup de son Hobbit (putain !) et de l’adaptation des Montagnes hallucinées (oh putain de merde!), del Toro rebondit malgré tout en revenant avec un bon gros blockbuster des familles, Pacific Rim, soit l’un des rendez-vous les plus alléchants de cet été 2013 pourtant bien chargé. Parce que s’il ne manquera pas d’être réduit à un simple clone de Transformers, le mexicain barbu y pousse en fait le fantasme de geek beaucoup plus loin en proposant une adaptation live – et non-officielle – de Evangelion et consorts, ces mangas et animes où gros robots et gros monstres se mettent gentiment sur la tronche. Guillermo l’a donc fait, il a transformé le rêve en réalité. Mais peut-être parce qu’il n’est plus en position de force dans le système hollywoodien suite à son absence et aux coups du sort, il n’a pu le concrétiser sans concéder aux bonnes grosses ficelles de la catégorie poids lourd.

Un sentiment qui surgira au fil de la péloche car le début n’en laisse rien paraître. Tout commence en effet très fort grâce à une longue introduction (le titre n’arrive qu’au bout d’un quart d’heure ou presque) qui nous explose à la gueule, une spectaculaire entrée en matière aussi bien en terme de castagne (on a tout de suite une idée de l’ampleur de ce qui nous attend) que de contenu. La cinéphilie de del Toro ne laisse planer aucun doute sur la filiation de son métrage avec les kaiju eiga comme Godzilla. Mais pour déceler la véritable parenté, il faut donc en réalité chercher du côté des mangas et de la japanime chez qui on retrouve la même richesse dans la création d’un univers – présenté ici avec une clarté et une force incroyables – et tout un ensemble de codes respectés à la lettre par le mexicain et son équipe (ah, la descente pour se connecter au corps du jaeger !). Enfin, loin des mecs en costumes caoutchouc de Bioman, ça ressemble à ce qu’on pensait lorsque nous imaginions «Goldorak dans la vraie vie».

La similitude avec ce pan de la culture japonaise va donc pourtant s’étioler. Les considérations métaphysiques quant à la nature du pilote et la connexion entre eux, très dans l’esprit techno-philosophique de Evangelion ou autres RahXephon, laisse peu à peu la place à un discours bien plus convenu, et bien moins intéressant, qui ira même jusqu’à nier ces bonnes pistes que commençait à explorer le script, l’importance de la compatibilité entre les pilotes de jaegers. Le long couloir de mise en place qui suit l’introduction finit ainsi par un peu gâcher la fête car en plus de désamorcer la tension, il nous fait douter que le réalisateur ait eu les coudées franches au niveau de l’écriture (ou bien il s’est vautré dans ses pires travers mais ça, on ne peut pas sérieusement y croire). Pacific Rim paie alors son tribut au genre du blockbuster avec un héros pas franchement charismatique (dommage pour Charlie Hunnam qui était capable de donner beaucoup plus) et des secondaires rapidement exécrables (les scientifiques, le rival tête-à-claque et même Ron Perlman qui parodie son rôle de grande-gueule). Mais le pire est que l’ensemble prend au bout du compte des allures du travail d’un Michael Bay ou d’un Roland Emmerich, en véhiculant des valeurs similaires d’héroïsme et de sacrifice. L’ADN du film s’avère beaucoup plus proche qu’il n’y paraissait d’un Independence Day (plusieurs scènes y font directement écho), nous faisant clairement ressentir qu’il fallait rassurer les financiers de Warner en leur livrant un spectacle fonctionnant selon une recette ayant déjà fait ses preuves.

N’étant toutefois pas le premier réalisateur venu, Guillermo marque tout de même sa différence dans la maestria et l’amour avec lesquels il organise et met en images ce spectacle. Autant fasciné par les monstres que par les machines et mécanismes, le cinéaste se fait – et nous fait – à l’évidence grave plaisir ici et donne à admirer les plus beaux robots vus sur grand écran (en un choc égal à celui de la découverte de l’armure dans Iron Man), à la hauteur des magnifiques kaijus qui viennent foutre un sacré bordel dans les pays du Pacifique. Il faut ainsi insister sur la dimension véritablement gargantuesque des affrontements où l’apport de la 3D est loin d’être anodin, ces empoignades homériques filmée avec une classe et une lisibilité dont ne pourra jamais que rêver un Michael Bay. Un vrai régal pour nos instincts de geeks bourrins comme seuls le réalisateur des Hellboy et quelques rares élus savent les organiser, ce qui suffirait d’ordinaire largement pour nous faire oublier les lourdeurs induites par les concessions. Mais parce qu’il s’agit dans le cas présent de Guillermo, justement, nous espérions tout de même un peu plus de tenue de ce Pacific Rim qui appelait à de plus grandes aspirations, le manga live tant espéré tournant au blockbuster US largement plus classique. Il faut croire que c’était le prix à payer pour del Toro afin de relancer la machine (et ça aura au moins eu le mérite de lui donner son plus gros succès public à ce jour).

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Critique ciné : Monstres Academy

15 juillet, 2013

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Petite boule verte et pas franchement inquiétante, Bob a toujours rêvé d’intégrer les terreurs d’élite de la société Monstres et Cie, les meilleurs récolteurs de cris d’enfants. C’est dans ce seul but qu’il s’est inscrit à la Monstres Université, le cœur en liesse, mais il va rapidement déchanter en faisant la rencontre d’un autre étudiant, Jack Sullivan, chez qui faire peur semble être une seconde nature. Désirant prouver que le travail peut surpasser les dons innés, une compétition s’installe alors entre Bob et Sulli. Mais ils vont découvrir que pour se surpasser, rien ne vaut de faire équipe

«Des airs de Pixar de la grande heure sans la saveur»

Studio monstrueux de succès durant plusieurs années d’affilée au point que cela tenait du véritable miracle, Pixar est par la suite tombé de son piédestal : «inévitable» dira-t-on, et c’est encore plus vrai lorsqu’on a ainsi fréquenté les cimes. Pourtant, même en voulant être compréhensif, difficile de ne pas déchanter devant le manque d’inspiration de ces deux dernières années – coïncidant qu’on le veuille ou non avec le rachat de la boîte par le studio du père Walt – incarné par le gros bide artistique Cars 2 et un Rebelle qui rentrait bien sagement dans le moule disneyen. Voilà où nous en sommes quand débarque ce Monstres Academy, préquelle au magnifique Monstres et compagnie. Autant dire que ça sent l’examen de fin d’année pour Pixar.

Plutôt que de poursuivre leurs aventures, les p’tits gars de John Lasseter ont donc choisi de revenir sur les origines de la team terreur formée par Bob et Sulli et de faire cela au travers d’un genre typique de la comédie américaine, le campus movie. Par ce biais on évite au moins le schéma classique à la Disney comme dans Rebelle (et dire qu’ils ont osé oscariser ça) mais c’est pour mieux se caler dans un autre, ce dont n’avait pas su se dépêtrer la suite de Cars en ayant pourtant le film d’espionnage comme terrain de jeu. Enfin, elle était surtout lestée par son encombrant personnage principal, l’ancien buddy Martin, une tare que ne partage pas cette autre suite grâce à son duo mal-assorti mais inséparable, ici au cœur du récit puisque nous sommes témoins de la naissance de leur amitié. Une histoire traitée avec tout le savoir-faire des conteurs de la compagnie, et adjointe d’une gravité parfois étonnante (l’explication au bord du lac) qui contrebalance un peu les facilités de beaucoup de gags, lesquels se contentent de parodier les codes et gimmicks de la péloche universitaire. Au jeu des comparaisons, nous sommes ainsi à mille lieues d’être terrassés comme lors de la découverte du premier film.

Car indéniablement il manque des choses. Déjà de l’originalité, pour faire large. Et si l’on veut être plus tatillons, l’absence de Boo ou d’un personnage véhiculant les mêmes sentiments se fait cruellement ressentir, tout comme celle de scènes aussi inventives que la course-poursuite à travers les portes. A croire qu’il n’y en a pas besoin dans le contexte du campus movie puisqu’on se satisfait des éléments d’intrigue vus ailleurs (l’examen, les fêtes de fraternités, les olympiades…) ou presque, les cinéastes se rattrapant quand même en toute fin avec un climax qui prend étonnamment des allures de pur film d’horreur (les plus jeunes spectateurs vont flipper, c’est sûr). Ambiance, ambiance. Il faut ainsi noter le splendide travail des artistes de Pixar qui ont cette fois bachoté sévère sur les éclairages et spécialement sur les zones d’ombres (voir l’inquiétante doyenne de l’université qui reste quasi tout le temps dans la pénombre) afin de servir le travail du réalisateur nouveau-venu, Dan Scanlon. Celui-ci fait effectivement de la lumière un protagoniste à part entière, au cœur de la scénographie, et livre avec ses comparses un spectacle au degré d’excellence technique contre lequel aucun autre studio ne peut actuellement rivaliser. Une vraie baffe visuelle.

Dommage alors que cette excellence ne se retrouve pas dans tout le film car si Monstres Academy a bien des airs de Pixar de la grande heure, on n’en retrouve toutefois pas la saveur. Nous resterons malgré tout confiants suite à l’emprise de Disney qui semble s’être quelque peu relâchée, le studio les laissant oser des choses à le limite de l’anti-commercial (le climax, donc), et il ne reste désormais plus aux équipes et décisionnaires qu’à se motiver pour aborder des sujets neufs, sortir de la zone de tranquillité où ils se prélassent depuis quelques temps. Pixar passe donc à l’année suivante in extremis, mais il va vraiment falloir cesser de repomper sur sa propre copie.

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Critique ciné : World War Z

7 juillet, 2013

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En dépit des nombreux signes avant-coureurs, l’humanité se prend un jour de plein front une pandémie transformant les gens en morts-vivants affamés de chair fraîche, réduisant la population à quelques survivants reclus sur des navires amarrés au large. Ancien enquêteur pour l’ONU, Gerry Lane a réussi à mettre sa famille à l’abri sur l’un d’eux mais pour qu’ils puissent y rester, il est obligé d’accepter une mission particulièrement dangereuse : retrouver la source d’origine du virus, pour pouvoir élaborer un remède. Il part alors en direction de la Corée du sud

«Curieuse tentative prouvant qu’horreur et gros sous ne font pas bon ménage»

A une époque où même George A. Romero galère pour réunir les micro-budgets de ses films de zomblards (les seuls qu’on veut bien lui laisser faire), mettre en chantier un blockbuster à presque 200 millions de dollars sur le sujet relève de la gageure, le risque de suicide commercial au bout étant bien réel. Le cinoche fantastique et d’horreur est en effet plus dominé actuellement par les petits films qui font le buzz que par les grosses machines mais World War Z, tiré d’un best-seller de Max Brooks (moins drôle que son père Mel) et porté par son acteur / producteur Brad Pitt, a de quoi éveiller la curiosité. C’est vrai, ce n’est pas tous les jours que nous avons l’occasion de voir des morts-vivants aux poches bourrées de billets verts. Mais est-ce pour le mieux ?

Le statut de blockbuster impose ainsi de rassurer les financiers et d’attirer le plus grand nombre en salles, d’où le choix d’un réalisateur un peu consensuel sans être inintéressant, Marc Forster. Un auteur ayant fait ses preuves dans l’entertainment le temps d’un Quantum of Solace ne déméritant pas dans la tradition bondienne. En tout cas surtout pas quelqu’un venant de l’horreur car malgré ses airs de ressemblance, World War Z intègre difficilement le genre, ou de très loin. Sans être bégueule, il faut quand même un minimum. Contraint au PG-13 aux States pour maximiser la rentabilité, il est encore moins gore qu’un Resident Evil (quasiment pas une goutte de sang à l’écran !), un exploit conduisant à des absurdités de cadrage et montage (l’absence du plan du pied de biche coincé dans un crâne vaut son pesant de cacahuètes). Et il n’est même pas franchement flippant puisque si on rencontre bien quelques jump scares joliment rehaussés par la 3D, les enjeux dépassent la survie primale qu’on retrouve d’ordinaire avec ces péloches. On a ici du thriller géopolitique et du film d’enquête, lesquels détournent irrémédiablement de la tension en imposant leur style au film de zombie et non l’inverse, sans compter une poignée de scènes chaotiques à souhait mais tellement bordéliques qu’on n’y comprend rien. Dans ces moments-là, difficile de ne pas ressentir un certain détachement du sort des personnages, perdus que nous sommes à déchiffrer une image qu’on a justement voulue indéchiffrable, par auto-censure. Le vrai problème du film en tant que blockbuster se situe toutefois dans son appropriation des codes du film-catastrophe en guise de cerise sur le gâteau, avec son lot de personnages imbuvables (la famille, qui a la bonne idée de s’éclipser assez vite), d’aberrations scénaristiques (pourquoi diable le héros ne communique-t-il qu’avec sa femme et non des responsables ?) et de philosophie parfois douteuse.

On aurait presque fini par ne plus y croire, mais il y a heureusement aussi des avantages à être pété de thunes. Dans une réflexion sur les implications d’un tel événement qui rappelle les écrits de Brooks et plus spécialement son Guide de survie en territoire zombie, Forster et sa team sont donc en mesure de montrer la pandémie à une échelle internationale et de passer d’un pays à l’autre comme dans un film d’espionnage, tout comme ils ont la possibilité de multiplier les situations diverses et variées dont certaines mettent une véritable claque. L’apparition du virus à Philadelphie ou le crash aérien, sans révolutionner quoi que ce soit, offrent d’exaltants moments de cinéma car plus encore, l’argent permet d’atteindre une échelle inédite dans la représentation de l’invasion zombiesque, qui devient dès lors une force de la nature en bonne et due forme. Sur le papier (l’intrigue explique leur apparition en tant que catastrophe naturelle) comme à l’écran (les agresseurs apparaissent en vrai raz-de-marée mort-vivant). Une idée implicite du genre mais qui trouve dans le cas présent une incarnation absolue, littérale, avec parfois une force annihilante que nous n’imaginions pas. L’attaque sur Jérusalem vaut largement un tsunami sur l’Himalaya en matière de spectacle. Et de la même façon c’est tellement énorme que ça ne fait plus peur, ce n’est plus qu’un show pour les yeux.

Dommage alors que le film s’arrête quand on arrive dans le vif du sujet, la fameuse World War Z, car il y a eu avant cela trop de compromis pour qu’il s’inscrive comme un représentant vraiment notable du genre. Juste une curieuse tentative prouvant qu’horreur et gros sous ne font pas forcément bon ménage, l’ensemble tirant plus vers du Emmerich se prenant (encore plus) au sérieux qu’en direction du blockbuster gore et apocalyptique que nous espérions voir. Un jour, peut-être.

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Critique ciné : Dark Skies

2 juillet, 2013

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Au sein d’une paisible banlieue américaine, la famille Barrett ressemble à toutes les autres et veut sauver les apparences en dépit des difficultés qu’elle rencontre : le père peine à retrouver un travail, la mère s’use dans un job pour lequel elle n’est pas faite, l’aîné refuse d’abandonner ses fréquentations douteuses… Mais tout ça n’est rien car depuis peu, des phénomènes étranges agitent leurs nuits et se font de plus en plus menaçants, le plus jeune fils parlant de visites d’un «ogre de sable». Il est désormais clair qu’ils ne sont pas seuls dans la maison

«La formule Blumhouse commence à sentir le réchauffé»

S’étant considérablement remplis les poches grâce au jackpot Paranormal Activity, le producteur Jason Blum et sa société Blumhouse Productions se sont depuis faits une spécialité des petites péloches horrifiques tournées pour une poignée de dollars et qui rapportent gros. On pense bien sûr à la saga found-footage initiée par Oren Peli mais il faut également y ajouter de jolis cartons comme Insidious, Sinister, The Purge (retitré chez nous par un peu inspiré American Nightmare)… et aujourd’hui Dark Skies. Des films qui voient tous une cellule familiale et leur foyer (très important l’unité de lieu) attaqués par une menace surnaturelle ou presque, tout l’intérêt résidant justement dans la variation quant à la nature de cette menace. Ce coup-ci il s’agit donc d’une maison hantée, oui, encore, mais hantée par des aliens pour se démarquer. Toute la question étant de savoir si cela suffira à nous faire oublier qu’en dépit des différences, la formule commence à sentir fortement le réchauffé…

Et il y a de quoi puisqu’en plus d’une répétition évidente dans le schéma narratif, ces longs-métrages prennent tous pour cadre des pavillons ô combien similaires dans des banlieues que rien ne distingue. La conséquence d’un modèle économique peu enclin à la générosité, privilégiant le concept aux moyens, et dans lequel nous ne sommes pas surpris de retrouver Scott Stewart après l’accueil en demi-teinte de ses deux premières réalisations, Legion et Priest. Là où il nous désarçonne en revanche, c’est qu’il abandonne son approche de fanboy des 90′s pour adopter un style beaucoup plus classique, collant à la marque de fabrique de Blumhouse. Même s’il ne démérite pas alors en emballant cela avec application, on ne peut pas dire non plus qu’il semble particulièrement s’éclater derrière sa caméra (ce qui cachait les défauts de narration de ses précédents efforts, ici heureusement absents) ni être très inspiré. Stewart se contente en fait de piocher ses scènes de suspense dans les canons du genre et plus spécialement dans les productions maisons, de Paranormal Activity (l’utilisation des caméras intra-diégétiques) à Insidious (la première apparition d’un Gris, calquée sur celle du démon dans le film de James Wan). Rien qui aide Dark Skies à trouver sa propre identité, on en conviendra.

D’autant que la bonne idée du métrage, à savoir faire se croiser maison hantée et extraterrestres, n’apporte en fin de compte pas grand chose. La présence alien dans le foyer familial ne diffère effectivement en rien d’un bon vieux poltergeist ou cas de possession, ils déconnent tous avec le frigo ou les verres avant de se montrer plus agressifs et même lors du climax qui aurait pu proposer de la nouveauté, on reste finalement trop évasif et concis pour y parvenir. C’est il faut croire la malédiction des films d’aliens : laisser un goût d’inabouti à ne pas vouloir se mouiller sur le sujet, ce en quoi il rappelle le Phénomènes paranormaux avec Milla Jovovich qui à trop brouiller la frontière entre réel et fiction ne montrait en définitive quasi-rien, ou en tout cas rien que X-Files ne nous avait montré mieux quinze ans plus tôt. Reste alors une caractérisation des personnages assez habile (Keri Russell et Josh Hamilton sont très convaincants dans les rôles des parents), fondée sur un contexte économique très présent car c’est par lui que le scénario justifie les faiblesses qu’on retrouve d’ordinaire dans ces films. Le vrai malaise naît ainsi pour commencer dans la situation de cette famille frappée par la (les) crise(s) et voulant sauver les apparences alors que tout s’écroule autour d’eux, une part d’humanité rendant les scènes intimistes en définitive plus intéressantes que celles de frissons. De quoi accrocher le spectateur que le manque d’originalité du film pourrait rebuter.

Emballée avec soin mais sans la moindre conviction, Dark Skies est donc la petite péloche par laquelle sont dévoilées les limites du système Blumhouse Productions. La tagline de l’affiche française a beau prétendre en effet qu’ils s’attaquent ici à un nouveau genre, on cherche encore en quoi tant la bande ne dénote pas au sein de la concurrence, surtout interne, à ressasser des figures de style usées jusqu’à la corde. Heureusement alors pour Jason Blum et sa société, le Lords of Salem de Rob Zombie est bien parti pour casser la routine à en juger ses premières images et il était temps, sans quoi ce modèle pour tourner des films horrifiques dans un contexte économique difficile aurait tourné court.

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