Critique ciné : Gatsby le magnifique

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Au début des années 20, les beaux-quartiers de New York sont secoués par une fièvre abreuvée d’alcool et d’argent. Jeune provincial de bonne famille désirant percer dans le monde de la finance, Nick Carraway trouve à se loger à côté de l’immense demeure de Jay Gatsby, richissime jet-setter dont les fêtes rameutent toute la ville mais que personne ne connaît vraiment. Nick va néanmoins avoir l’occasion de faire sa connaissance et découvrir ce fascinant personnage, car celui-ci a un service à lui demander

«Le Luhrmann ayant le plus de choses à dire mais l’un des moins prenants»

Ayant clôt en un feu d’artifice festif et étourdissant sa trilogie du rideau rouge, Baz Luhrmann voulut ensuite livrer le Autant en emporte le vent des antipodes avec Australia, soit un grand film d’aventure épique et passionné selon la tradition hollywoodienne qui lui permettait de passer à autre chose. On imagine alors sa frustration devant sa réception plutôt frileuse aussi bien auprès du public que de la presse, sans oublier que lui reste en travers de la gorge des compromis avec le studio quant à la fin du film. Si son retour avec une nouvelle adaptation du célèbre roman de F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, peut donc laisser croire qu’il revient à un cinéma plus proche de son triptyque séminal, celui-ci amorce pourtant ce qui pourrait être un tournant décisif dans sa carrière.

Ceci étant dit, la première bobine ne peut renier son appartenance au cinéma de Luhrmann, dès le début nous avons même l’impression très forte d’être en face d’un nouveau Moulin Rouge. Avec leurs mêmes jeunes idéalistes servant de narrateurs et arrivant dans une grande ville qui va les déniaiser, leurs postulats de départ sont déjà très similaires. Mais en plus nous retrouvons la même mise en scène furieuse, où les fêtes survoltées et sulfureuses s’enchaînent sur les mash-up caractéristiques du cinéaste, l’australien allant jusqu’à réutiliser des éléments visuels gardant le même sens d’une œuvre à l’autre : on ne manquera ainsi pas de noter que le phare vert et la fée verte (l’absinthe) représentent tous deux l’attirance vers un idéal ne pouvant conduire qu’à la perdition. Aucun doute à avoir donc, Gatsby le magnifique est tout à fait dans le style de Luhrmann, lequel précise au passage un peu plus les contours de son travail en tant qu’auteur.

Tout ça va néanmoins s’étioler au fur et à mesure que le personnage principal perd en espoir car en parallèle, la narration perd en énergie. Une direction imposée bien sûr par le livre mais on sent également chez Baz qu’il est plus cynique qu’auparavant, moins positif dans son travail. Faut-il y voir la conséquence de son expérience sur Australia ? Il a toujours le même goût pour la tragédie romantique sauf qu’ici la tonalité s’avère largement plus dépressive, parce qu’il ne fait plus preuve de la même tendresse envers ses personnages, ou plus exactement les féminins. Aucune n’est en effet mise en valeur et encore moins la principale, interprétée par Carey Mulligan, absolument pas idéalisée ni magnifiée comme avaient pu l’être Claire Danes ou Nicole Kidman (dans Moulin Rouge en tout cas). Soit tout le contraire des rôles masculins, Leonardo DiCaprio faisant spécialement preuve ici plus que jamais de la classe des grands acteurs classiques, une tradition dont il est décidément le digne représentant. Le narrateur (excellent Tobey Maguire) n’a d’ailleurs aucune histoire d’amour car à l’image du réalisateur, il paraît plus amoureux de Gatsby qu’intéressé par son histoire avec la faux-jeton Daisy Buchanan.

En conséquence de quoi la romance – et par extension le film – passionne dans une mesure bien moindre à celle de ses précédents travaux, et le rythme finit par s’enliser un peu à la manière de ce qui se produisait dans Australia (en bien moins flagrant toutefois dans le cas présent). Le métrage rappelle ainsi fortement ce que nous avons vu il y a peu de temps avec L’Ecume des jours de Michel Gondry, autre adaptation d’un roman qui torpillait son histoire d’amour pour mieux exprimer le spleen d’une époque, le malaise face à des nantis dont les errements nombrilistes poussent la société dans le chaos. En cela, Gatsby le magnifique est alors peut-être le Luhrmann ayant le plus de choses à dire mais aussi l’un des moins prenants, étrangement. Sans aller jusqu’à la débâcle du précédent, il laisse en tout cas à penser que Baz doit retrouver un peu de sa ferveur perdue en son métier.

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