Critique ciné : After Earth

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Mille ans après que l’humanité ait fui une Terre ravagée par les catastrophes naturelles, Kitai et son père, un héros du nouveau monde, s’écrasent sur la planète. Immobilisé, Cypher doit laisser son fils aller chercher seul la balise de secours qui pourrait leur sauver la vie, avec une simple radio pour les relier. Commence alors pour le jeune garçon une éprouvante épreuve dans cette nature sauvage, où tout a évolué pour devenir un danger pour l’être humain, d’autant qu’ils ont emmené avec eux une créature extraterrestre particulièrement hostile repérant ses proies à leur peur

«Shyamalan rassure quant à son devenir»

Accueilli sans le moindre enthousiasme aux Etats-Unis aussi bien de la part du public que de la critique, After Earth est un long-métrage qui ne manque pas d’énerver et de faire couler beaucoup d’encre autour de son initiateur, Will Smith, l’ex-Prince de Beverly Hills devenu roi de Hollywood. Une réussite énervant plus d’un jaloux mais au-delà, il faut reconnaître qu’il attise de son côté cette incompréhension entre le piston familial à outrance et ses accointances sectaires, des problèmes d’autant plus réels qu’ils se trouvent tous cristallisés dans ce nouveau projet. Au point qu’ils en viendraient presque à gâcher la seule (bonne) nouvelle qui compte, à savoir les retrouvailles avec un M. Night Shyamalan rassurant sur son devenir en tant que cinéaste.

Bien sûr alors que le film trimbale son lot de trucs douteux sauf que si l’on veut être honnête, et on le veut tant qu’à faire, ceux-ci peuvent également apporter du positif. Attention, ça ne veut pas dire qu’on excusera la manie de Smith, ici auteur de l’idée originale, à se façonner sans vergogne un véhicule parfait pour lui et son fils mais surtout pour ce dernier, qu’il pousse inlassablement sur le devant de la scène en lui offrant des films à gros budget (ne parlons même pas de la petite sœur Willow, modelée comme une pseudo-Beyonce pré-pubère). Le remake de Karaté Kid n’était déjà que ça, et sa participation au nouveau Jour où la Terre s’arrêta faisait office de remerciement au paternel de la part de la Fox. A l’image toutefois de A la recherche du bonheur, la présence du père et du fils renforce indéniablement à l’écran les liens entre les personnages, ce qui n’est pas un mal puisque Jaden ne fait pas (encore ?) la démonstration du même talent que Will. Il y croit suffisamment pour rendre tangible son parcours initiatique mais niveau charisme, c’est tristouille. L’autre problème majeur du film est alors la valeur didactique du récit, car celle-ci renvoie aux enseignements de l’église de Scientologie avec laquelle flirte le comédien. Les délires de L. Ron Hubbard se retrouvent en effet ici – en plus d’une certaine iconographie – sous la forme du thème de la peur qui entrave l’être humain, la nécessité de se débarrasser purement et simplement de cette émotion, ce qui est semble-t-il une idée fondatrice de la secte. On peut donc peut-être bien y déceler du prosélytisme mais reconnaissons-le, il s’agit surtout d’une idée assez universelle, qui donne plus encore de résonance à l’épreuve que traverse le jeune héros, les dangers qu’il affronte comme les faiblesses qu’il doit surmonter.

Cela tombe bien, les voyages intérieurs conflictuels sont justement la spécialité de Shyamalan et il est ainsi de retour avec un brio qu’on ne lui connaissait plus depuis longtemps, grâce à la réunion de conditions idéales pour cela : il se montre enfin plus humble depuis qu’il a décidé de se mettre au service du film et non pas l’inverse, il n’a pas été emmerdé ce coup-ci par le studio comme ça avait été le cas pour le rendez-vous manqué Le Dernier maître de l’air… En gros, il avait le champ libre pour faire au mieux son taf’ et c’est pourquoi il livre un blockbuster épique au rythme trépidant et en même temps intimiste, autant dans son casting très réduit que dans ses enjeux (nous sommes dans la logique d’un survival «man vs wild»). De la péloche commerciale – sans arrière-pensée négative – dans laquelle on continue malgré tout de déceler ses marques de fabrique, du discours écologique à l’utilisation des reflets pour dévoiler ses monstres sans trop en montrer. Nous arrivons ainsi enfin à une conjugaison satisfaisante du Shyamalan des débuts et celui plus mercantile apparu suite à sa remise en cause due à la réception catastrophique de La Jeune fille de l’eau, le rapprochant encore un peu plus de son idéal spielbergien. La malédiction du twist final semble en tout cas définitivement morte et enterrée de la même manière que son ego surdimensionné, ce qui augure du meilleur pour la suite des événements.

After Earth ne pourra donc faire autrement que de soulever la suspicion, et pourrait bien être aussi un nouveau mauvais coup du sort pour le réalisateur après son adaptation massacrée par des considérations commerciales – avec arrière-pensée négative – du dessin animé de Nickelodeon. Le film gagne pourtant à ce qu’on passe outre notre agacement car au-delà de la mégalomanie clanique de Smith, au-delà de ses connivences scientologues, nous trouverons une œuvre de science-fiction emballée avec conviction, remettant les pendules à l’heure quant au savoir-faire de Shyamalan. Croisons juste les doigts pour qu’il ne retombe plus dans ses travers car si le danger est réel, l’erreur serait son choix.

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