Archive pour juin, 2013

Critique ciné : Man of Steel

26 juin, 2013

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Alors que leur planète Krypton est sur le point d’exploser, un couple sauve leur fils nouveau-né en l’envoyant dans une capsule fonctionnant grâce au Codex, un artefact crucial pour leur civilisation. L’enfant arrive alors sur Terre où il est recueilli par des fermiers du Kansas et grandit en découvrant sa différence et ses pouvoirs, qui le poussent à rester à l’écart de l’humanité. Mais le jour où un vaisseau de son peuple est découvert pris dans la glace, Clark Kent y découvre sa véritable nature et le destin qui est le sien. Un rôle qui le conduira à affronter une menace venue des étoiles et de son passé et ainsi devenir Superman

«Superman a récupéré son aura sur grand écran»

Super-héros peut-être le plus mythique mais aussi l’un des moins intéressants, Superman avait indéniablement besoin dans les salles obscures d’une résurrection en phase avec cette nouvelle époque, un dépoussiérage en règle d’autant plus indispensable après le retour avorté par la péloche nostalgique de Bryan Singer. Bien conscients de ce qui est en jeu, les exécutifs de Warner Bros ont par conséquent mis toutes les chances de leur côté en s’assurant les services de «men of style» qu’ils connaissent bien et à qui ils doivent leurs plus gros succès récents en matière d’adaptation de comics : David S. Goyer au scénario et Christopher Nolan à la production (soit les architectes de la trilogie Dark Knight) ainsi que Zack Snyder à la réalisation, toujours en odeur de sainteté là-bas pour son 300. Une somme de talents qui n’a pas eu grand chose à faire pour nous convaincre du bien-fondé de ce reboot, du potentiel de ce Man of Steel. Nous n’imaginions seulement pas à quel point cela pouvait être vrai.

C’est ainsi que la première partie du film ne laisse planer aucun doute, cette version-ci du héros à la cape rouge n’aura rien à voir avec les précédentes. La vision offerte de Krypton, unique et fantaisiste, tranche avec tout ce qu’on a pu voir, pour un peu on se croirait même devant du John Carter en plus dark. L’univers s’avère en fait si riche qu’on aimerait le voir développé dans un métrage à part entière, et nous y sommes presque d’ailleurs. Car nous avons droit au spectacle grandiose – en à peine un quart d’heure – d’un monde arrivant à sa fin politiquement et écologiquement, une apocalypse à la hauteur du pétage de plomb de Snyder qui nous trimbale tout naturellement d’une scène d’action enragée à un instant de grâce poignant (en particulier la séparation de Kal-El d’avec sa mère) puis recommence, enchaîne, porté par la partition surpuissante d’un Hans Zimmer donnant tout ce qu’il a. A peine Man of Steel a-t-il commencé que nous avons donc déjà l’impression d’avoir vu un film entier, mais cela est loin d’être un défaut puisque ce prologue porte en lui les germes d’une histoire plus grande encore et à côté de laquelle le cinéaste tatoué ne veut surtout pas passer.

Snyder justement, parlons-en, était le réalisateur tout désigné pour ce projet. A savoir un spécialiste du comic book movie à gros effets spéciaux et intelligent ainsi qu’un vrai ricain dans l’âme sans que cela devienne toutefois trop envahissant dans son œuvre, parce qu’il sait user du fantasme étasunien sans en abuser comme le fait un Michael Bay. Il faut voir sa représentation stylisée mais avec une part d’ombre du Middle-West ou la présence pas si intrusive que ça de l’armée (Sup’ ne va pas jusqu’à saluer les militaires comme nous le faisait craindre une campagne de pub putassière sur la toile) pour comprendre combien il était prédestiné à mettre cela en images, à donner à l’icône DC la saveur que nous attendions. Néanmoins ce qui fait sa vraie valeur sur une telle adaptation, comme il le dit, c’est qu’après avoir déconstruit la figure du super-héros avec son Watchmen, il veut ici la reconstruire en revenant à la forme la plus pure du mythe. C’est pourquoi dans un traitement non-linéaire parfaitement géré, toutes (et on dit bien TOUTES) les scènes de la seconde partie interrogent la nature christique du personnage, son dilemme et ses responsabilités, les choix qu’il a à faire et leurs conséquences potentielles. Si la jeunesse et le parcours de Clark ressemblent encore quelque peu à ce qu’on a toujours connu, ils prennent ici une nouvelle dimension chargée d’une gravité inédite – l’humour brille par son absence quasi-totale – parce que le récit confronte l’apparition de Superman sur Terre à des considérations réalistes. Réfléchit à ce que donnerait la découverte d’un tel être parmi l’humanité. Tout ça sans rien perdre de l’aspect bande-dessinée, en divertissement ou émotion, comme en témoigne le magnifique plan du sacrifice de Jonathan Kent (Kevin Costner en mode grande classe) qui cristallise en une seule image toute la dramaturgie de l’histoire.

La troisième partie en désappointera alors certains car elle cède au (très) grand spectacle, mais il est à ce moment grandement temps de mettre Superman à l’épreuve pour de bon  ? afin qu’il se révèle à lui et au monde. Et quoi de mieux pour ça que de l’opposer au toujours excellent Michael Shannon, interprète d’un général Zod dont la complexité est loin de nourrir le manichéisme qu’on retrouve d’ordinaire dans les aventures de l’homme d’acier (à noter de très bonnes idées dans la réinvention du background kryptonien) et dont la force offre pour le super-héros – et les spectateurs – un challenge un peu plus cinématographique que la malice d’un Lex Luthor. De leur confrontation résulte alors un monstrueux final rivalisant en durée avec celui de The Avengers et où s’enquillent des séquences faisant très fort dans la destruction de masse, peut-être un brin foutraques mais il n’y avait pas d’autre choix pour montrer l’ampleur du spectacle, l’échelle du choc entre deux dieux vivants et nous balancer au milieu. Les combats aériens sont en effet rarissimes au cinéma et celui-ci repousse ce qu’on avait vu dans la référence du genre, Matrix Revolutions, que ce soit en terme de brutalité, dynamisme ou dimension. Au dépens donc un peu de la lisibilité mais bon sang, quelle claque !

Forcément alors après un tel spectacle et une telle réinvention du fer de lance de l’écurie DC Comics, on ne pourra qu’être déçus par l’épilogue revenant à la forme classique du personnage (le journaliste à lunettes) et cela bien que les géniteurs du projet s’en soient toujours défendus durant la promotion. On verra donc si la suite reviendra aux mauvais travers de la franchise mais ce qui est sûr déjà, c’est que l’équipe a réussi un vrai petit miracle avec ce Man of Steel. Enfin, on peut le dire, Superman a récupéré son aura sur grand écran.

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Critique ciné : Star Trek Into Darkness

19 juin, 2013

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Tandis que le jeune équipage de l’USS Enterprise prend ses marques à bord de son vaisseau, le capitaine James T. Kirk s’attire les foudres de ses supérieurs pour ses prises de risque inconsidérées et son non respect de la hiérarchie. Rappelé sur Terre pour que son cas soit débattu, il est à la place témoin d’une attaque terroriste contre les chefs de Starfleet, menée par un mystérieux individu qui a aussi vite disparu. N’ayant plus que la vengeance à l’esprit, Kirk et son équipage partent alors pour la cachette supposée de leur agresseur, la planète des belliqueux klingons

«L’été cinoche 2013 sera science-fictionnel ou ne sera pas»

On en attendait pas autant et pourtant, l’ancien téléaste J.J. Abrams était bien parvenu à ressusciter la franchise Star Trek – un peu moribonde sur grand comme petit écran, il faut le dire – par la grâce d’un reboot aussi intelligent que divertissant. De quoi lui rallier un public d’ordinaire plutôt hostile ou ignorant des aventures de l’Enterprise, et de quoi raviver la flamme des trekkies par-delà le monde. Les derniers réfractaires ayant une nouvelle chance de changer d’avis puisque Abrams persévère avec un second volet grâce auquel il compte bien confirmer son aisance dans la science-fiction. Mais surtout, il s’agit pour lui de se mettre en chauffe et montrer patte blanche avant de s’attaquer à l’autre grande licence du genre, la légendaire et décriée sœur ennemie Star Wars, dont il signera le nouveau tournant à l’orée de 2015. Et à en juger par ce Star Trek Into Darkness, ça s’annonce vraiment pas mal du tout…

Que ce fut inconsciemment ou non, on voit ainsi qu’il y réfléchissait déjà au travers de scènes rappelant fortement le feeling des longs-métrages de George Lucas, en particulier l’enquête de Scotty aux alentours de Saturne dont la musique se permet même de rappeler les notes de John Williams. Ce qui rassure toutefois vraiment quant à sa reprise du flambeau lucasien, c’est la propension du créateur d’Alias et Lost à conduire son récit avec diligence et clarté. On peut toujours noter un recours un peu systématique aux gros cuivres pour faire transition entre les scènes (lequel rappelle en cela Lucas et son inépuisable collection de fondus), procédé un brin pompier s’il en est, mais cela fonctionne malgré tout, très bien même. Efficace au détriment de la finesse, il en résulte un pure ride spatial qui accumule les morceaux de bravoure avec générosité et ingéniosité, certaines séquences se révélant aussi belles qu’impressionnantes dans leur conception et leur utilisation de la 3D. La panique dans l’Enterprise en pleine dégringolade avec des décors en roue libre, la course-poursuite en pleine ville où même là on ne reste pas longtemps sur la terre ferme, la chute-libre au milieu des débris spatiaux à faire pâlir Felix Baumgartner… Abrams semble définitivement prêt à donner du bois sévère pour Star Wars 7.

Surtout que son expérience de showrunner lui a donc permis d’atteindre une véritable maestria dans l’art de la narration. Son intrigue, il la filme sans temps mort et sans nous perdre en dépit des frontières qui restent longtemps floues entre le bien et le mal, se précisant au gré des nombreux rebondissements d’un scénario à tiroirs dont il a le secret. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir à en sacrifier au passage certains éléments, principalement concernant les méchants, ceux-ci ne pouvant dès lors prétendre à l’impact auquel ils étaient voués. La menace Klingon, l’ennemi historique de Star Trek, se limite ainsi à une fusillade et à un seul alien à visage découvert. Un peu chiche. Quant au rôle du méchant, le terroriste futuriste ayant les honneurs de trôner seul sur l’affiche, il ne rend pas forcément honneur à son interprète Benedict Cumberbatch, précisément parce qu’il joue (très bien) sur le côté trouble du personnage. Abrams réussit cependant à ne pas perdre pied car il a déplacé le cœur de son récit ailleurs, dans la relation du turbulent capitaine Kirk à son équipage et tout spécialement envers Spock. Impeccable, la dynamique entre Chris Pine et Zachary Quinto reflète celle d’un casting ultra-motivé et impliqué certainement parce qu’ils sont tous conscients des qualités du métrage auquel ils participent, loin d’être une simple suite. On pourra en effet toujours regretter un retour en arrière sur quelques points, il n’en reste pas moins que le film fait fort en intégrant ses twists à la révélation de sa nature véritable (il s’agit en fait d’un quasi-remake mais de quoi, surprise) tout comme à la perpétuation de sa logique parallèle à la série originale.

Intelligence de l’écriture, brillance de l’exécution, J.J. Abrams se montre alors de plus en plus assuré en tant que cinéaste et accouche avec Star Trek Into Darkness d’un blockbuster somme toute exemplaire, confirmant que l’été cinoche 2013 sera science-fictionnel ou ne sera pas. En attendant bien sûr celui de 2015 où il aura à relever un défi plus grand encore avec son Star Wars, attendu de pied ferme. Première victoire à mettre déjà à son crédit, il nous ferait presque voir le positif dans le rachat de Lucasfilm par Disney. Ouais, c’était pas gagné, mais là aussi il y est parvenu.

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Critique ciné : After Earth

9 juin, 2013

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Mille ans après que l’humanité ait fui une Terre ravagée par les catastrophes naturelles, Kitai et son père, un héros du nouveau monde, s’écrasent sur la planète. Immobilisé, Cypher doit laisser son fils aller chercher seul la balise de secours qui pourrait leur sauver la vie, avec une simple radio pour les relier. Commence alors pour le jeune garçon une éprouvante épreuve dans cette nature sauvage, où tout a évolué pour devenir un danger pour l’être humain, d’autant qu’ils ont emmené avec eux une créature extraterrestre particulièrement hostile repérant ses proies à leur peur

«Shyamalan rassure quant à son devenir»

Accueilli sans le moindre enthousiasme aux Etats-Unis aussi bien de la part du public que de la critique, After Earth est un long-métrage qui ne manque pas d’énerver et de faire couler beaucoup d’encre autour de son initiateur, Will Smith, l’ex-Prince de Beverly Hills devenu roi de Hollywood. Une réussite énervant plus d’un jaloux mais au-delà, il faut reconnaître qu’il attise de son côté cette incompréhension entre le piston familial à outrance et ses accointances sectaires, des problèmes d’autant plus réels qu’ils se trouvent tous cristallisés dans ce nouveau projet. Au point qu’ils en viendraient presque à gâcher la seule (bonne) nouvelle qui compte, à savoir les retrouvailles avec un M. Night Shyamalan rassurant sur son devenir en tant que cinéaste.

Bien sûr alors que le film trimbale son lot de trucs douteux sauf que si l’on veut être honnête, et on le veut tant qu’à faire, ceux-ci peuvent également apporter du positif. Attention, ça ne veut pas dire qu’on excusera la manie de Smith, ici auteur de l’idée originale, à se façonner sans vergogne un véhicule parfait pour lui et son fils mais surtout pour ce dernier, qu’il pousse inlassablement sur le devant de la scène en lui offrant des films à gros budget (ne parlons même pas de la petite sœur Willow, modelée comme une pseudo-Beyonce pré-pubère). Le remake de Karaté Kid n’était déjà que ça, et sa participation au nouveau Jour où la Terre s’arrêta faisait office de remerciement au paternel de la part de la Fox. A l’image toutefois de A la recherche du bonheur, la présence du père et du fils renforce indéniablement à l’écran les liens entre les personnages, ce qui n’est pas un mal puisque Jaden ne fait pas (encore ?) la démonstration du même talent que Will. Il y croit suffisamment pour rendre tangible son parcours initiatique mais niveau charisme, c’est tristouille. L’autre problème majeur du film est alors la valeur didactique du récit, car celle-ci renvoie aux enseignements de l’église de Scientologie avec laquelle flirte le comédien. Les délires de L. Ron Hubbard se retrouvent en effet ici – en plus d’une certaine iconographie – sous la forme du thème de la peur qui entrave l’être humain, la nécessité de se débarrasser purement et simplement de cette émotion, ce qui est semble-t-il une idée fondatrice de la secte. On peut donc peut-être bien y déceler du prosélytisme mais reconnaissons-le, il s’agit surtout d’une idée assez universelle, qui donne plus encore de résonance à l’épreuve que traverse le jeune héros, les dangers qu’il affronte comme les faiblesses qu’il doit surmonter.

Cela tombe bien, les voyages intérieurs conflictuels sont justement la spécialité de Shyamalan et il est ainsi de retour avec un brio qu’on ne lui connaissait plus depuis longtemps, grâce à la réunion de conditions idéales pour cela : il se montre enfin plus humble depuis qu’il a décidé de se mettre au service du film et non pas l’inverse, il n’a pas été emmerdé ce coup-ci par le studio comme ça avait été le cas pour le rendez-vous manqué Le Dernier maître de l’air… En gros, il avait le champ libre pour faire au mieux son taf’ et c’est pourquoi il livre un blockbuster épique au rythme trépidant et en même temps intimiste, autant dans son casting très réduit que dans ses enjeux (nous sommes dans la logique d’un survival «man vs wild»). De la péloche commerciale – sans arrière-pensée négative – dans laquelle on continue malgré tout de déceler ses marques de fabrique, du discours écologique à l’utilisation des reflets pour dévoiler ses monstres sans trop en montrer. Nous arrivons ainsi enfin à une conjugaison satisfaisante du Shyamalan des débuts et celui plus mercantile apparu suite à sa remise en cause due à la réception catastrophique de La Jeune fille de l’eau, le rapprochant encore un peu plus de son idéal spielbergien. La malédiction du twist final semble en tout cas définitivement morte et enterrée de la même manière que son ego surdimensionné, ce qui augure du meilleur pour la suite des événements.

After Earth ne pourra donc faire autrement que de soulever la suspicion, et pourrait bien être aussi un nouveau mauvais coup du sort pour le réalisateur après son adaptation massacrée par des considérations commerciales – avec arrière-pensée négative – du dessin animé de Nickelodeon. Le film gagne pourtant à ce qu’on passe outre notre agacement car au-delà de la mégalomanie clanique de Smith, au-delà de ses connivences scientologues, nous trouverons une œuvre de science-fiction emballée avec conviction, remettant les pendules à l’heure quant au savoir-faire de Shyamalan. Croisons juste les doigts pour qu’il ne retombe plus dans ses travers car si le danger est réel, l’erreur serait son choix.

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Critique ciné : Very Bad Trip 3

6 juin, 2013

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A la mort de son père, les amis et la famille d’Alan décident de l’envoyer suivre une thérapie pour en finir avec ses problèmes comportementaux, celui-ci refusant de prendre ses médicaments depuis plusieurs mois. Pour le convaincre d’accepter, la meute se réunit une nouvelle fois afin de l’accompagner mais, en route, ils sont alpagués par les hommes de Marshall, un parrain de la mafia qui kidnappe Doug et leur laisse la charge de retrouver Chow, avec lequel il a des comptes à régler. Sur la piste du turbulent bandit, Stu, Phil et Alan s’embarquent alors pour une série d’embrouilles qui les mèneront de Tijuana jusque là où tout a commencé, Las Vegas la maudite

«Mauvaise comédie, potentiel bon thriller»

On ne vous apprendra rien en disant que le méga-carton surprise du premier Very Bad Trip imposa évidemment l’idée d’une suite. Et encore moins que rayon idées, celle-ci fut bien la seule à présider à cette entreprise. Le deuxième volet se démarquait en effet surtout par sa faculté à n’être qu’un remake best of plus de l’original, ce que ne purent que déplorer les nombreux fans du Wolfpack. Ressasser la même histoire et les mêmes gags était donc impensable cette fois, aussi bien pour les spectateurs que pour la crédibilité des artistes engagés, ce troisième opus se voulant qui plus est comme la conclusion en beauté d’une trilogie. Le dernier chapitre en fanfare. Une volonté des plus appréciables sauf qu’arrivé à ce stade de la saga, tout le monde ne croit pas en Very Bad Trip 3 de la même façon et ne l’envisage avec guère plus d’homogénéité.

Pour s’en convaincre il n’y a qu’à jeter un œil à Bradley Cooper et Ed Helms, dont l’impression très nette qu’ils s’emmerdent ferme ne cache en rien leur désir d’être ailleurs. Et on les comprend, leurs personnages s’avérant très en retrait dans l’action comme dans la comédie alors qu’ils comptaient pour beaucoup dans les bons aspects des précédents. Ne serait-ce que par antagonisme à la folie ambiante, ce qu’ont semble-t-il oublié dans le cas présent Todd Phillips et son scénariste Craig Mazin (Very Bad Trip 2, Super Héros Movie). A la place, ils ont opté pour la très mauvaise idée de se focaliser sur Zach Galifianakis dont le rôle a décidément épuisé toutes ses cartouches comiques, Phillips s’évertuant à lui faire jouer toujours la même chose depuis quatre films (le barbu gagne à changer de crèmerie comme en atteste Moi, député), sans compter ici un embarrassant problème de décalage sur lequel nous allons revenir. Car avant cela, il est crucial d’avertir que les auteurs ont eu la plus mauvaise idée encore de tripler la ration de Ken Jeong, soit l’acteur le plus rapidement saoulant au monde (souvenez-vous de Transformers 3) et qui se révèle ici spécialement horripilant. S’il faut reconnaître qu’il peut passer en petit rôle secondaire (quoique, souvenez-vous de Transformers 3), là, c’est l’overdose, et la seule bonne chose quant à sa participation accrue sera la découverte qu’il peut vraiment effrayer lorsqu’il la joue sérieux.

Justement alors, c’est là que réside le plus gros problème du métrage : convaincant dans nombre de domaines, il ne l’est pourtant presque jamais dans l’humour. Ce qui est tout de même dommage pour une comédie, on en conviendra. Todd Phillips a en fait de belles intentions pour son film à ceci près que, surprise, il l’imagine davantage dans la veine d’un thriller que d’une bonne grosse farce, son envie de nouveaux genres l’amenant même jusqu’à verser dans des ambiances flirtant avec l’horreur (voir la scène dans l’appartement stroboscopique). En conséquence de quoi le ton n’est jamais propice aux gags. Trop d’enjeux et de menaces qui pèsent, trop de trucs glauques ou malsains sans qu’ils soient tournés en dérision, ils poussent le côté hardcore du second volet en le débarrassant du trash et de l’humour, l’image elle-même adoptant des teintes aux contrastes agressifs n’inspirant aucunement la bonne humeur. Dans ce contexte l’exubérance du rondouillard Alan fait alors tâche, en dépit du fait que le gros des gags repose sur lui, et le plus révélateur de ce manque d’équilibre dans le mélange des genres sera le climax sur le toit du Caesar’s Palace, qui devrait être un sommet de drôlerie mais se révèle au contraire un vrai moment de suspense.

Une certaine lassitude, des choix peu heureux, un réalisateur faisant très bien autre chose que ce qu’il est censé faire, Very Bad Trip 3 n’est donc pas le film qu’on pouvait attendre et encore moins la conclusion qu’ils voulaient apporter à la saga, le manque de continuité interdisant toute velléité de bouclage. Mauvaise comédie mais potentiel bon thriller, on ne pourra pas leur reprocher en tout cas d’avoir repompé la formule de l’original même si, clairement, il est temps de laisser pour de bon la meute au chenil.

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