Critique ciné : Man of Steel

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Alors que leur planète Krypton est sur le point d’exploser, un couple sauve leur fils nouveau-né en l’envoyant dans une capsule fonctionnant grâce au Codex, un artefact crucial pour leur civilisation. L’enfant arrive alors sur Terre où il est recueilli par des fermiers du Kansas et grandit en découvrant sa différence et ses pouvoirs, qui le poussent à rester à l’écart de l’humanité. Mais le jour où un vaisseau de son peuple est découvert pris dans la glace, Clark Kent y découvre sa véritable nature et le destin qui est le sien. Un rôle qui le conduira à affronter une menace venue des étoiles et de son passé et ainsi devenir Superman

«Superman a récupéré son aura sur grand écran»

Super-héros peut-être le plus mythique mais aussi l’un des moins intéressants, Superman avait indéniablement besoin dans les salles obscures d’une résurrection en phase avec cette nouvelle époque, un dépoussiérage en règle d’autant plus indispensable après le retour avorté par la péloche nostalgique de Bryan Singer. Bien conscients de ce qui est en jeu, les exécutifs de Warner Bros ont par conséquent mis toutes les chances de leur côté en s’assurant les services de «men of style» qu’ils connaissent bien et à qui ils doivent leurs plus gros succès récents en matière d’adaptation de comics : David S. Goyer au scénario et Christopher Nolan à la production (soit les architectes de la trilogie Dark Knight) ainsi que Zack Snyder à la réalisation, toujours en odeur de sainteté là-bas pour son 300. Une somme de talents qui n’a pas eu grand chose à faire pour nous convaincre du bien-fondé de ce reboot, du potentiel de ce Man of Steel. Nous n’imaginions seulement pas à quel point cela pouvait être vrai.

C’est ainsi que la première partie du film ne laisse planer aucun doute, cette version-ci du héros à la cape rouge n’aura rien à voir avec les précédentes. La vision offerte de Krypton, unique et fantaisiste, tranche avec tout ce qu’on a pu voir, pour un peu on se croirait même devant du John Carter en plus dark. L’univers s’avère en fait si riche qu’on aimerait le voir développé dans un métrage à part entière, et nous y sommes presque d’ailleurs. Car nous avons droit au spectacle grandiose – en à peine un quart d’heure – d’un monde arrivant à sa fin politiquement et écologiquement, une apocalypse à la hauteur du pétage de plomb de Snyder qui nous trimbale tout naturellement d’une scène d’action enragée à un instant de grâce poignant (en particulier la séparation de Kal-El d’avec sa mère) puis recommence, enchaîne, porté par la partition surpuissante d’un Hans Zimmer donnant tout ce qu’il a. A peine Man of Steel a-t-il commencé que nous avons donc déjà l’impression d’avoir vu un film entier, mais cela est loin d’être un défaut puisque ce prologue porte en lui les germes d’une histoire plus grande encore et à côté de laquelle le cinéaste tatoué ne veut surtout pas passer.

Snyder justement, parlons-en, était le réalisateur tout désigné pour ce projet. A savoir un spécialiste du comic book movie à gros effets spéciaux et intelligent ainsi qu’un vrai ricain dans l’âme sans que cela devienne toutefois trop envahissant dans son œuvre, parce qu’il sait user du fantasme étasunien sans en abuser comme le fait un Michael Bay. Il faut voir sa représentation stylisée mais avec une part d’ombre du Middle-West ou la présence pas si intrusive que ça de l’armée (Sup’ ne va pas jusqu’à saluer les militaires comme nous le faisait craindre une campagne de pub putassière sur la toile) pour comprendre combien il était prédestiné à mettre cela en images, à donner à l’icône DC la saveur que nous attendions. Néanmoins ce qui fait sa vraie valeur sur une telle adaptation, comme il le dit, c’est qu’après avoir déconstruit la figure du super-héros avec son Watchmen, il veut ici la reconstruire en revenant à la forme la plus pure du mythe. C’est pourquoi dans un traitement non-linéaire parfaitement géré, toutes (et on dit bien TOUTES) les scènes de la seconde partie interrogent la nature christique du personnage, son dilemme et ses responsabilités, les choix qu’il a à faire et leurs conséquences potentielles. Si la jeunesse et le parcours de Clark ressemblent encore quelque peu à ce qu’on a toujours connu, ils prennent ici une nouvelle dimension chargée d’une gravité inédite – l’humour brille par son absence quasi-totale – parce que le récit confronte l’apparition de Superman sur Terre à des considérations réalistes. Réfléchit à ce que donnerait la découverte d’un tel être parmi l’humanité. Tout ça sans rien perdre de l’aspect bande-dessinée, en divertissement ou émotion, comme en témoigne le magnifique plan du sacrifice de Jonathan Kent (Kevin Costner en mode grande classe) qui cristallise en une seule image toute la dramaturgie de l’histoire.

La troisième partie en désappointera alors certains car elle cède au (très) grand spectacle, mais il est à ce moment grandement temps de mettre Superman à l’épreuve pour de bon  ? afin qu’il se révèle à lui et au monde. Et quoi de mieux pour ça que de l’opposer au toujours excellent Michael Shannon, interprète d’un général Zod dont la complexité est loin de nourrir le manichéisme qu’on retrouve d’ordinaire dans les aventures de l’homme d’acier (à noter de très bonnes idées dans la réinvention du background kryptonien) et dont la force offre pour le super-héros – et les spectateurs – un challenge un peu plus cinématographique que la malice d’un Lex Luthor. De leur confrontation résulte alors un monstrueux final rivalisant en durée avec celui de The Avengers et où s’enquillent des séquences faisant très fort dans la destruction de masse, peut-être un brin foutraques mais il n’y avait pas d’autre choix pour montrer l’ampleur du spectacle, l’échelle du choc entre deux dieux vivants et nous balancer au milieu. Les combats aériens sont en effet rarissimes au cinéma et celui-ci repousse ce qu’on avait vu dans la référence du genre, Matrix Revolutions, que ce soit en terme de brutalité, dynamisme ou dimension. Au dépens donc un peu de la lisibilité mais bon sang, quelle claque !

Forcément alors après un tel spectacle et une telle réinvention du fer de lance de l’écurie DC Comics, on ne pourra qu’être déçus par l’épilogue revenant à la forme classique du personnage (le journaliste à lunettes) et cela bien que les géniteurs du projet s’en soient toujours défendus durant la promotion. On verra donc si la suite reviendra aux mauvais travers de la franchise mais ce qui est sûr déjà, c’est que l’équipe a réussi un vrai petit miracle avec ce Man of Steel. Enfin, on peut le dire, Superman a récupéré son aura sur grand écran.

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Une Réponse à “Critique ciné : Man of Steel”

  1. mabataille dit :

    Rarement aussi enthousiaste critique tu as rédiger.
    Nous aussi on a bien aimé, une petite lassitude toutefois avec ces joutes aériennes en mode Sangoku dans la seconde moitié du film. Ça manque de kaméha quoi.

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